‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 182 sur 332 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

justifiée de voir passer ce trésor aux mains des Grecs schismatiques- qui resserraient leur cercle formidable autour de Cûustantirrople, engagèrent Baudoin II à l'offrir à saint- Louis. «Nous sommes réduits infailliblement, lui écrivait-il, à k » cruelle nécessité de voir passer ce monument inestimable entre » les mains des étrangers. Souffrez (Jonc que je vous le fasse re- » mettre à vous, mon parent, mon suzerain, mon bienfaiteur; d et que la France, ma chère patrie, en devienne dépositaire. » Saint Louis et le comte d'Artois, son frère, vinrent recevoir U couronne d'épines à Sens. Par les ordres du roi, l« Sainte- Chapelle , ce gracieux chef-d'œuvre de Fart gothique an xme siècle, fut élevée près du palais, pour y abriter, sous ses voûtes élancées et ses élégants arceaux, la précieuse relique (1239).

13. Cependant Frédéric II avait repris, contre le Saint-Siège son système d'hostilité. Dès Tan 1233, veuf d'Yolande , fille de Jean de Brienne, il avait demandé la main de sainte Agnès, fille de Primislas, roi de Bohême. La jeune et pieuse princesse préférait le service de Jésus-Christ à toutes "les grandeurs de ce monde. Elle s'adressa au Pape, pour le supplier de la prendre sous sa protection, et de ne pas permettre une alliance qu'elle croyait contraire aux vues de Dieu sur elle. Grégoire IX se rendit à ses vœux, et, par l'autorité apostolique, défendit k l'empereur de passer outre. Frédéric se montra d'abord fort irrité. Il se soumit enfin. « Si elle m'avait abandonné pour un » homme mortel, dit-il, j'en aurais tiré vengeance par les » armes; mais je ne puis trouver mauvais qu'elle me préfère un » époux céleste. » Ce premier sujet de mécontentement avait Reposé dans son cœur un ferment de haine et de vengeance. Les plaintes de Grégoire IX, qui reprochait à Frédéric ses intelligences avec les Sarrasins de Sicile, l'aigrirent encore. En 1238 son armée, comme un torrent dévastateur, envahit la Lombardie. Ezzelin de Romano, gendre de l'empereur, se met à la tête du parti Gibelin, vçrse des flots de sang dans toute l'Italie, et mérite le surnom de Féroce, que l'exécration publique lui décerne. Les troupes impériales s'emparent de la Sardaigne, fief de l'Eglise romaine, y fondent un royaume en faveur d'Ein

344 Grégoire ix ^1227-1241).

tius, fils naturel de Frédéric IL Grégoire IX avait près de cent ans; l'empereur avait pu croire que l'âge aurait affaibli son énergie: il se trompait. Le vénérable Pontife rassemble les cardinaux, le clergé et le peuple romain dans l'église de Saint- Pierre ; en leur présence , il excommunie le parjure , et déclare tous ses sujets d'Allemagne et d'Italie déliés. du serment de fidé* lité. Ei, même temps que ses lettres notifient la sentence à tous les princes de l'Europe, il envoie un iégat en France, pour offrir la couronne impériale à Robert , comte d'Artois , frère de Louis IX. Le saint roi refusa, au nom de son frère, une proposition qui pouvait troubler la paix de ses Etats. Frédéric II répondit à ces mesures de vigueur, par des violences jusque-là inouïes. Il ordonna de chasser immédiatement, de tous ses Etats, les religieux franciscains et dominicains, dont il connaissait le dévouement au Saint-Siège. Pierre des Vignes, son chancelier, publiait au nom de son maître, une constitution impériale, qui condamnait à la peine du feu toute personne, de quelque condition, de quelque âge, de quelque sexe qu'elle pût être, qui déférerait à la sentence d'interdit portée par le Pape. Quiconque serait trouvé porteur de lettres pontificales , quelle qu'en fût la teneur, devait être immédiatement pendu. En même temps, Frédéric passait en Sicile, réunissait à ses troupes les Sarrasins de cette île, et venait, à leur tête, ravager le comté de Bénévent et toutes les provinces soumises à la domination du Pape. Des députés se rendaient , par son ordre , dans toutes les cours de l'Europe, pour protester contre la conduite de Grégoire IX, qu'il nommait Y Antéchrist , et en appeler à un concile général. Afin d'ôter à son ennemi ce dernier prétexte, et se justifier aux yeux de l'univers des violences qu'on lui reprochait, le Pape indiqua lui-même un concile qui devait se tenir à Saint- Jean-de-Latran, Tan 1241. Tous les évêques de France, jaloux de maintenir, contre un tyran, l'indépendance de l'Eglise romaine, se rendirent à l'appel de Grégoire IX. Ils vinrent à Gênes, où la république leur fournit des vaisseaux pour se rendre par mer à Rome. Sais Frédéric avait tout intérêt à empêcher une assemblée, qui aurait mis au grand jour sa perfidie et sa mauvaise foi. Une flotte sicilienne surprit celle des Génois ; les évêques françaii

Page 1