CHAPITRE ÎX
furent arrêtés, remis à l'empereur et jeté en prison. Un cri d'indigi^ation s'éleva de toute l'Europe, à la nouvelle de cet attentat/Saint Louis écrivit au tyran : « Nous exigeons la liberté » immédiate de tous les évêques captifs. Songez sérieusement » au parti que vous allez prendre; le royaume de France n'est » pas tellement affaibli qu'il puisse souffrir davantage vos coupa » d'éperons. » Le saint roi qui parlait ainsi, avait signalé sa vigueur à Taillebourg et à Saintes, contre les Anglais. Frédéric eut peur; il remit, après deux ans de détention, les évêques en liberté. Mais Grégoire IX ne vit pas ce résultat. 11 était mort de douleur , en apprenant la conduite infâme de Frédéric II (20 avril 1241).
g 3. Pontificat de Célestin IV (octobre 1241 -novembre 1241).
14. La situation de l'Eglise était déplorable. Les cardinaux étaient dispersés, et deux d'entre eux étaient prisonniers de Frédéric. L'empereur semblait triompher de toutes parts ; et pourtant, deux jours avant sa mort, dans une lettre adressée à tous les fidèles de la chrétienté , l'héroïque Grégoire IX avait dit : « Ne vous laissez point étourdir par les vicissitudes du présent; » ne soyez ni pusillanimes dans les revers, ni orgueilleux dam » la prospérité. Mettez votre confiance en Dieu et sachez attendre. » La barque de Pierre est souvent entraînée par les tempêtes, et » poussée sur les écueils, mais bientôt elle se relève au-dessus » des flots écumants et reprend sa course triomphale. » Une telle foi n'est jamais trompée. Malgré les obstacles qui s'opposaient à l'élection d'un souverain Pontiie, ie cardinal Geoffroi Castiglione fut élevé sur le siège de saint Pierre, sous le nom de Célestin IV. Mais il n'eut pas le temps d'être sacré; il mourut seize jours après son élection.
g 4. Pontificat d'Innocent IV (24 juin 1243-7 décembre 1254)
15. La vacance du Saint-Siège n'avait point arrêté la guerre impie de Frédéric IL Pendant toute la durée du pontificat de Grégoire IX , l'empereur n'avait cessé de prendre à témoin la
f*6 INNOCENT TV (1243-1254).
ciel et la terre que le Pape seul était la cause de la discorde entre, l'Eglise et l'Empire, que le Pape seul s'opposait à la paix. Grégorre IX et son successeur étaient morts, et !es armements de Frédéric n'avaient pas cessé. La flotte sicilienne environnait Rome par terre et par mer, et n'en permettait point l'entrée aux cardinaux. Pendant près de deux jun? À se refusa à toutes les instances de la chrétienté Ce ae fut qu'au mois de juin 1243, qu'il permit aux cardinaux de se réunir pour procéder à l'élection. Les suffrages se portèrent sur le cardinal SinibaldoFieschï, qui prit le nom d'Innocent IV. Le nouveau Pape wvait eu occasion de connaître intimement Frédéric II , dans une légation en Allemagne, dont Grégoire IX l'avait chargé. Une étroite liaison s'était formée alors entre le légat et l'empereur. Son élection devait plaire à Frédéric. Cependant il jjten témoigna que de l'inquiétude. « Le Pape et le cardinal, dit-il, sont deux hommes » bien différents; je crains fort qu'au lieu d'un ami cardinal, » nous n'ayons un Pape ennemi : aucun Pape ne saurait être » Gibelin. » La suite des événements ne tarda point à justifier ces appréhensions. Mais la faute n'en peut être imputée qu'a l'obstination et à la violence de l'empereur. Cependant les premières relations firent concevoir quelques espérances de paix Frédéric envoya à Rome une ambassade chargée d'opérer sa réconciliation avec le Saint-Siège. Le 31 mars 1244, les députés impériaux jurèrent solennellement, au nom de leur maître, qu'il était prêt à donner satisfaction à l'Eglise pour toutes les injures qu'elle avait à lui reprocher; de lui rendre toutes les terres et tous les domaines usurpés ; de mettre en liberté tous les évêques captifs et de veiller à l'indépendance des élections épiscopales. Innocent IV crut d'abord à la sincérité d'un pareil repentir. Il fut promptement désabusé. Frédéric II, revenu à sa première perfidie, protesta qu'il ne pouvait tenir le serment prêté par ses ambassadeurs : « Il était, disait-il, trop préjudiciable à x> ses intérêts. » Afin d'agir plus efficacement sur l'esprit de Fempereur, Innocent IV voulut traiter personnellement avec lui j et vint le trouver à Citta di Castello. Frédéric songea aussitôt à s'emparer de la personne du Pontife, et donna les ordres nécessaires pour opérer son arrestation. Mais Innocent IV, prévenu