‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 135 sur 332 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

quérir b&e-même. Au milieu des difficultés qui sortaient naturellement* d'un pareil ordre de choses, l'influence d'Adrien IV et l'habileté de Jean de Salisbury, évêque de Chartres, ce noble ami du souverain Pontife, réussirent à faire conclure une alliance entre la fille de Louis VII et le fils de Henri Plantagenet.

9. Le mouvement intellectuel qui entraînait le xn6 siècle vers l'étude et la science, continua avec gloire sous le pontificat d'Adrien IV. La méthode des Pères de l'Eglise , dont saint Bernard fut le dernier représentant , faisait place à la méthode scolastique qui allait, désormais dominer les esprits et demeura pour longtemps la reine de la théologie , grâce au génie de saint Thomas d'Aquin. On a dit que la méthode scolastique, qui procède par classifications rigoureuses, par syllogismes, par déductions et par conséquences, tuait l'inspiration, l'éloquence- et la poésie. Xette méthode, comme son nom l'indique, est une méthode d'enseignement et non pas une méthode d'invention ni d'inspiration. Or, pour enseigner , il far l donner des idées nettes et précises de ce que l'on enseigne; poar les donner il faut les avoir. Un nouvel Aristote qui résumerait aujourd'hui , avec la clarté et la précision du premier, dans un langage intelligible, toutes les sciences actuelles, et présenterait ainsi un ensemble exact des connaissances humaines, couvrirait son nom d'une gloire immortelle. Cette œuvre immense , la méthode scolastique la réalisa , pour la théologie , au moyen âge. Elle est à la poésie et à l'éloquence ce que le fond est à la forme, ce que le squelette est au corps brillant de fraîcheur et de grâce. Pierre Lombard , évêque de Paris , et surnommé le Maître des sentences, appliqua le premier la méthode scolastique dans 3on ouvrage célèbre, intitulé: Liber ?ententiarum (1100-1164). E le nomma ainsi parce que tous ses arguments sont appuyés sur des sentences extraites de l'Ecriture et des Pères. Cet ouvrage eut un succès immense : il devint le manuel de tous les théologiens et le texte de tous les professeurs. On en compte jusqu'à cent soWante commentaires XS. eut la gloire d'être interprété pai * Guillaume d'Auxerre, Albert-le-Grand, saint Bonaventure, Guillaume Durand, Gilles de Jome, Scot, Occam et le grand saint Thomas d'Aquin, dont le nom devait , dans la suite , remplacer celui de

Pierre Lombard sans le faire oublier. — Dans le même temps, le monde savant acueillait . avec enthousiasme , une œuvre analogue faite sur la jurisprudence canonique ; c'était le Décret de Gratien, professeur à l'université de Bologne. Cette collection éclipsa , «lès qu'elle parut, toutes celles qui l'avaient précédée , même celle d'Yves de Chartres qui avait joui jusqu'alors de la plus grande autorité. De l'école de Bologne elle passa en France, en Allemagne et en Angleterre, et devint bientôt le seul texte que les professeurs en droit canon commentaient dans leurs leçons et dans leurs écrits. Les auteurs gallicans reprochent à Gratien d'avoir cité , dans son ouvrage , les passages des Fausses décrétâtes , favorables à la suprématie et à l'autorité des Papes, Nous avons déjà répondu à ces objections en parlant des Faussa décréta/es elles-mêmes. Pierre Lombard et Gratien n'étaient pa* les seuls qui, à cette époque, illustrassent l'Eglise par leurs écrits. Chez les Grecs, Euthymius composait sa Panoplie; Eustathe, archevêque de Thessalonique , s'illustrait par ses Commentaires sur l'Iliade et l'Odyssée, et des traités sur les hymnes de la liturgie grecque , récemment découverts par le savant cardinal Mai. Zonoras , célèbre annaliste, écrivait, en ce même temps, sa chronique , qui s'étend depuis le commencement du monde jus— qu'à la mort d'Alexis Comnène, en 1118. En Occident, Pierrele-Yénérable laissait en mourant de dignes héritiers de son talent et de son zèle pour la gloire de l'Eglise. Jean de Salisbury dédiait au chancelier d'Angleterre, Thomas Bccket, qui fut depuis archevêque de Cantorbéry et martyr, ses deux livres du Polycratique éi de la Métalogique. Richard de Saint- Victor écrivait ses traités de la Trinité , de l'Incarnation , du Pouvoir de lier et de délier, Pierre de Dlois , Tun des théologiens les phw élégants et les plus pieux de son siècle, enseignait à Paris, au mi lieu des applaudissements de la jeunesse des écoles Ainsi, la science catholique pouvait opposer de dignes représentants aux éeoles juives et musulmanes de l'Espagne et de l'Orient , qui voyaient alors fleurir les fameux docteurs Salomon Raschi de Troyes, Aben-Ezra de Tolède, surnommé le Sage, le Grand, l'Admirable ; Moïse Maimonide, et enfin Averroès, le seul grand philosophe de l'Islamisme.

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