CHAPITRE VII
fsiib venir aux frais de la guerre sainte. On donna à cetifc taxe le nom de dime saladine, parce qu'elle était le dixième [décima) du revenu de chaque particulier et qu'elle était destinée à combattre Saladin. l'empereur d'Allemagne -, Frédéric Barberousse, et le duc de Souabe, son fils, à la tète d'une armée de 100,000 hommes, s'enrôlèrent aussi sous l'étendard de la croix. Barr trousse, après avoir été si longtemps le fléau de la chrétienté, allait en devenir le héros, li partit le premier et prit sa route par Gonstantinople. Isaac l'Ange avait secrètement signé une alliance offensive et défensive avec Saladin. Il surpassa, par ses perfidies et ses trahisons envers les croisés, les odieux souvenirs de Manuel Comnène. Toutes les routes avaient été défoncées, les vivres enlevés, les défilés occupés militairement ou murés, sur le passage de l'armée allemande. Les ambassadeurs de Frédéric, envoyés à Constantinople pour se plaindre de cette mauvaise foi, furent jetés dans un cachot. Dans lé transport d'indignation que cette infâme violation du droit des gens souleva au camp des croisés, on voulait attaquer Constantinople et venger l'honneur du nom chrétien. Mais Barberousse n'était plus le prince qui, dans un accès de fureur, ruinait les villes et faisait promener la charrue sur les murs de Milan. La vraie grandeur était entrée dans son âme avec les sentiments d'une foi sincère. Il calma ses guerriers et leur rappela que le but de leur pèlerinage n'était point Byzance, mais Jérusalem. Malgré les obstacles que la lâcheté des Grecs multipliait sur i*on chemin, il s'ouvrit un passage jusqu'à Andrinople. Isaac l'An^ s'était trop pressé en écrivant à Saladin : « J'ai réduit les pèlerins d'Europe à l'impuissance; j'ai » coupé les ailes a leurs victoires. » Il se hâta de remettre en liberté les ambassadeurs de Frédéric, qui s'écria en les re~ voyant : « Je rends grâces à Dieu qui m'a fait retrouver mes » fils ! » Isaac l'Ange voulut ensuite négocier un traité de paix avec l'eixipereur d'Allemagne. Les députés grecs, en abordant Frédéric Barberousse , lui dirent : « Le saint empereur, notre » maître, compte que vous lui jurerez fidélité comme à votre » suzerain. Votre intérêt d'ailleurs l'exige, car vous et votre i» armée, vous êtes resserrés par nous comme dans un filet. ~~ » Moi aussi, répondit le prince, ]e suis emp^ceur par l'élection
286 clément ni (1187-1191).
» de mes sujets et la confirmation du Pape; mais je me souviens » de mes péchés et je n'ai pas la prétention de me faire appeler » saint. Ces filets dont vous croyez nous avoir environnés, nous » les romprons comme une toile d'araignée. » Isaac l'Ange ne crut pas devoir nousser plus loin une résistance qui pouvait appeler la foudre sur son empire chancelant. Il promit de mettre à la disposition de Frédéric, un nombre suffisant de vaisseaux pour transporter les croisés sur la côte d'Asie, fiança sa fille au prince Philippe, fils de l'empereur allemand, et jura solennellement, dans l'église de Sainte- Sophie, d'exécuter fidèlement tous les articles du traité. L'armée s'embarqua au port de Gallipoli. Frédéric resta le dernier sur le rivage de l'Europe, et ne mit le pied sur son navire qu'après avoir vu embarquer tous les siens . En abordant sur le sol de l'Asie : « Ayez confiance, dit-il à » ses soldats; ce pays est à vous. » Frédéric de Souabe, fils de l'empereur, conduisait l'avant-garde. Le bagage fut placé au centre; et Barberousse, à i'arrière-garde, couvrait la marche. Les envoyés du sultan d'Iconium avaient promis, de la part de leur maître, d'assurer des subsistances à l'armée des croisés. Ce n'était qu'une feinte, concertée à l'avance avec Isaac l'Ange, pour les mieux perdre. Le 14 mai 1190, l'armée était engagée dans une vallée étroite, lorsqu'elle aperçut, dominant les hauteurs, des bataillons innombrables de Turcs, qui la cernaient de toutes parts. C'était le sultan d'Iconium, digne allié de l'empereur de Constantinople , qui comptait écraser des troupes harassées par les fatigues du voyage, épuisées par la soif et la faim, dans leur longue marche, au milieu des sables brûlants du désert. Le sultan avait remis le commandement général de ses forces au Sarrasin Melek, guerrier habile et expérimenté. Luimême avait voulu, en personne, assister à ce combat, pour jouir d'un triomphe qu'il croyait assuré. A la vue des ennemis, Frédéric Barberousse cria à ses soldats : « Vaincre ou mourir ! Il n'y » a de salut pour aucun de nous que dans la victoire. » S'élançant aussitôt à la tête des siens, et retrouvant dans son courage toute l'ardVu: de sa jeunesse, l'héroïque vieillard se précipite au niiieu des ennemis. Son exemple anime les croisés : des prodiges 4* valeur signalent leur audace et leur bravoure. 10,000 Turcs