‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 194 sur 332 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

toire à Tordre qu'il donna aux siens de frapper aux chevaux. C'était agir contre les règles de la chevalerie *Oors en vigueur ; et les écrivains contemporains, favorables à la caisse de>rfainfroi, n'ont pas manqué de blâmer cet acte comme une forfaiture. Quoi qu'il en soit, les troupes siciliennes furent bientôt en pleine déroute. Mairifroi, désespéré, vint chercher la mort au milieu des escadrons français, et tomba percé de mille coups. Naples, Messine, Manfredonia, l'Italie méridionale et la Sicile tout entière se soumirent au pouvoir du vainqueur. Charles d'Anjou régnail de fait et de droit. C'est encore là une couronne donnée par le Saint-Siège. Aux yeux des ennemis de la Papauté, c'est encore là un empiétement flagrant des souverains Pontifes sur les droits des seigneurs temporels; à nos yeux, de tels empiétements nous sembleraient complètement impossibles , si la législation et le droit public de cette époque n'eussent investi les Papes d'une juridiction suprême et incontestée. La défaite^ et la mort de Mainfroi n'avaient pas anéanti les espérances du jeune Conradin, petit-fils de Frédéric II, et dernier héritier de sa race. Peu satisfait du titre nominal de roi de Jérusalem , que Clément III lui avait laissé, ce prince, âgé de quinze ans à peine, voulait être roi effectif de Sicile. L'administration violente de Charles d'Anjou ne tarda pas à déplaire à ses nouveaux sujets. « Il lança par s tout le pays, dit un auteur contemporain, une nuée de gens » avides, qui, fondant comme des sauterelles, mangèrent le fruit, » l'arbre , et presque la terre. » Le souverain Pontife en lit de sévères remontrances au conquérant. Les plaintes retentissaient dans toute l'Italie et jusqu'au delà des Alpes. Tout le parti gibelin de Naples, de Toscane, Pise surtout, imploraient le secours àm. jeune Conradin. La mère de cet enfant le retint longtemps, inquiète de le voir, si jeune encore , rentrer dans cette Italie où toute sa famille avait trouvé un tombeau. Mais il sentait brûler dans ses veines l'ardente témérité de Frédéric II , son aïeul. îi s'arracha aux embrassements maternels. Son jeune ami, Frédéric d'Autriche, s'associa à sa fortune; et tous deux passeront les Alpes à la tête d'une troupe brillante et nombreuse de chevaliers. Outre les gibelins d'Italie, des nobles Espagnols, réfugiés k Rome, vinrent se ranger sous les drageaux de Conradin. L'ar-

372 clément iv (1265-1268).

mée de Charles d'Anjou les attendait sur la rive opposée du Tagliaeozzo. Les troupes allemandes passèrent hardiment le fleuve et dispersèrent tout ce qu'elles trouvèrent devant elles. Conradin put croire à un succès définitif. Ce n'était qu'une ruse de guerre à la faveur de laquelle Charles d'Anjou avait trompé l'inexpérience d'un enfant. Le gros de l'armée sicilienne s'était formé en ordre de bataille , à une certaine distance du fleuve ; il i vint tomber sur les troupes allemandes qu'il mit en déroute. Les Espagnols seuls se rallièrent et furent écrasés. Conradin et Frédéric d'Autriche furent faits prisonniers. Charles d'Anjou obéit à un sentiment de vengeance indigne de lui : il remit les deux captifs à un tribunal de guerre. Un seul juge prononça la con-damnation; les autres se turent uu protestèrent contre îes formes de la procédure. Le malheureux Conradin fut décapité, avec son inséparable ami Frédéric d'Autriche. « Oh ! ma mère, s'écria- 1- » il du haut de l'échafaud , quelles dures nouvelles on va vous » apporter de moi ! » Puis il jeta son gant dans la foule et livra sa tête au bourreau. Ce gant, ramassé par un serviteur fidèle y fut porté à la sœur de Conradin et à [son beau-frère , le roi d'Aragon, dont nous verrons plus tard la vengeance (1268). Avec Conradin s'éteignait la famille des Hohenstaufen , vipe— reum semen Frederici secundi, comme parle un historien du temps.

34. Le pape Clément IV et les cardinaux blâmèrent énergi quement la conduite de Charles d'Anjou en cette circonstance» Le prince français avait oublié que la clémence, cette grande vertu des rois, est souvent la nécessité d'une politique habile. De cruels événements le forcèrent plus tard à s'en repentir. Clément IV ne les vit pas. Il mourut un mois après l'exécution de Conradin (29 novembre 1268). En 1266 il avait publié un décret pontifical dans lequel il décide que la disposition de tous les bénéfices appartient au Pape, de sorte qu'il a non-seulement le droit de les conférer tous lorsqu'ils sont vacants , mais encore celui de les assurer à qui bon lui semble avant même qu'ils viennent à vaquer. C'est ce qu'on appela, plus tard, réserve? expectatives. Les historiens et les canonistes français rattachent ordinairement à cette bulle de Clément IV l'édit fameux de saiut

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