CHAPITRE Vil. 26S
cette mort parvint à Sens, où Alexandre tenait sa cour, les cardinaux se hâtèrent de se rendre auprès de lui pour l'en féliciter. Le souverain Pontife leur répondit, en versant des larmes : c An » lieu de vous réj£*ïir, pleurez plutôt sur la jnjrte d'une âme, et » priez Dieii qu îî fasse paix et miséricorde à un homme qui a » tant affligé l'Eglise. » Frédéric Barherousse fit. élire, pour succéder à Victor, le cardinal schismatique Guy de Crème, qui prit le nom de Pascal III. Il lui jura fidélité sur les saints Evangiles, et promit de le reconnaître, fui et ses successeurs, pour seul* Papes légitimes (1164). Rome ne suivit pas le mouvement que voulait lui imprimer l'empereur. Argent, prières, menaces, il prodigua tout pour entraîner les Romains au schisme : ce fut inutilement. Une députation du clergé et du peuple se rendit à Sens pour supplier le Pape de revenir au milieu de ses sujets fidèles. Alexandre traversa la France au bruit des acclamations et des chants de joie; il vint débarquer à Messine, où le roi de Sicile avait envoyé une flotte pour le recevoir et le conduire jusqu'à Rome. Son retour fut signalé par un éclat extraordinaire. L'Italie avait compris qu'elle revoyait son libérateur. Vérone, Vicence, Padoue, Trévise, vinrent le prier de se mettre à leur tête et de les aider, par son influence toute-puissante , à reconquérir leur liberté. Dans leur serment de confédération, elles contractèrent une alliance de vingt années, et s'engagèrent à relever la ville de Milan de ses ruines. De toutes les provinces de l'Italie, les Milanais fugitifs se réunirent. En revoyant les lieux où leur patrie avait été florissante , ils pleuraient de joie et juraient de venger ses désastres. On assigne à chaque troupe une portion des remparts à relever. La truelle d'une main, l'épée de l'autre, ils reconstruisent les murailles renversée© (1167), et effacent les traces des fureurs de Rarberousse. Non contents de ce triompne, les Lombards reconnaissants fondent une nouvelle ville, an confluent du Tanaro et de la Rormida, et la nomment Alexandrie, en l'honneur du Pape, chel de leur ligue et père des fidèles. Frédéric sentit que son pouvoir était détruit en Italie : il voulut le relever par un coup terrible , et vint , à la tête d'une armée formidable, mettre le siège devant Ancône (1166x,- La ville résista pendant un ar avec un courage héronve, mé enfin î»
famine força les habitants à ouvrir leurs port**, à Pempereuv. Fier de ce premier succès, il marche aussitôt vers Rome, brûle l'église de Saint-Pierre, attaque et prend le château Saint-Ange. Alexandre III est obligé de quitter le palais deLatran et de sortir de Rome, déguisé sous un costume de pèlerin. Frédéric et l'antipape Pascal III font leur entrée dans la Ville éternelle. L'empereur se fit couronner solennellement avec l'impératrice Béatrix, son épouse, dans l'église de Saint-Pierre-aux-Liens, et le schisme triomphant put croire qu'il allait enfin dominer le monde; mais le fléau de Dieu était proche. Le lendemain même du sacre, une effroyable mortalité se déclarait dans l'armée impériale; Raynold, le chancelier de l'empire, en fut la première victime; le nombre des mourants fut tel, que les soldats de Frédéric ne suffisaient plus à enterrer les cadavres. Barberousse se hâta d'abandonner une ville où la vengeance de Dieu, plus forte que toutes les armées, le poursuivait.
18. Un fait remarquable , c'est que , dans ces temps de luttes intestines et sauvages, le Pape, vaincu et dépouillé, conservait une autorité qui écrasait le vainqueur. Alexandre III, retiré à Anagni, y recevait les hommages du monde. Rome était la proie d'un empereur barbare, et, de tous les points de l'univers, des voix énergiques s'élevaient pour flétrir la violence. L'illustre Thomas de Gantorbéf y, dont nous raconterons bientôt le martyre, apprenant la retraite de Frédéric, se hâta d'écrire au Pape pour l'en féliciter. Il compare cette retraite à la défaite de Sennachérib; il déclare que Frédéric, excommunié, n'a plus l'autorité d'un prince. « Qui donc, dit-il en terminant, consentirait à se » soumettre aux lois d'un tyran qui ravage l'Eglise? L'ose qui » pourra! Jamais je ne voudrai attirer sur moi la vengeance ce- » leste par une semblable lâcheté, a Jean de Salisbury, cet autre défenseur de la Papauté, s'exprime plus formellement encore. « Le Pape , dit-il , après avoir vainement attendu à la pénitence » le tyran de l'Allemagne, a relevé ses sujets du serment de tidé- » lité; il l'a dépouillé lui-même de toute autorité royale. Ainsi, » puisse désormais cet indigne empereur n'éprouver que des » revers danà ses combats, ne connaître ni pain ni repos, jusqu'à » ce qu'il reconnaisse l'autorité légitime du vicaire de Jésus-