CHAPITRE IX
aécessaires pour subvenir aux frais de leur éducation. L'Université de France commençait, par rivalité de corps, sa lutte célèbre :ontre les" Doniimo î-uis et les Frères mineurs, dont les chaires de théologie, occupées aîors par des docteurs illustres, attiraient des disciples de tous les pointa de l'Europe. Innocent IV défendit energiquement les saints religieux contre leurs ennemis. Ati milieu de ces occupations diverses qui absorbaient son infatigable ictivité , le Pape prenait des mesures énergiques contre les en- Reprises sacrilèges du jeune roi de Sicile , Conrad , fils de Frédéric II , et contre les incursions à main armée de Mainfroi, son tuteur. La mort vint 1r surprendre avant F issue des complications et des incidents nouveaux qui terminèrent son pontificat (7 décembre 1254 ). Innocent IV joignait, au talent de l'administrateur et à la fermeté d'un grand Pape , les connaissances les plus étendues et les plus variées. Il a illustré son règne par la publication de Y Apparatus ad décrétâtes, qui l'a fait surnommer le Père du droit canonique.
21. L'esprit de foi, de zèle et de sainteté qui a fait du xme siècle l'époque la plus glorieuse de l'histoire de l'Eglise , produisait alors, au sein de la chrétienté, des prodiges de vertu. Sainte Elisabeth de Hongrie , duchesse de Thuringe , dont un noble écrivain a reproduit avec tant de bonheur et de grâce , aux yeux de notre génération émerveillée, la touchante histoire, faisait alors l'admiration de l'Allemagne. En Angleterre, saint Richard, évêque de Chichester ; en France , l'illustre religieux saint Thibault de Montmorency, digne héritier d'un sang fertile en héros; en Espagne , saint Raymond Nonnat , donnaient l'exemple des vertus épiscopales et érémitiques. En Italie, au milieu des guerres sanglantes entre les Guelfes et les Gibelins, saint Antoine de Padoue et le frère Jean de Vicence, enfants de saint Dominique, parcouraient les villes et les campagnes comme deux anges de paix. Ils prêchaient la concorde à des auditoires de 30,000 hommes. Leur vive éloquence et leur brûlante charité réconciliaient les inimitiés les plus invétérées, faisaient taire toutes les bainev et rappelaient au monde la seule vraie et sainte fraternité, celle de i'Evixxigile. Dans le même temps, saint Pierre de Véron* mourait martyr sous le fer des factieux égarés. L'Eglise, comme
aux jours de sa naissance, parlait encore au monde par Pël<H quence de ses apôtres et le sang de ses martyrs.
| S. Pontificat d'Alexandre IV (25 décembre 1254-25 mai 1261).
.22. Le cardinal Rainold, de la famille des Conti, fut élu Pape le. 25 décembre 1254, et prit le nom d'Alexandre IV. Son premier soin fut d'arrêter les progrès de Mainfroi , dont les troupes ravageaient les Etats pontificaux limitrophes de la Sicile. Ce prince venait de chasser de l'Apulie, le légat apostolique, envoyé dans ce pays avec la mission de maintenir les droits du Saint- Siège, et de tuer d'un coup de poignard, sous les yeux du nouveau Pape, Burel, comte d'Anglone, pour le punir de son dévouement à l'Eglise romaine. Alexandre IV cita le meurtrier à comparaître devant son tribunal , afin d'y répondre de sa conduite. Les historiens hostiles à la Papauté ont dénaturé les faits qui se rapportent à cette période. Suivant leur système habituel, ils accusent encore ici les souverains Pontifes d'empiétement et d'usurpation sur les droits légitimes des souverains. Or, l'empiétement et l'usurpation étaient précisément du côté de Mainfroi et de son pupille Conrad. La Sicile était un fief de l'Eglise romaine, les Paper, en avaient été reconnus suzerains par tous les traités précédents; ils en avaient exercé jusque-là les droits sans conteste. En montant sur la chaire de saint Pierre, chaque nouveau Pontife prêtait le serment de défendre, au péril même de sa vie, tous les privilèges de l'Eglise romaine. Ceux qui les blâment d'avoir été fidèles à leurs promesses , aimeraient-ils donc mieux les voir parjures? Au nom de son neveu , Mainfroi avait positivement refusé de recevoir l'investiture du. royauir a de Sicile des mains du Pape ; il s'était mis en hostilité ouverte contre son suzerain, dont il égorgeait les serviteurs, et dont il faisait ravager les domaines par ses soldats. Au point de vue du système féodal, et même, disons-le , au point de vue de toute justice et de toute législation, les Papes avaient non-seulement le droit, mais K devoir de se défendre contre un vassal rebelle. C'est ce que fit Alexandre IV. Mainfroi répondit à la sommation pontificale que les droits de Conrad , son frère , étaient au-dessus des