CHAPITRE IX. 33 i
divine Pavait instruit de la défaite des chrétiens. François en fit part aux chefs de l'armée, qui l'écoutèrent avec indifférence. Mécontent des croisés et dévoré du zèle de la maison de Diê^, il conçut le projet de faire triompher la foi par son éloquence et par les seules armes de l'Evangile, il s'avança donc dans le camp ennemi et se fit prendre par les soldats sarrasins qui le conduisirent au sultan. « C'est Dieu qui m'adresse à vous, iui dit-il, » pour vous montrer la voie du salut. » Après ces paroles , le saint missionnaire exhorta Melek-el-Kamel à embrasser l'Evangile. Il défia, en sa présence, tous les docteurs musulmans, et proposa de se jeter dans un bûcher allumé pour confondre l'imposture et prouver la vérité de la religion chrétienne. Le sultan, étonné, congédia le zélé prédicateur, qui n'obtint rien de ce qu'il souhaitait si ardemment; car il ne convertit pas le chef des infidèles et ne recueillit point la palme du martyre. Melek-el- Kamel triomphant, au moment où il se croyait perdu, se montra généreux envers les chrétiens. Il rendit les prisonniers, et le» débris de l'armée purent retourner en Palestine (1222). Jean de Brienne revint en Europe; il donna sa fille, Yolande, à l'empereur Frédéric II, auquel il céda son titre de roi de Jérusalem . La cinquième croisade était finie ; elle ne laissait à l'Europe que de tristes souvenirs. Cependant l'élan qui portait les chrétiens d'Occident vers ces glorieuses expéditions survivait à l'indifférence des princes et au récit de tant de désastres. Les premières années du xm* siècle virent ce qu'on n'avait point encore vu dans ces temps si féconds en prodiges et en événements extraordinaires. 50,000 enfants, en France et en Allemagne , s'attroupèrent et parcoururent les villes et les ^*unpagnes en chantant ces paroles : « Seigneur Jésus, rendez-nous notre sainte croix. » Lorsqu'on leur demandait où ils allaient, et ce qu'ils voulaient faire : « Nous allons, répondaient-ils, à Jérusalem, pour déh- » vrer le sépulcre du Sauveur. » Une grande partie de cette jeune milice traversa les Alpes pour s'embarquer dans les ports d'Italie (1212). Plusieurs s'égarèrent dans les forêts, périrent de chaleur, de faim, de soif et de fatigue. Parmi ceux qui s'embarquèrent, quelques-uns firent naufrage ou furent livrés aux Sarrasins qu'ils allaient combattra, D'autres furent martyrisés »
332 honorius m (1216-1227).
et donnèrent aux infidèles le spectacle de la fermeté et du courage que la religion chrétienne sait inspirer à l'âge le plus tendre.
3. Les hostilités n'avaient pas cessé entre la France et f An-* gleterre à Favénement <k Menri II , roi enfant qui n'avait , la jour <Je son s#cre, que deu£ évêques et trois barons pour sévi) appui. Le reste des chevaliers anglais s'était rallié à l'armôe de Louis de France, qui se trouvait, parle fait, maître de la presque totalité de l'Angleterre. Mais l'orphelin toyal avait un protecteur et un père dans la personne du souverain Pontife. L'Eglise avait excommunié son père; les foudres spirituelles avaient frappé une tête coupable. Le fils de Jean Sans-Terre était innocent; l'Eglise prit en main sa cause et la fit triompher, aux yeux de YEurope, malgré ses ennemis. Jamais la Papauté ne défaillit à cette nonle mission. Saint Grégoire VII avait élevé la jeunesse de Henri IV ; Innocent III avait été le tuteur de Frédéric II ; Honorius III, en montant sur le siège de saint Pierre, écrivait aux barons anglais : « La loi de Jésus-Christ ne permet pas que » le fils porte la peine des fautes de son père. Toute révolte » contre l'orphelin serait une trahison infâme. La religion , la • conscience et l'honneur vous font un devoir de vous réconcilier » avec votre jeune roi ; son âge est la meilleure preuve de son » innocence. » En même temps il envoyait des ambassadeurs à Louis de France. « Ordonnez-lui , leur dit-il, par l'autorité du » Siège apostolique , de cesser une guerre qui n'a plus d'objet. » L'orphelin Henri II est désormais le pupille du Saint-Siège. » Si Louis de France continuait à l'attaquer, nous invoquerions » contre lui le ciel et la terre. Le Dieu qui est au-dessus des » royaumes et qui les donne à qui il lui plaît, combattrait pour » nous. » Philippe-Auguste avait appris à ne pas lutter contre un Pape. Il rappela son, fils et la paix fut conclue, sous les auspices du Pape, entre les deux royaumes (1218).
4. La valeur de Louis de France trouva bientôt un théâtre digne d'elle. Honorius III lui ouvrit un champ glorieux, en l'invitant à éteindre les derniers restes des Albigeois en Languedoc. Raymond VI, après sa soumission au concile de Latran, était rentré à Toulouse. Ses intentions personnelles pouvaient être