CHAPITRE IX
• mon corps vous appartient; mais mon âme est à Dieu. » Le-; sultan se contenta de la simple signature de Louis, et on allait. I exécuter les clauses du traité, lorsqu'un événement tragique vint interrompre la négociation. Almohadan périt, victime de la jalousie des Mamelucks (1250), sous les yeux mêmes des prisonniers français. Ceux-ci se crurent tous perdus. Les meurtriers se présentèrent au roi de France, et Pun d'eux lui dit :-« Que
* me donneras-tu pour t'avoir délivré de ton ennemi ? » Le saint roi , sans répondre un seul mot , détourna la tête avec horreur. Ce silence majestueux imposa tellement à ces féroces soldats, que , dans un mouvement d'admiration pour tant de vertus , ils lui proposèrent, dit-on, la couronne. Les émirs rebelles ratifièrent les conventions arrêtées avec le sultan. Le roi et ses barons furent remis en liberté. Saint Louis ne songeait point encore à repasser en France \ il se rendit en Palestine, où il demeura encore quatre ans, malgré les instances de la reine Blanche qui le rappelait dans son royaume. Condamné à l'inaction par le traité qu'il venait de conclure, il se borna à faire réparer les fortifications de Ptoléroaïs, de Sidon, de Jaffa, de Césarée; interposa sa médiation entre les princes chrétiens des Etats musulmans, et établit des relations d'amitié avec le Vieux de la Montagne (1) et le Kan des Mongols. La mort de la reine Blanche força enfin saint Louis de quitter la Palestine. Il retrouva son royaume dans la situation la plus florissante* Un seul incident était venu troubler la régence de sa mère.
19. Le saint roi s'était rendu cher au peuple par ses bienfaits et ses vertus. La nouvelle de ses revers avait excité , vers cette époque, un soulèvement en sa faveur. De *out' vs parts on répétait qu'il ^tait de l'honneur national de voler à sa délivrance , de le venger de ses ennemis , et de le ramener triomphant dans ses Etats. Ce furent des bergers qui se mirent les premiers en mouvement ; de là le nom de Pastoureaux, donné à ceux qui prirent part à cette insurrection presque universelle. Bientôt les voleurs,
(1) On sait qu»> le Vieux de la Montagne était le chef d'une bande dassassini, qui exécutaient, avec un dévouement fanatique, tous les meurtres qui leur étaieui commandés.
156 innocent iv (1243-1254).
les bannis, les aventuriers en vinrent grossir les bandes , qui s© livrèrent, dès loi s , à toutes sortes de crimes. La reine Blancne avait d'abord encouragé les Pastoureaux , en faveur dx*. sentiment, qui leur servait de mobile ; mais , à la nouvelle de leurs brigandages, elle prit les mesures les plus sévères contre eux, et peu de temps suffit pour détruire cette troupe de vagabonds.
20. Au moment où saint Louis rentrait en France, Innocent IV venait de la quitter pour retourner en Italie , durit le cbemin lui avait été enfiu ouvert par ia mort de Frédéric IL L'énergie et la vigilance du souverain Pontife ne s'étaient point affaiblies avec Page. Il avait excommunié Jacques Ier, roi d'Aragon, surnommé le Conquérant, qui , dans un accès de fureur , avait fait couper la langue à Bérenger, évêque de Girone. Dans la lettre qu'il lui écrivait à cette occasion», Innocent IV lui disait : * Votre cruauté
> est inexcusable, car Bérenger était innocent. Mais, en suppoi sant même qu'il fût coupable, il ne vous était point permis de
> vous venger vous-même; il fallait en demander justice au suc- » cesseur de saint Pierre, qui est son maître et son juge, b Jacques Ier se soumit à la pénitence qui lui fut imposée et reçut l'absolution de son crime. Dans le même temps, le Pape reçut, de la part des évêques et des seigneurs de Portugal , des plaintes motivées contre les exactions et la tyrannie du roi Sanche II Innocent IV excommunia ce prince, mit le royaume en interdit et conféra la régence du Portugal à Alphonse, frère du roi et 6on héritier présomptif. Sanche II se retira à Tolède où il mourut , abandonné de tous ses sujets, dans un exil sans gloire. Des faits de cette nature >iennent assez évidemment à l'appui du système historique sur le pouvoir temporel des Papes au moyen âge, que nous avons exposé plus haut. Nous n'avons pas besoin d'insistei davantage. Cependant le Pape renouvelait les efforts tentés mille fois pour opérer la réunion définitive des deux Eglises grecque et latine; mais sa correspondance à ce sujet avec Théodore Lascaris fut encore infructueuse. Dans le même temps il encourageait la fondation de la Sorbonne, que le docteur Robert Sorbon, chapelain de saint Louis, venait d'établir à Paris nvec les libéralités du pieux monarque. Ce collège fut fondé en faveur des pauvres étudiants en théologie qui manquaieet des ressource»