‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 134 sur 332 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

baiser de paix. Des négociations s'entamèrent sur cette difficulté. Enfin Frédéric se soumit, et le Pape le conduisit solennellement à l'église de Saint-Pierre et déposa sur sa tête la couronne impériale. » A ce moment , dit un chroniqueur , le * Allemands » poussèrent de tels cris de joie, qu'il semblait que ce fût un » tonnerre (18 juin 1155). » Cependant les séditieux de Rome, qui voyaient dans l'alliance du Pape et de l'empereur l'anéantissement de leurs coupables espérances, sortirent du château Saint-Ange, dont ils étaient maîtres, se jetèrent sur les écuyers de Frédéric et les tuèrent dans l'église même de Saint-Pierre. Les troupes impériales engagèrent alors avec les insurgés une rutte acharnée, et des flots de sang inaugurèrent ainsi le règne de l'empereur Frédéric Barberousse.

5. Après son départ de Rome, Adrien IV, qui ne comptait pas beaucoup sur la foi de son nouvel allié, se hâta de conclure la paix avec Guillaume-le-Mauvais (1156). Il le reconnut pour roi de Sicile, à la condition que ce prince continuerait de payer au Saint-Siège un tribut annuel, comme ses prédécesseurs, et ferait hommage au Pape pour le royaume de Sicile, le duché d'Apulie, la principauté de Capoue et toutes leurs dépendances. Durant les négociations préliminaires, Adrien IV avait donné une preuve de sa générosité et de la largeur de ses vues politiques en refusant les secours que Manuel Comnène , empereuf d'Orient, lui faisait offrir contre Guillaume de Sicile, à la condition d'accorder aux Grecs la suzeraineté de trois villes du littoral, dans la Péninsule italique. Le Pape comprit que ce système faisait rétrogracker l'Europe au temps de Narsès, et compliquait pour l'avenir une situation déjà si difficile. Il rejeta les propositions de Manuel et profita seulement des relations que ces ouvertures avaient rétablies entre le Saint-Siège et la cour de Cons— tantinople pour exhorter l'empereur à travailler à la réunion des deux Eglises latine et grecque. Depuis le schisme de Michel Cémlaire, l'Orient était resté séparé de l' unité romaine. Le» points les plus importants qui les divisaient et qui les divisent encore, étaient ceux-ci : 1° Refus d'admettre le degme de la procession du Saint-Esprit, et l'addition : Filioque , faite par l'Eglise latine au Symbole de Nicée et de Constantinople; 2° re-

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fus de reconnaître la primauté du Pape et sa juridiction sur toute l'Eglise; 3° refus de consacrer l'Eucharistie avec du pain azyme (sans levain). Les eifbrts d'Adrien IV pour rétablir l'unité, sans rencontrer précisément d'adversaires déclarés, échouèrent contre l'indifférence des Grecs et demeurèrent stériles. L'heure parquée par la Providence n'était pas encore venue.

6. dépendant, la réconciliation du Pape et de Guillaume-le- Mauvais avait profondément irrité Frédéric Barberousse, qui nourrissait secrètement l'espoir de s'emparer de toute l'Italie à la faveur de la mésintelligence du Saint-Siège et du royaume de Sicile. La révolte de la Lombardie (1158) acheva de l'aigrir. A la tête de 120,000 hommes, il traverse une seconde fois les Alpes et vient mettre le siège devant Milan. Il était impossible de songer à la résistance en face d'un armement si formidable. Fidèles à la politique italienne, qui leur avait toujours réussi, les républiques lombardes cèdent à la force, jurent la paix aux conditions que l'empereur veut leur imposer, et sauvent ainsi leur existence, en attendant des événements l'occasion de recouvrer plus tard leur liberté. Maître de la Lombardie, l'empereur crut qu'il pourrait traiter le Pape comme il traitait une province conquise. Adrien IV, dans une lettre toute paternelle, lui avait dit : « Nous vous avons toujours aimé avec une tendre » affection comme notre très cher fils. Vous n'avez pas oublié le • cordial accueil que vous fit la sainte Eglise romaine, votre i> mère, quand elle vous conféra (contulit) la couronne impê* n riale. Nous ne nous repentons point d'avoir accompli tous vos » désirs; s'il était possible, nous voudrions que Votre Majestr » ait encore reçu de notre main de plus grands bienfaits (bene- » ficia). » Frédéric Ba,rberousse n'entendait pas le latin : son chancelier lui traduisit la lettre du Pape en allemand ; le mo* bénéficia fut traduit par fiefs, le mot contulit par concède?, L'empereur comprit /pie, dans la pensée du Pape, l'empire n'était qu'un fief de l'Eglise romaine, et que la couronne impériale était un don de sa bienveillance, révocable à volonté Historiquement parlant , il était vrai que l'empire d'Allemagne, rétabli par l'Eglise romaine, à la condition' d'être connu* oou épée et son bras, relevait immédiatement des Papes. C'était la

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condition glorieuse que l'immortel Charlemagne avait acceptée mi recevant le diadème des mains de Léon IIL Mais Frédéric Barberousse ne savait pas mieux l'histoire que son chancelier m gavait le latin. Adrien IV avait pris les mots dans leur acception naturelle : bénéficia voulait dire bien fait s. En parlant de la cou* ronne impériale . il avait voulu seulement rappeler à l'esprit de F ingrat empereur le fait pur et simple de son couronnement dans l'église Saint-Pierre. Vainement il s'en expliqua depuis ; Frédéric n'écouta que sa colère. Après une discussion orageuse, le légat Roland , porteur du rescrit pontifical, fut obligé de se soustraire, par la fuite, à la vengeance impériale. Le comte palatin de Bavière , Othon de Wittelsbach, tira son épée , menaçant d'en percer le prélat. Un édit, signé de l'empereur, défendit au clergé et aux fidèles d'Allemagne de communiquer désormais avec le souverain Pontife.

7. La pensée dominante de Frédéric Barberousse était toujours de concentrer dans sa personne la monarchie universelle; 3 croyait marcher à sa réalisation par de telles violences. En 1 1 58, il réunit, à Roncaglia, une diète générale de l'empire; il y fit venir trente-deux jurisconsultes de Bologne, qui déclarèrent nulles de plein droit toutes les donations faites précédemment aux Papes , aux évêchés et aux monastères, ce L'empereur seul , » disaient-ils, avait le droit de posséder, en sa qualité de seigneur » temporel, les terres et les fiefs. » On le voit, l'adulation des courtisans n'était pas moins radicale que la fureur révolutionnaire des partisans d'Arnaud de Brescia. Les premiers accordaient tout à l'empereur, les seconds à la souveraineté du peuple. Les uns ne se souvenaient que de la république de Brutus, les autres ne pensaient qu'aux Césars. Pour les uns et les autres les changements qui, depuis dix siècles, avaient eu lieu dans la monde, dans les empires, dans la religion, dans les mœurs, dans *es relations des individus et des peuples , ne comptaient pouf, rien. Comme îes arguments des légistes étaient appuyés de mille epées allemandes, on n'y trouva rien à répond. L'arcl^j, vêque de Milan, lans sa harangue, qualifia F^éâlsic du titre d'empereur unique et universel de Rome et du j&&ide. « Votre » Majesté, dit-il, a daigné nous consulter sur ses droits et sur

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» l'honneur de l'empire. Votre volonté est le droit, la justice et 9 la Ici. » On s'indigne qu'un tel langage ait été jamais tenu par un ministre de la religion. Les historiens nostiles à la papauté n'ont cessé de poursuivre , de leurs calomnieuses imputalions , ce qu'ils appellent les empiétements des Papes. Aucun n'a parlé des envahissements du pouvoir temporel. Et pourtant ce sont les Papes qui ont maintenu, au péril de leur vie , les droits des nationalités et l'indépendance du monde. Adrien IV excommunia l'archevêque de Milan. Il écrivit aux évêques de Lomhardie pour leur reprocher leur lâche servilité. Adrien IV était un de ces caractères qui ne savent pas fléchir quand il s'agit de défendre la justice et la vérité, On ne sait jusqu'où serait allée contre lui la vengeance de l'empereur , si la mort n'était venue l'y soustraire ( 1er septembre 1 159 ). L'Eglise devait trouver dans son successeur, un courage et une grandeur d'âme non moini invincibles*

8. Adrien TV , plus heureux dans ses relations avec la France et l'Angleterre , avait réussi à maintenir la paix entre Louis-le- Jeune et Henri Plantagenet. La situation réciproque de ces deux princes offrait d'étranges complications. Eléonore de Guienne, mariée d'abord à Louis-le-Jeune , avait suivi son époux à la première croisade. L'influence des mœurs de l'Orient avait réagi sur cette princesse légère et passionnée. Au retour (1552), Eléonore demanda le divorce au concile de Beaugenci , sous prétexte de parenté. L'honneur du roi de France avait été compromis, il ne réclama point et se soumit au jugement du concile. Adrien IV ne fut point consulté. D comprit facilement l'immense portée d'une pareille décision , dont son autorité aurait pu , par des voies conciliatrices, prévenir les funestes effets. Par son divorce, Louis Vil perdait les vastes provinces qu' Eléonore lui avait apportées en dot. Le midi de la France allait encore une fois se trouver isolé du nord. Une femme pouvait porter à qui elle voulait la prépondérance de l'Occident. Deux mois après la dissolution de son premier mariage, Eléonore de Guienne épousait Henri Plantagenet , petit-fils de Guillaume-le-Conquérant , déjà duc d Anjou et de Normandie, et bientôt après roi d'Angleterre. D en coûta des flots de sang à la France pour se recon-

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