CHAPITRE IX
prétentions du Pape et qu'il saurait les faire respecter par les arme*- Alexandre IV, pour punir cette insolence, excommunia Maintroi et Conrad et déclara la couronne de Sicile vacante. Il envoyv^n Angleterre l'évêque de Bologne , qui sacra , par son ordre, roi de Sicile et d'Apulie, le prince Edmond, second fils de Henri III. Mais le nouveau titulaire , retenu dans sa patrie par les discordes intestines qui mettaient en péril le royaume de son père, ne put venir prendre possession des Etats qu'on lui offrait en Italie.
23. Mainfroi continua donc ses hostilités contre le Saint-Sié^e. La mort de Conrad , arrivée sur ces entrefaites et généralement attribuée à un crime nouveau de Mainfroi , plaça sur la tête de ce dernier la couronne de Sicile (1258). Conrad Savait que vingt-six ans; il laissait un fils de cinq ans, Conradin, dernier rejeton légitime de la famille des Hohenstaufen , qui était alors élevé en Allemagne et qui ne pouvait s'opposer à l'usurpation de son oncle. Les difficultés se multipliaient de toutes parts, autour du souverain Pontife. Les électeurs du Saint-Empire, divisés sur le choix du successeur de Frédéric II au trône de Germanie, avaient partagé leurs suffrages (1257) entre Richard , comte de Cornouailles, frère du roi d'Angleterre, et Alphonse X, surnommé le Sage, roi de Gastille. Richard , comte de Cornouailles, vint se faire couronner solennellement à Aix-la-Chapelle. Alphonse X ne jugea point à propos de quitter son royaume pour s'exposer directement aux dangers d'une lutte incertaine. Cependant il conservait toutes ses prétentions et comptait de nombreux partisans en Allemagne. Les deux rivaux envoyèrent simultanément des ambassadeurs à Rome, mais Alexandre IV différa de se prononcer pour ne pas troubler davantage la paix d^ l'Eglise. Les Romains, toujours rebelles et impatients du joug , poursuivaient avec plus d'ardeur que jamais leurs projets séditieux d'indépendance et de liberté. Ils voulaient se constituer comme 3es Génois, lesPîsans et les Vénitiens, en une république fédérative. Les ù trines d'Arnaud de Rrescia, survivant à leur auteur, exaltaiem toutes les imaginations; et l'émeute était en quelque sorte permanente au milieu de la Ville éternelle. Les conseils perfides et l'or, de Mainfroi, entretenaient tous les ferments de haine et attisaient
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le feu de la discorde. Alexandre IV se vit contraint d'abandonner sa capitale , pour dérober sa personne sacrée aux violences des séditieux, et venir chercher le calme et la tranquillité à Viterbe (1257-1258).
24. Les agitations de l'Italie ne faisaient point oublier au souverain Pontife les devoirs du gouvernement général de l'E-
II travaillait, par ses légats, à rétablir l'harmonie et ;ntre les princes chrétiens du Nord de l'Europe. En 1257, il réconciliait par une alliance le ro;. <fc Suède, Wlademar, et le roi de Danemaick, Christophe. Jacques Pantaléon (1), légat apostolique dans la Prusse et la Poméranie, publiait dans la forteresse de Chritsbourg la charte constitutionnelle de la Prusse, pays récemment enlevé aux païens par les armes des chevaliers de l'ordre Teutonique. Le but d'Alexandre IV, en resserrant entre les nations septentrionales de l'Europe les nœuds de la fraternité chrétienne, était d'opposer une digue à l'inondation des Tartares qui menaçaient toujours la Hongrie et la Pologne, ces deux portes de l'Occident. En 1260, il adressa aux chrétientés du Nord une circulaire fameuse, dans laquelle il organisait une véritable croisade contre l'ennemi commun, et déterminait le nombre de troupes et les contributions que chaque Etat devait fournir dans le cas d'une prochaine expédition. C'est ainsi que la Papauté comprenait le rôle protecteur que lui avaient assigné la confiance des peuples et le droit public au moyen âge; c'est ainsi qu'elle se montrait la première sur la brèche, partout où il fallait défendre la civilisation européenne contre les attaques de la barbarie.
25, En 1255, à la demande formelle de saint Louis, le Pape établit le tribunal de l'Inquisition dans toute retendue du royaume de France. « Cette inquisition générale, dit Fleury, » est remarquable, surtout étant instituée à la prière du roi saint » Louis. » Une pareille mesure, que Fleury s'expliquait difficilement, nous semble parfaitement explicable, si Ton veut se reporter aux principes que nous avons exposes plus haut. 'Un roi
(1) ibe même qui succédera à Alexandre IV au souverain pontificat, socs m i#St d'irbaiû iV.