CHAPITRE VIII
point à cette négociation. Avec le dévouement qui caractérise le cœur des mères, elle avait fait des efforts héroïques pour garant" ï à Frédéric II, son iiis, la possession tranquille du royaume de Sicile. En mourant, préoccupée de l'avenir d'ur enfant roi qu'elle laissait sans appui, au milieu d'ennemis de tout genre, sur un trône encore mal affermi, elle jeta les yeux sur Innocent III , lui remit ce qu'elle avait de plus cher au monde et le nomma tuteur de Frédéric II et du royaume de Sicile (27 novembre 1198). En acceptant ce legs de la tendresse maternelle, le Pape écrivait au jeune roi : « Séchez vos larmes; le Seigneur » vous a donné un père spirituel au lieu du père temporel que » vous avez perdu ; il a remplacé pour vous l'impératrice Cons- » tance, votre mère de glorieuse mémoire, par une mère qui » n'oublie jamais ses enfants, l'immortelle Eglise de Rome. Nous b voulons vous aimer, vous protéger et vous défendre avec une » maternelle sollicitude, pour l'honneur et la dignité de la puis- » sance royale, pour la sûreté de votre royaume et le bien de » vos fidèles sujets. » Innocent dirigea donc, sans délai, toute son attention sur les affaires de Sicile, et déploya son activité et les puissantes ressources de l'autorité apostolique contre les factions sans cesse renaissantes dans ce malheureux pays. Cette vigilance tutélaire dura de l'année 1199 à l'an 1208, époque de la majorité de Frédéric II. Il remit alors au prince le royaume dans une situation prospère et florissante. Les soins de la tutelle avaient cessé; mais la reconnaissance faisait un devoir au jeune monarque de na pas interrompre des rapports bienveillants avec un conseiller tel qu'Innocent III, dans un âge où son inexpérience avait encore tamt beboin de guide. Plus tard, le Pape ajoutera de nouveaux bienfaits aux services déjà rendus. Frédéric ne les paiera que par son ingratitude.
7 . Gélestin ILI était mort sans avoir résolu une des plus graves questions de son temps, celle du divorce de Philippe- Auguste avec Ingelfoerge. Le roi de France, marié d'abord à Isabelle de Hainaut, fille du comte Baudoin IV, avait vu cette princesse descendre au tombeau à la fleur de l'âge. Dès son retour de la Palestine, il songea à contracter une alliance , par laquelle il pût lutter contre la puissance de Richard Cœur-de-Lion, son rival.
304 innocent m (1198-121G).
Il jeta îes yeux sur Ingelberge, lille de Wladémar, roi de Dane» marck dans l'espoir d'obtenir contre l'Angleterre une diversion des Danois. Cette union était à peine accomplie que Philippe- Auguste montra pour Ingelberge , princesse dont tous les historiens du temps s'accordent à louer les vertus et les grâces, une insurmontable aversion. Sous un faux prétexte de parenté, il fit casser son mariage par l'archevêque de Reims, son oncle, dans un concile d'évêques courtisans, réunis à Compiègne. La malheureuse reine, citée devant ce tribunal, ne put rien répondre : elle ne savait pas la langue de ses juges. Quand on lui notifia la sentence, un interprète la lui traduisit ; elle ne put que s'écrier en gémissant . « Rome! Rome ! » C'était le cri de l'innocence qui en appelait au tribunal suprême, au défenseur de tous les droits, au refuge de tous les opprimés. Elle refusa de retourner en Danemarck. Philippe-Auguste, oubliant tous ses devoirs de chevalier et de roi chrétien , la fit enfermer dans le couvent de Beaurepaire et épousa Agnès de Méranie , l'objet de sa folie passion (1196). L'affaire était portée au jugement du Saint-Siège, lorsque Célestin III mourut.
8 . Innocent IÎI , son successeur, ne savait pas transiger avec son devoir. La répression fut aussi énergique que le crime était flagrant. « Il ne s'agissait ici, dit M. Hurter, ni de domaines » temporels, ni de droits contestés au Saint-Siège; mais de cette » grande question : Le souverain catholique est-il soumis aux » lois du Christianisme qui obligent ses sujets? Nous dirons d'a- » bord que si ces lois 4taient appliquées alors d'une autre ma- *> nière, et peut-être plus sévèrement que de nos jours , on ne » peut en faire un prétexte pour blâmer la conduite du Pape dans » cette circonstance Innocent III, dans l'affaire du divorce, ne se » laissa guider que par la juste appréciation de ses devoirs et de » ceux des princes; animé d'un zèle V)ut apostolique, il ne se » laissa influencer par aucune considération humaine. Il ne vou- » lut jamais sacrifier Pimportance morale de sa dignité , pour se
• procurer un puissant auxiliaire dans les troubles de VAllema- » gne, ni pour obtenir du roi, par une condescendance coupable,
• des secours pour la croisade. Lui faire un crime de sa fermeté
• serait d'un dangereux exemple pour tous les temps; ce serait