CHAPITRE n
& kïjTfis; s'enfuit seul au milieu de la nuit, monté sur un cheval qui le conduisit à Civita-Vecchia d'une seule traite. De là, il s'embarqua pour Gênes, et peu de temps après il abordait sur les rivages de France , refuge ordinaire de la Papauté proscrite , et Se fixait à Lyon (1244).
16. Le premier soin du Pontife fut de convoquer tous les évoques du monde catholique en un concile qui fut le treizième général et le premier de Lyon (1245). CrM quarante évêques y assistèrent avec les patriarches latins d'Orient, Baudoin II ds Courtenay, empereur de Constantinople, Raymond VII, comt6 de Toulouse, et les députés de tous les princes chrétiens. L'empôé reur Frédéric II y fut cité, pour avoir a répondre de sa conduits envers l'Eglise romaine. Mais il ne comparut pas en personne. Il envoya une députation chargée de sa défense : elle avait pour chef Thadée de Suesse, conseiller impérial, d'une éloquence et d'une habileté rares, qui prit dans les actes du concile la qualité de chevalier, docteur dans l'étude des lois. Le procureur impérial s'acquitta de son rôle avec une duplicité que son maître n'aurait pas iésayouée. i Frédéric U , disait-il, ne comprend » pas pourquoi le Pape a quitté l'Italie en fugitif. Quel dangei » pouvait-il courir au milieu du camp de l'empereur, parmi det » troupes fidèles qui l'eussent défendu jusqu'à la mort? Mon » maître n'attend qu'une parole pour venir aux pieds du Pontife » lui offrir son épée et son bras. Il ne songe plus qu'à assurer » une paix solide, pour tourner enfin ses armes contre les Grecs » schismatiques d'Orient, contre les Musulmans de la Palestine » et contre les Tartares du Nord de l'Europe; pour montrer enfin » au monde que le sacerdoce et l'empire, étroitement unis, sont » invincibles » En entendant ce magnifique langage, Innocent IV interrompit l'orateur : « Ce sont là de belles promesses, » dit-il, mais on me k a faites il y a un an et on les a déjà vio- » lées. » Les instructions de Thadée de Suesse lui permettaient toutes les exagérations oratoires qu'il lui conviendrai t d'employer pour les besoins de sa cause. Mais il lui étaif rxn^uvemeut défendu d'accepté* aucune des bases de réconciliation discutées, l'année précédente, «*&ns les conférences d'Italie. Frôdénc II prétendait gagner du temps et donner le change à l'opinion pu-
J48 innocent iv (1243-1254).
blique; il ne songeait pas sérieusement à la paix. Néanmoins, les Pères du concile voulurent tenter un dernier effort, et lui accordèrent un délai de quinze jours pour faire valoir ses moyens de justification, ou pour proposer des conditions de paix acceptables, Thadée de Suesse lui écrivit, en le suppliant de prévenir, par sa soumission', la sentence qui serait infailliblement portée. Frédéric II fut inflexible. Le temps de la justice était venu. Innocent IV parut au milieu du concile , tenant à la main un cierge allumé. Tous les évêques en portaient un semblable. C'était le cérémonial ordinaire des excommunications solennelles. Tbadée de Suesse, continuant jusqu'à la fin le rôle désespéré d'avocat impérial, dit à haute voix : « Au nom de Frédéric II, mon maître, » j'en appelle, de la sentence que vous allez prononcer, au Pape » futur et à un concile plus général. » On ne tint aucun compte d'une pareille protestation. Au milieu du silence imposant de l'auguste assemblée, le Pape lut le décret d'excommunication fulminé contre l'empereur d'Allemagne. « Après en avoir mùre- » ment délibéré, dit-il, avec les cardinaux et les Pères du saint » concile, nous déclarons Frédéric II rejeté du sein de l'Eglise » catholique ; nous absolvons pour toujours de leur serment tous » ceux qui lui ont juré fidélité ; nous défendons , par l'autorité » apostolique , que personne lui obéisse désormais, comme em- » pereur d'Allemagne, ou comme roi de Sicile; et nous voulons, » qu'à l'avenir, quiconque lui donnera aide et conseil, soit ex- » communié par ce seul fait. Les électeurs auront à lui donner, » dans le plus bref délai, un successeur à l'empire. Quant au » royaume de Sicile, nous y pourvoirons avec le conseil de nos » frères les cardinaux. » A ce« paroles terribles, le Pape et tous les prélats renversèrent leurs flambeaux et éteignirent les lumières. Une émotion indicible se répandit parmi la foule qui encombrait la cathédrale; Thadée de Suesse, dans son effroi et dans sa stupeur, s'écria . « Le coup est porté : ce jour est vrai- » ment le jour de la colère. » Quelques auteurs modernes, distinguant ici deux sentences, l'une d'excommunication et l'autre de déposition, ont prétendu que la déposition fut prononce en présence du concile, mais non avec son approbation. Or, il est clair, par la formule même de l'acte, qu'il n'y eut point de dis-