CHAPITRE VII
10. L'épée des chrétiens n'était pas moins active que leur génie. Le pontificat d'Adrien IV voyait naître, en Espagne, les nouveaux ordres militaires de Calatrava, d'Alcantara, d'Evora, de Saint- Michel et de Saint-Jacques de Compostelle. La religion armait ainsi, sur les frontières de m catholicité, une générât i or." de héros prèfcs à mourir pour sa défense.
§ *. l*oisti£icat d'Alexandre III (7 septembre 1159-50 août 1181).
11. t L'homme peut-être qui, au moyen âge, mérita le plu* t du genre humain, fut le pape Alexandre III. Ce fut lui qui, » dans un concile, au xne siècle, abolit, autant qu'il le put, la p servitude. C'est ce même Pape qui triompha dans Venise, par i sa sagesse, de la violence de l'empereur Barberousse, et qui » força Henri II, roi d'Angleterre, à demander pardon à Dieu et » aux hommes du meurtre de Thomas Becket. Il ressuscita le* » droits des peuples et réprima le crime dans les rois. Avant ce » temps, toute l'Europe, excepté un petit nombre de villes, était » partagée entre deux sortes d'hommes : les seigneurs des terres, * soit séculiers , soit ecclésiastiques et les esclaves. Les hommes t de loi qui assistaient les chevaliers, les baillis, dans leurs juge- » ments, n'étaient réellement que des serfs d'origine. Si les. » hommes sont rentrés dans leurs droits, c'est principalement au » pape Alexandre qu'ils en sont redevables ; c'est à lui que tant > de villes doivent leur splendeur, j> L'écrivain qui parle ainsi d'un Pape, c'est Voltaire, l'éternel ennemi de la Papauté. Alexandre III acheta, si l'on peut parler ainsi, la gloire d'un pareil éloge par vingt années de persécutions, d'exil, de luttes et de pioscriptions, souffertes avec un courage inébranlable et une héroïque constance. Sa patience fut égale à ses malheurs, ses triomphes n'altérèrent jamais sa modestie. Dès P^ jour de son élection,- on put prévoir les orages qui attendaient son pontificat. Après les funérailles d'Adrien IV , les cardinaux , assemblés à Saint-Pierre, réunirent sur lui leurs suffrages. Trois seulemeni protestèrent contre son élection, et nommèrent précipitammtnl É« cardinal Octavien, qui se fit ouvrir, à main armée, les portes
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25 S ALEXANDRE III fl 159-1 181).
de l'Eglise, et prit le nom de Victor III. Une mitiorité factieuse inaugurait ainsi un schisme qui devait avoir les conséquences les plus déplorables
12. Alexandre (H , cédant à la violence, quitta &i>me et se fît sacrer au monastère de Santa Nympha (20 septembre 1159), par Hubaldv évêque d'Ostie. De son côté, U £ octobre suivant, l'antipape Victor III se fais* ït couronner au monastère de Farfa, par Pévêque de Tuscuîum. Les deux concurrents écrivirent aussitôt à l'empereur Frédéric , chacun dans le but de faire reconnaître son élection. Ce prince avait des motifs particuliers de, haine contre Alexandre III. C'était lui qui, n'étant encore que cardinal, avait été chargé, par Adrien IV, de porter à Barberousse la fameuse lettre qui brouilla les deux souverains. L'empereur se déclara donc pour l'antipap<3. Voulant toutefois garder une apparente neutralité, il écrivit a.ux deux prétendants que, pour faire cesser le schisme, il avait résolu d'assembler un coneiït à Pavie , et d'y examiner la cause avant de rendre un jugement définitif. Les évêques de Prague et de Verdun furent chargés de transmettre à Alexandre III l'expression de la volonté impériale, c Nous reconnaissons l'empereur pour le défenseur armé de » l'Eglise romaine, répondit le Pape ; mais jamais en notre per- » sonne ne sera violé le privilège donné par Jésus-Christ à saint » Pierre. L'Eglise romaine juge toutes les autres, et n'est sou- » mise au jugement d'aucune. Nous sommes prêt à donner notre » vie pour la défense de ses droits. » Ces nobles paroles produisirent l'effet qu'on en pouvait attendre : les députés de l'empereur se rendirent immédiatement près de l'antipape, se prosternèrent à ses pieds et lui jurèrent fidélité au nom de leur maître. Un concile de prélats courtisans se réunit à Pavie (5 février 1160), confirma l'élection de Victor III et excommunia le souverain pontife Alexandre, t qui refusait, disaient les évêques, de sa t présenter à un concile où il avait été cité légitimement. a> L'empereur approuva la sentence ; il rendit bomma^ à l'antipape, le conduisit lui-même sur le trône pontifical, où il le fit asseoir, et publia, en Allemagne et en Italie, un édit par lequel il ordonnait à tous les évêques de reconnaître l'autorité de Victor ious peine de bannissement perpétuel. Alexandre III répondit à