CHAPITRE IX
comme ennemi de la société. Tel fut le véritable caractère de l'Inquisition.
6. Philippe-Auguste ne vit pas la On de la croisade contre les albigeois. Il mourut en 1223, avec la réputation d'un grand et leureux monarqne. Sa dernière disposition testamentaire fut en faveur de la reine Ingelberge, qu'il appelait sa chère épouse. Louis VIII, surnommé le Lion, lui succéda. Avec une armée de 100,000 hommes, il vint mettre le siège devant Avignon^ s'en empara, soumit toute la province du Languedoc et mourut en héros chrétien, à l'assaut de la ville de Montpensîer (I22C). Le trône de France passait à un enfant de douze ans, dont la France entière saluait l'événement, sous le nom de Louis IX, et que l'Eglise honore sous le nom de saint Louis. Chaque époque histo. rique a un homme qui la représente. Saint Louis est l'homme modèle du moyen âge; c'est un législateur, un héros et un saint. Le temps où il a vécu rehausse encore sa gloire par le contraste de la naïveté et de la simplicité de ce temps. Soit que Louis con> batte à Saintes ou à Massoure; soit que, dans une bibliothèque , il rende compte de la matière d'un livre à ceux qui le viennent demander, soit qu'il donne des audiences publiques, juge des différends aux plaids de la Porte, ou sous le chêne de Vincennes, sans huissiers ni gardes, soit que des princes étrangers le choisissent pour arbitre , soit qu'il meure sur les ruines de Carthage , on ne sait lequel admirer le plus, du chevalier, du clerc, du patriarche, du roi ou du chrétien. Une douceur charmante, une égalité d'àme inaltérable, un grand amour pour la justice , uue attention singulière à prévenir les troubles ou à les dissiper à leur naissance, mais surtout la plus tendre piété lui gagnaient tous les cœurs. Magnifique quand il fallait F être , il savait allier les devoirs de la grandeur avec ses goûts de simplicité personnelle. Après avoir donné la plus grande partie de son temps aux affaires de l'Etat, il se plaisait dans la société des savants. Vincent de Beauvais était son bibliothécaire , et saint Tl ornas d'Aquin fut plus d'une fois admis à sa table. Lorsque, aa pied des autels, il épanchait son âme en présence de son Dieu, od l'eût pris pour un ange prosterné devant le Très-Haut. € Les hommes » sont étranges, disait-il quelquefois. On me fait un crime de
336 honorius m (1216-1227).
> mon assiduité à la prière; on ne dirait mot si je perdais les
> heures que j'y consacre, aux jeux de hasard et à la chasse au
> faucon. » Que dirait notre siècle, si nous insistions sur ce que les historiens rapportent unanimement de ses austérités0 Quel contraste, en effet, entre les mœurs de notre siècle et celles d'un jeune roi. couvert d'un cilice, livrant son .turps à tous les exercices de la pénitence , visitant les hôpitaux, servant lui-même les malades ci les pauvres avec un dévouement que la religion seule peut inspirer? Louis, animé par les grandes vues de l'éternité, supérieur à toutes les délicatesses, fut toujours le digne fils de la reine Blanche, qui lui disait « Mon enfant, Dieu sait comhicn
> vous m'êtes cher! Cependant, j'aimerais mieux vous voir mort, » que coupable d'un seul péché mortel. » La minorité du jeune roi fut orageuse, mais l'habileté de la régente , Blanche de Castille, sut conjurer les dangers, rallier les sujets rebelles , préparer un règne qui sera l'éternelle gloire de la France, de l'Europe chrétienne et de l'humanité tout entière. Dès l'an 1228, Raymond VII le Jeune, qui avait succédé au vieux comte de Toulouse, son père, abjura solennellement l'hérésie des Albigeois et promit de reconnaître la suzeraineté de Louis IX. Nu-pieds et dépouillé de tous les insignes de sa dignité, le comte vint se prosterner devant le cardinal de Saint-Ange, légat du Pape et reçut l'absolution solennelle des censures ecclésiastiques qu'il avait encourues. La guerre des Albigeois était terminée. Son dénoùment faisait faire un pas de plus à la grandeur de la France. Une fusion salutaire s'établissait entre les provinces du Midi et celles du Nord, jusque-là divisées par le langage et les mœurs; il éteignait enfin un foyer toujours allumé de discordes et de guerres.
7 . Honorius III ne vit point l'heureuse issue de ces événements. Il était mort l'année précédente (1227), au moment où l'empereur d'Allemagne, Frédéric II, recommençait la lutte des princes de Hohenstaiifen contre l'Eglise. Son pontificat avait, été, en quelque sorte^ le complément de celui d'Innocent III. Le xme siècle si fécond en glorieuses et saintes œuvres, présente , sous le règne de ces deux Pontifes, une véritable moisson de grands hommes et de saints. Nous regrettons de ne pouvoir ici que citer des noms, sans les accompagner d'aucun détail. Saint Ferdinand,