CHAPITRE VII
» et ceux qui se disent faussement Humiliés ou Pauvres de Lyon. x> A la requête formelle de l'empereur et des seigneurs de sa cour, » nous ordonnons à chaque évêque de visiter lui-même , ou de » faire visiter, par ses délégués, les lieux de son diocèse suspects » d'hérésie. ïi appellera les accusés à son tribunal, et, s'ils refu- » sent de se justifier, ils seront déclarés hérétiques , et , comme » tels, livrés au bras séculier. » On vo4 Mci, par le concours de l'Eglise et des princes, l'établissement durable de ce qu'on a appelé Y Inquisition contre les hérétiques, que nous avons vu ordonner, au moins temporairement, à Rome, au v* siècle, par le pape saint Léon-le-Grand , contre les mêmes Manichéens. En fait et en droit, l'Inquisition a été calomniée par tous les écrivains hostiles à l'Eglise. En droit, on lui a reproché d'être l'empiétement du pouvoir spirituel , défendant , par les armes , les doctrines qui ne relevaient que du for intérieur et du domaine de la conscience. En tait, on lui a reproché un raffinement de cruauté barbare et inusité pour tous les autres crimes. Le temps de la justice est venu, et ces odieuses imputations se sont évanouies devant l'étude plus approfondie et plus impartiale de l'histoire. En droit, l'Eglise, investie au moyen âge d'un pouvoir protecteur, devait maintenir l'ordre public et le repos des sociétés, menacés également par les hérétiques, dont les attaques tombaient à la fois sur les institutions civiles et religieuses. Elle eût manqué à sa mission et se fût rendue indigne de la confiance des peuples par une indulgence criminelle. Société spirituelle, elle employait d'abord les armes spirituelles contre les ennemis de l'ordre et de la religion; mais quand ses censures ne suffisaient pas, elle abandonnait à la justice civile, sur la demande formelle des empereurs et des princes chrétiens, les rebelles qu'elle n'avait pu ?aincre. De nos jours les insurrections ne sont jugées que pai nn seul tribunal, celui du pouvoir civil. Au moyen âge, les coupables avaient la garantie de deux juridictions. Ils ne tombaief sous ie glaive de la justice humaine qu'après avoir rejeté Tinte ventîon miséricordieuse de l'Eglise. Le temps a renversé le droh public du moyen âge; qui oserait dire que l'humanité y a gagné 1 En fait , les supplices ordonnés par l'Inquisition étaient prononcés par un tribunal civil. Leurs formes étaient celles adoptées
280 lucius m (1181-1185).
par la juridiction criminelle de l'époque. On peut s'attendrir sur le sort des condamnés, dans un siècle où nous avons vu les discordes civiles enfanter des horreurs inconnues au temps de ïa barbarie. Mais l'inflexible histoire, qui ne se fait complice d'aucun parti , qui n'adopte à priori aucun système , est là pour attester que les supplices de l'Inquisition étaient les mêmes que ceux infligés par t<«us les tribunaux aux. autres crimes. A-ton oublié que la torture ne fut abolit* en France que par Louis XVI, ce roi martyr? Et pourtant notre patrie avait traversé le grand siècle et toutes ses gloires, sans qu'aucune voix s'élevât pour réclamer contre ces restes de la barbarie perpétués dans nos lois. Peut-être faudrait-il dire que Vi ^oque la plus disposée à s'attendrir sur les criminels, est celle où les crimes sont le plus multipliés et le plus impunis Sous un nom ou sous un autre, l'Inquisition existe nécessairement dans toute société qui veut sa propre conservation. Une société n'existe qu'à la condition de surveiller et de punir tous ceux qui conspirent ou travaillent à son renversement. Or, au moyen âge , la loi fondamentale des sociétés était la foi catholique. Cette loi était écrite à la tête de toutes les autres. Qui n'était pas catholique, n'était pas citoyen. L'Eglise donc, en protégeant sa foi, maintenait l'ordre social ^ assurait la paix des royaumes et défendait le droit suprême de la civilisation.
32. Les Humiliés ou Pauvres de Lyon, dont parlait Lucius III , étaient les Vaudois , secte nouvelle , qui devait son origine à Pierre Valdo, marchand de Lyon (1160). Prenant à la lettre les paroles de l'Evangile : Beati pauperes , il vendit ses biens, prêcha la pauvreté des Apôtres et soutint que l'Eglise avait dégénéré de son institution divine, en acceptant des principautés et des domaines temporels. Mgr Charvaz, archevêque de Gênes, ians son livre si plein d'érudition , intitulé : Recherches historiques sur la véritable origine des Vaudois et sur le caractère de leur doctrine primitive (Paris 1839), a résumé ainsi leurs erreurs : « 1° Ils rejetaient l'autorité épiseopale et s'arrogeaunl le » droit de la prédication. 2° Ils prétendaient que tous les laïques » pouvaient entendre la confession des fidèles et consacrer l'Eu- » charistie. 3° Ils soutenaient que l'Eglise de Rome n'était pas la