‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 185 sur 332 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

«inction dans l'esprit des Pères, et qu'ils approuvèrent Pacte tout entier. D'ailleurs, leur silence serait déjà une approbation tacite^ d'autant plus que le Pape dit qu'il en a délibéré avec eu*. Aussi les auteurs contemporains PenU/ndent de la sorte, et disent, en termes exprès , que la sentence fut portée avec l'approbation du concile. Frédéric était à Turin quand il apprit cette nouvelle. Transporté de colère : « Ce Pape , dit-il . m'a déposé dans son » concile et m'a ôté ma couronne \ Qu'on apporte mes cassettes. » On les lui présenta. « Voyez, dit-il, si mes couronnes sont pert> dues! » Et il en mit une sur sa tête. « Non ! non ! reprit-il avec f> des yeux étincelants et d'une voix terrible : ni Pape, ni con- » cile, ne me l'ôteront sans répandre des flots de sang. Un moine » aura l'insolence de m'arracher la dignité impériale , à moi qui » n'ai point d'égal parmi les princes ! » Il passa en Sicile, appela de nouveau les Sarrasins à son secours, et mit l'Italie à feu et à sang. Mais le doigt de Dieu s'était retiré de lui. L'Europe chrétienne le regardait comme un fléau. La ligue lombarde, le parti des Guelfes, animés d'une ardeur et d'un courage invincibles, lui apprennent qu'il n'est pas « bon à l'homme mortel de com- » battre contre Dieu. » Son armée est honteusement chassée et mise en déroute sous les murs de Parme. La cruauté de Frédéric redoublait avec ses revers. Il fit crever les yeux à Pierre des Vignes, son chancelier, et jusque-là son confident intime, et le livra ensuite aux Pisans, ses plus mortels ennemis. Pierre des Vignes prévint les tortures qu'on lui préparait en se cassant la tète contre la colonne à laquelle il était attaché. Le roi Henri, fils aîné de Frédéric, est emprisonné, par l'ordre de son père, et meurt dans un cachot. La justice divine passait sur tous les complices du tyran. Thadée de Suesse expirait au milieu d'une déroute après avoir eu les deux mains coupées dans le combat. Entius, ce fils du crime, que Frédéric II avait voulu faire roi de Sardaigne, mourut, dans une cage de fer, après vingt-cinq ans de captivité. Ezzelin, le féroce, qui avait rempli de meurtres et de ruines Vérone, Vicence, Padoue et Brescia, acheva sa vie atroce-nar les tortures de la faim au fond d'un cachot. Frédéric lui-même mourut enfin, étouflé, disent quelques historiens f par un autre de ses fils naturels , Manfred ou Manfroi , auquel $

350 innocent iv (1243-1254).

avait donné la principauté de Tarent {!) (Î2*§). Comme si la vengeance divine se fût étendue à toutes les générations d* cette race maudite, Conrad, fils légitime de Frédéric II, mourait à l'âge de vingt-six ans, empoisonné par Tinfân?- Mainfroi. Ca dernier fut tué dans une bataille; Conradin, dernier rejeton légitime de la maison de Hohenstaufen , expirera sur un échafaud à Page de dix-sept ans. Avec lui s'éteindra l'empire politiquement anti-chrétien d'Allemagne, qui prétendait asservir l'Eglise et établir sa domination sur l'univers. Un empire plus humain lui auccédera dans la personne de Rodolphe de Habsbourg dont la postérité règne encore

17. Cependant le concile de Lyon s'était occupé de procurer des secours à l'empire latin de Constantinople , presque mourant; et il avait pris des mesures pour entreprendre une nouvelle croisade, dans le double but de délivrer la Terre-Sainte et de sauver J'Europe elle-même de l'invasion des Tartares. Ces Tartares ou Mongols avaient conquis la Perse et une partie de la Chine, sous leur roi Gengiskan, dont l'existence, l'élévation et les fureurs coûtèrent à l'espèce humaine cinq à six millions d'individus, et dont, à sa mort (1237), le territoire s'étendait de Tauris à Pékin dans un espace de plus de quinze cents lieues. Ses fils achevèrent la conquête de la Chine et se jetèrent sur la Russie, la Pologne et la Hongrie, qu'ils pillèrent et rendirent tributaires. La barbarie menaça encore une fois l'Occident. Ces immenses évolutions d'hommes armés avaient tout bouleversé en Orient. Les Chcresmiens, peuples féroces et inconnus, fuyant devant l'armée conquérante, pénétrèrent jusqu'en Palestine; ils prirent Jérusalem, profanèrent tous les saints lieux, et firent de cette contrée un vaste désert. Le besoin d'une croisade était donc urgent. Innocent IV la proclama à Lyon. A sa voix, toutes les nations chrétiennes du Nord de l'Europe se forment en armées et viennent présenter la bataille aux Mongols dans la

(I) Suivant les uns Frédéric II mourut de mort naturelle ; suivant lea auto* a fui é ouffé par Mainfroi. Les premiers affirment que, à son lit de mor, y fu rfconcrhe avec 1 Eglise , et recul l'absolution des mains de l'archevêque de Pa- ^me Les autres prétendent, au contraire, qu'il mourut excommunié et dotant tous les signes du désespoir.

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