CHAPITRE VII
mordent la poussière; le reste s'enfuit et se dérobe à la mort en cachant sa retraite dans les défilés des montagnes. La victoire restait aux chrétiens ; mais le soir, en revenant au camp, l'armée triomphante n'y trouvait pas de vivres; et la famine, plus terrible que le glaive musulman , menaçait de faire périr sans gloire ce» guerriers invincibles. Ur ordre du jour, publié par Frédéric^, releva leurs espérances en leur promettant une nouvelle moissoa le lauriers. « Soldats da Christ, leur disait-il, demain, avec » l'aide de Dieu, nous camperons dans les jardins du sultan d'î- » conium : nous y trouverons des vivres en abondance et des » fontaines d'eau jaillissante. Que demain, dès l'aurore, chacun » soit à son poste. » Le lendemain, en effet, les croisés, rangés en ordre de bataille , débouchaient dans la plaine fertile d' Jconium. Un détachement, sous les ordres du duc de Souabe, investit les murs de la cité ; le reste de l'armée, sous le commandement de l'empereur, prenait position dans les jardins du sultan, et se préparait à recevoir les attaques des ennemis. Barberousse avait voulu se réserver le poste d'honneur. Les Turcs apparaissent en effet; leur cavalerie couronne les sommets des montagnes voisines. « Suivez-moi! s'écrie Frédéric. Au Christ la » gloire ! au Christ l'empire ! au Christ la victoire ! » Tout plie sous ses efforts; 15,000 Turcs succombent sous la valeur des croisés. Un chant de triomphe s'élève de tous les rangs de l'armée latine, lorsque l'étendard de la croix apparaît sur les tours d'Iconium. Le jeune duc de Souabe, digue fils d* un héros, «venait de se rendre maître ^e la ville (1190). La victoire d'Iconium assurait aux croisés te communications avec l'Europe et des vivres en abondance; fe dhemir) de la Palestine était ouvert; on pouvait entrevoir le jour 'le la délivrance de Jérusalem. Saladin lui-même, consterné à la nouvelle du cette éclatante victoire, envoyait des ambassadeurs à Frédéric pour lui demander la paix et lui promettre la restitution des saints lieux. Tant de succès devaient être inutiles. Au passage du Cydnus, Frédéric, *nalgré les prières des siens, lança son cheval au milieu de ces ondes déjà fatales à un autre héros. Couvert de sueur, l'intrépide vieillard avait voulu franchir le fleuve à la nage. Ses forces Tabandonnèrent, et bientôt les eau* glacées du Cydnus ne rou-
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lèrenfc plus qu'un cadavre (10 juin 1190). La consternation, le désespoir de Tannée ne sauraient se décrire. Les croisés avaient perdu leur empereur, leur général, leur père. L'écho de leurs gémissements et de leurs voix plaintives retentit dans toute VEurope. « Pleurez, écrivait Pierre de Blois dans une lettre élo* » quente; pleurez, soldats infortunés, fidèles sujets du plus grand » roi de l'univers. Votre vie , votre salut , votre lumière et votre » défense, votre suinté et, votre force, l'ancre de votre espérance, » votre refuge et votre secours , hélas ! tout a été abattu par » l'impitoyable mort ! » Pierre de Blois n'était pas sujet de l'empereur Frédéric : il habitait les Etats du roi d'Angleterre. Sa lettre est l'expression spontanée des regrets et de la douleur commune de l'Europe. Elle est un noble témoignage de cette fraternité touchante que les croisades avaient établie entre tous les peuples catholiques. Frédéric de Souabe prit le commandement de l'armée délaissée. Il mourut en héros sous les murs de Ptolémaïs; mais il n'avait pu ressusciter le génie de son père. La mort de Frédéric laissait Fempire d'Allemagne aux mains de Henri VI, qui ne suivit les exemples paternels que dans ce qu'ils avaient d'odieux, et qui se montra l'ennemi le plus acharné du Saint-Siège.
39. Clément III ne survécut point à Frédéric Barberousse : il mourut, le 25 mars 1 1 91 , au moment où, par ses soins, Philippe* Auguste et Richard Cœur-de-Lion allaient s'embarquer pour la Palestine.
§ 9. Pontificat de Célcstin 111 (38 mars 119Î-8 janvier 1198).
40. Le cardinal Hyacinthe, de la puissante famille des Orsini, fut élevé sur le siège de saint Pierre (28 mars 1191) pour succéder à Clément III. Le premier acte de son pontificat fut le couronnement solennel de l'empereur Henri VI et de l'impératrice Constance, son épouse. Le nouveau César jura entre les mains du Pape de conserver intacts tous les droits de l'Eglise romaine, de suivre, dans son gouvernement, les lois de la justice et de l'équité, et de restituer tous les domaines usurpés par ses prédécesseurs sur le patrimoine de saint Pierre. Henri VI oublia bientôt son serment.