CHAPITRE VII
européenne dans les voies d'indépendance où, depuis l'expulsion définitive des Grecs, elle était engagée. « La question que vous » soulevez, répondit-il, est trop importante et touche de trop » près aux intérêts des princes de l'Occident, pour que nous » puissions la résoudre seul. Il nous suffit d'avoir reçu de vous » un témoignage aussi formel de votre bienveillance Nous en » profitons pour vouc inviter à songer sérieusement au rétablis-* » sèment de la paix et de l'unité entre les deux Eglises. » Il y avait de la noblesse et de la grandeur, de la part d'un Pape fugitif, à refuser le secours d'un prince étranger, qui pouvait compromettre les destinées de l'Europe et le repos du monde. Alexandre III, en quittant sa capitale, alla demander asile à la France, cette terre hospitalière do la Papauté proscrite (1162). Il reçut, à Montpellier, les ambassadeurs des rois de France et d'Angleterre, qui vinrent tous deux à la rencontre du vicaire de Jésus-Christ. L'entrevue eut lieu h Coucy-sur-Loire; les deux princes tinrent de chaque côté la bride du cheval qui portait le Pontife, et jamais le Pape ne parut plus grand qu'en recevant, dans l'exil, un pareil hommage, rendu par deux têtes couronnées à la majesté du souverain pontificat. De tels honneurs, adressés au Pape qu'il refusait de reconnaître, redoublèrent la fureur de Barberousse. Suivi de l'antipape Victor, il se rendit à Saint- Jean de Losne, petite ville de Bourgogne, qui limitait alors les Etats de l'empire et ceux de la France. Il invita Louisle-Jeune à venir l'y trouver, pour discuter ensemble les droits des deux prétendants. La conférence devait se tenir au milieu d'un pont jeté sur la Saône. L'archevêque de Cologne, Rainold, chancelier de l'empire, porta la parole au nom de Frédéric : «L'empereur de» Bomains, mon maître, dit-il, ne reconnaît » qu'à lui seul le droit de juger la validité des élections pontifî- » cales; il ne cherche pas h intervenir dans les différends qui » peuvent s'élever entre les princes et les évêques des autres » royaumes. E attend donc de voug une soumission entière à sa » volonté et à la sentence qu'il a déjà portée. » — « Je m'étonne, » répondit en souriant Louis-le-Jeune, qu'un tel langage puisse » être tenu par un évêque, au nom d'un eœr>ereur chrétien. » Quand Jésus-Christ a chargé saint Pierre, et, dans sa per-
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» sonne, tous ses successeurs, de paître ses brebis, e&t-ce qu'il » a excepté les rois et les évêques de France? Ebc ce que nous » ne sommes pas aussi les brebis que le Fils de Dieu a confiées » au Prince des Apôtres? » Et, sans discuter plus longtemps, Louis-le Jeune rompit la conférence. En faisant parler ainsi son chancelier, Frédéric Barberousse était fidèle à son principe dt despotisme universel. Dans son système, les Papes n'étaient plus que des évêques allemands, et touce la chrétienté devait se soumettre aux décisions impériales.
16. Le roi de France reçut Alexandre IÏI dans la ville de Paris, et lui fit un accueil triomphal. Le jour de Pâques 1163, le Pape posa la première pierre de la cathédrale de Notre-Dame, dont l'évêque Maurice de Sully venait de jeter les fondements. Il se rendit ensuite à Tours, où il venait de convoquer un concile. Cent vingt-quatre évêques, plus de quatre cents abbés et des ambassadeurs de tous les princes chrétiens, à l'exception de Barberousse, s'y trouvèrent réunis. Arnoul, évêque de Lisieux, fut chargé de prononcer le sermon d'ouverture. « Demeurons unis, » dit-il, et nous serons invincibles. Nous formons réellement » cette Eglise de Dieu, aussi terrible à ses adversaires qu'une » armée rangée en bataille. Nous avons pour nous les habitants » du ciel ; nous avons pour nous le dévouement des rois catho— » liques et la presque unanimité de tout ce qui porte le nom de » chrétien. Auprès de cette multitude, qu'est-ce que la protes- » tation d'un seul souverain? Encore , par la miséricorde de » Dieu, il inclinera lui-même son esprit et son cœur sous les lois » de la justice ; car son nom serait grand et sa gloire incompa- » rable parmi les princes de la terre, s'il n'avait voulu s'élever » au-dessus de l'Eglise, sa mère. Puisse-t-il s'humilier un jour » sous la main de Dieu et reconnaître que c'est régner que de » le servir ! » Le concile renouvela l'eAi^)mmunication formulée contre l'antipape et les schismatiques, ses partisans, et défendit de reconnaître d'autre obédience que celle du souverain Pontife légitime, Alexandre III.
17. Cependant l'antipape Victor III mourait à Lucques (22 avril 1154). Les chanoines de la cathédrale refusèrent de lui accorder la sépulture dans leur église. Quand la nouvelle d*