‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 177 sur 332 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

droites, mais on n'est pas impunément chef de parti. Le retour du vieux comte avait réveillé les espérances des Albigeois, une réaction formidable se produisit en Languedoc, contre Simon de Monlfort, qui mourut en héros au siège de Toulouse (1218). Honorius III : concerta avec Philippe-Auguste des mesures énergiques pour réprimer enfin une hérésie qui, depuis un demisiècle, avait fait couler le sang chrétien par torrents. « La puis< » sance séculière, écrivait le Pape au roi de France, est tenue de 9 punir les rebelles par les armes, quand ie glaive spirituel ne » suffit pas à les arrêter. \ous devez à votre gloire et à votre • titre de prince chrétien de délivrer votre royaume de ces en- » nemis obstinés de la foi. Nous comptons sur votre piété pour » accomplir ce grand ouvrage. » Il fut donc convenu, de plein gré, entre Philippe-Auguste et le souverain Pontife, que la guerre contre les Albigeois serait poussée avec une nouvelle vigueur, et que le prince Louis de France dirigerait les opéra* tions en personne. Saint Dominique fut chargé du soin de re* chercher les hérétiques, et de les dénoncer au pouvoir séculier s'ils s'opiniàtraient dans leurs erreurs.

5. C'était donner une forme aux doctrines que nous avons vues émises par Lucius III. C'était constituer un tribunal d'inquisition. Innocent III avait déjà donné une mission à peu près semblable à son légat, Pierre de Castelnau. Deux faits sont importants à remarquer ici : 1° l'Eglise, dont le pouvoir est essentiellement spirituel, ne punissait pas elle-même les hérétiques. Saint Dominique était chargé d'employer contre eux les armes de la persuasion. La foi combattait l'erreur ; la sainteté luttait avec l'hérésie; l'Eglise était dans son droit et faisait son devoir. Mais les Albigeois n'étaient pas simplement hérétiques-, ils étaient encore, et surtout, des rebelles armés contre l'ordre social; de fausses doctrines leur mettaient les armes à la main ; l'Eglise toute seule ne suffisait plus contre des insurgés. Vo'!à pourquoi, quand les moyens pacifiques avaient échoué, le rôle de la justice civile devait commencer. L'Église leur ouvrait d'abord son sein comine une mère tendre et dévouée; s'ils refusaient d'écouter sa ▼oix, ils tombaient sous le glaive de leurs juges. Aux yeux de la société, qu'ils avaient outragée, le repentir et l'abjuration était

334 HONORius m (1216-1227).

un titre suffisant à la miséricorde; c'était une chance de plus que la législation du moyen âge, plus humaine en cela que les uôtres, ofîrâit <mx accusés. 2° L'Inquisition n'était pas l'œuvre exclusive du Ptepc (t). Philippe-Auguste l'établissait de concert avec lui, C'est là un double caractère sur lequel on n'a pas assez insisté. Au lieu d' i tribunal purement militaire, à la juridiction duquel Philippe-Auguste aurait pu renvoyer la cause des révolutionnaires, pris les armes à la maki , îJ préférait, dans un esprit de miséricorde et de piété, conforme aux mœurs de son temps, faire précéder la rigueur des lois par la persuasion évangélique. Le châtiment ne tombait ainsi que sur les criminels endurcis. La peine, lorsqu'elle était portée, l'était par un tribunal civil, d'après les dispositions de la jurisprudence ordinaire : la forme même des supplices, variable suivant les époques et les pays , était la même que pour les autres crimes. Toutes les déclamations, furibondes contre l'Inquisition tombent devant ces deux faits. L'Inquisition fut tellement une institution politique, que nous la verrons plus tard s'établir en Espagne, malgré les réclamations du pape Sixte IV, qui y voyait un empiétement sur les droits de l'Eglise; et que son existence dans la république de Venise, fut un moyen exclusif de gouvernement sans presque aucun caractère religieux. En droit, l'illustre comte de Maistre & démontré que les gouvernements peuvent et doivent assurer leur repos par des mesures légales, contre tous les perturbateurs de l'ordre public. En Espagne, ce pays où la foi catholique avait eu à se reconquérir elle-même , pendant des siècles de combats contre les Maures et les Juifs leurs alliés, tout ce qui pouvait altérer l'unité de cette foi était un danger pour TEtat. Voilà pourquoi Ferdinand-le-Catholique, en 1481, établit des peines si sévères contre les hérétiques de toutes sortes. On est libre de discuter la valeur de cette politique et la légitimité des actes de ce roi ; mais quelle que soit la décision , elle ne concerne en rien l'Eglise. On demandait aux inquisiteurs : « Est-ce une hérésie de professer telle doctrine? » et l'on punissait les hérétiques

è (1) II y a*ai< à Toulouse, dans la maison où saint Dominique jeta îes fondements de son ordre, trois ou quatre Dominicains qu'on appelait les Pères ïnqu\mteurs; leur couvent se nomme encore de nos jours l'hôtel de Ylnqumtiem,

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