CHAPITRE VII
le souvenir odieux de Vitry-le-Brùlé. Il laissait le trône à un héros, Philippe-Auguste (1180). Manuel Comnène avait fait, en quelque sorte, oublier sa perfidie envers les croisés, par son attachement au Saint-Siège, dans la lutte d'Alexandre III et de Barberousse. Il eut pour successeur Andronic Comnène, qui hérita de ses vices, sans les racheter par aucune vertu.
29. Le règne d'Alexandre III, si fertile en orages, fut aussi fécond en grands exemples de sainteté. En Italie , saint Pierx* de Tarentaise; saint Galdin, archevêque de Milan ; saint Ubald, évêque de Gubbio', en France, saint Anthelme, évêque de Belley; en Angleterre, saint Robert, abbé de Newminster; saint Laurent, archevêque de Dublin; saint Barthélémy, ermite dans l'île de Farn; saint Aelred et saint Walthen, en Ecosse; en Allemagne, sainte Elisabeth de Schœnau, si célèbre par ses révélations; saint Eberhard , archevêque de Saltzbourg; le bienheureux Frédéric, abbé de Mariengarten, prouvaient au monde que la vertu divine de l'Eglise n'était point épuisée, et qu'au milieu des tempêtes qui agitaient la barque de saint Pierre, la grâce de Dieu était aussi puissante pour le salut des âmes. Dans ce temps, un saint prêtre de Liège, Lambert, surnommé le Bègue, réunissait dans d'immenses communautés une foule innombrable de saintes femmes qui , sans prononcer des vœux perpétuels, comme les autres ordres religieux^ se consacraient au service du Seigneur dans le silence et la retraite : telle est l'origine des béguinages , ainsi appelés du nom de Lambert-le— Bègue, leur fondateur. Cette institution existe encore de nos jours en Belgique. Dans la seule ville de Gand, deux béguinages fameux renferment plus de 1,500 peisonnes, qui pratiquent les vertus du cloître au milieu du monde.
§ S. Pontificat de Lucius III (1er septembre 1181-24 novembre 1185).
30. A la mort d'Alexandre III, les cardinaux, assemblés à Velletri,se conformèrent au décret du concile général de Latran, relatif aux élections pontificales. Ubald Allucingoli, d'une illustre famille de Lucques, réunit les deux tiers des suffrages et fut promu iur la chaire d* saint Pierre. Il prit le nom de Lucius Iil
27* lucius m (1181-1185).
Les Romains n'avaient pas abandonné le système républicain, qu'Arnaud de Brescia avait fait prévaloir. La Papauté, dominant la catholicité tout entière , n'était exilée que de sa propre capitale. Lucius III laissa le fantôme de sénat romain se consumer dans son impuissance; il alla s'établir à Vérone, où Frédéric Barberousse vint le trouver. La ligue lombarde, depuis la paix conclue entre l'empereur et Alexandre III , n'avait pas déposé les armes. Barberousse avait habitué le monde à trop de parjures, pour que l'Italie conseil it, en un seul jour, à conher ses destinées à la parole impériale Mais l'expérience et les leçons du malheur avaient changé le cœur de Barberousse; et la seconde partie de sa vie fut un démenti formel à la première. En 1183, l'empereur signa, à Constance, un traité de paix définitif ave* les villes et les républiques de laLombardie. Ce traité a formé la base du droit public en Italie , et se trouve inséré dans le corps du Droit romain, qu'il termine. Frédéric cédait aux villes tous les droits régaliens, dont il avait jusque-là revendiqué la possession. Il leur assure la liberté de lever désarmées, et d'exercer, dans leur enceinte, la juridiction civile et criminelle. L'évêque de chaque cité fut investi du droit de juger, en dernier ressort, les contestations qui pouri ruent s'élever entre les municipalités et l'empire. Ainsi les Papes, en luttant pour l'indépendance du Saint-Siège , avaient réellement combattu pour la cause des nationalités italiennes. C'est un fait avéré, et les savants ouvrages de M. Guizot ont démontré péremptoirement que les républiques lombardes furent redevables à Alexandre III de leur existence et de leur liberté.
31. Lucius III se montra le digne successeur des traditions héroïques et de la ligne politique suivie par Alexandre Dans un concile tenu à Vérone (1184), en présence de l'empereur, il promulgua un décret solennel contre le Manichéisme de l'Occident qui attaquait à la fois la religion et l'ordre social. « Par l'auto-
* rite des bienheureux apôtres Pierre et Paul, dit-h, en pré- » sence de notre cher fils l'empereur Frédéric, sur la demande » des princes chrétiens, assemblés des diverses parties de l'uni- » vers, nous anathématisons tous les hérétiques, qui se produi-
* sent sous les noms dl^r* d'Albigeois , de Cathares , de Patarinsj