‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 162 sur 332 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

» détruire les limites entre la puissance et le devoir, et affranchir » l'homme de toute obligation morale. Que de malheurs eussen* » été épargnés à la France et à l'Europe, si Louis XV eût ren-* » contré, sur la chaire apostolique, la sévère gravité, l'énergie » invincible d'Innocent IÏI! Le devoir d'un Pape, c'est d'être le » pasteur des 'rois, et, par là, le sauveur des peuples. » Pierre de Capoue fut envoyé en France (1198), en qualité de légat. Il avait ordre, si Philippe ne rentrait pas dans la ligne du devoir, de prononcer l'interdit sur tout le royaume. Ni les représentations, ni les menaces ;du légat, ni les conseils du clergé, ni le» supplications de ses vrais amis, ne purent fléchir l'opiniâtreté du Toi. Il présenta Agnès de Méranie à son armée, lui posa luimême la couronne sur la tête, et fît jurer à ses chevaliers et à ses barons de verser pour elle jusqu'à la dernière goutte de leur sang. Suivant l'ordre précis d'Innocent III, Pierre de Gapoue assembla un concile des évêques de France dans la ville de Dijon (1199). Philippe-Auguste refusa de comparaître : il envoya seulement deux délégués, chargés, pour gagner du temps, d'interjeter appel de la sentence du concile, au jugement immédiat du Saint-Siège. Subterfuge ordinaire à tous les rebelles qui appellent de la condamnation du Pape au jugement d'un concile, et, de la condamnation d'un concile, au jugement du Pape. Innocent III prévoyant cette manœuvre, avait positivement défendu à son légat de tenir compte de l'appel qui pourrait intervenir. Le 12 décembre 1199, à minuit, le son lugubre des cloches de la cathédrale appela, par un glas funèbre, les Pères du concile de Dijon. Les évêques et les prêtres se rendirent en silence à U basilique à la lueur des flambeaux. Un voile noir couvrait l'image du Christ. Les saintes reliques avaient été transportées dans les souterrains; les flammes avaient consumé les derniers restes det hosties consacrées. Le légat, portant l'étole violette, comme au jour de la Passion du Sauveur, prononça l'interdit ecclésiastique « sur toutes les provinces soumises à la domination du roi de » France, aussi longtemps que ce prince ne renoncerait pointa » son commerce adultère avec Agnès de Méranie. » A ces mots, tous les flambeaux furent renversés et éteints : les ténèbres profonde/i vinrent ajouter leur horreur à celle de la terrible céréui. 20

i:.Z INNOCENT Iîî (1198-1216].

monifi; des gémissements, interrompus par les sanglots des femmes, des vieillards et des enfants, retentirent sous les voûtes de la cathédrale. « Le grand jour du jugement ^'dit un auteur » contemporain, semblait arrivé. » L'exécution de l'interdit couvrit la France entière d'un vaste manteau de deuil r- la consternation fut générale, et les écrivains du temps racontent la douleur populaire dans les termes les plus énergiques. Les fidèles passaient en Normandie et dans les autres possessions du roi d'Angleterre, uniquement pour jouir des consolations de l'Eglise, 9. L'épiscopat français , encouragé par Pierre d'Arras, noble et intrépide pontife , se montra , sauf quelques rares exceptions, digne du Pape qui avait compté sur son concours. Dans tous les diocèses les églises furent fermées, et l'office divin interrompu. La colère de Philippe-Auguste éclata contre le clergé. L'évêque de Paris, Eudes de Sully, fut proscrit du royaume et sa maison livrée au pillage. L'évêque de Senlis n'échappa que par la fuite à un traitement p/us rigoureux encore. Ingelberge, cause innocente et victime elle-même de tant de fureurs, fut enfermée dans la forteresse d'Etampes et soumise à la plus dure captivité. Les violences du roi ne faisaient qu'aigrir l'esprit de ses sujets; les barons prirent les armes; les serviteurs de Philippe- Auguste s'éloignaient de lui et le fuyaient comme l'ennemi de Dieu et des hommes. Dans cette extrémité, partagé entre son devoir et une passion qui semblait croître avec les obstacles, le roi députa quelques chevaliers à Innocent III , pour se plaindre de la sévérité du légat. « Le roi , notre maître , dirent-ils au Pape , est dis- » posé à comparaître devant des juges nommés par le Saint- » Siège, et à se soumettre à leur sentence. — A quelle sentence? » demanda Innocent. Il ne peut y en avoir qu'une seule et elle » est déjà portée. Que le roi éloigne Agnès de Méranie, et qu'il » rétablisse la reine dans tous ses droits de légitime épouse, » Cette réponse redoubla l'aveugle fureur de Philippe-Auguste : « Saladin était heureux, s'écria-t-il , il n'avait point de Pape! » Il voulut tenter un dernier effort, en faveur du criminel objet de «on amour. Tous les prélats et les seigneurs du royaume furent convoqués en assemblée solennelle. Agnès de Méranie parut devant eux f pâle , consumée par les chagrins et les luttes intérieure»

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