CHAPITRE IX
Louis, connu sous le nom de pragmatique sanction (1268). Cette ordonnance renferme les cinq articles suivants : « 1° Les églises, » les prélats, les collecteurs ordinaires de bénéfices ,- jouiront > pleinement de leurs droits et conserveront chacun leur juri- » diction!" 2° Les églises cathédrales et autres auront la liberté » entière de procéder aux élections suivant les formes canoni- » ques. 3° Nous voulons que la simonie, ce crime si pernicieux » à l'Eglise, soit entièrement banni de notre royaume. 4° Les » promotions, collations, provisions et dispositions des préla- » tures , dignités et autres bénéfices ecclésiastiques , quels qu'ils d soient, se feront suivant les règles du droit commun, des con- » ciles et des Pères. 5° Nous renouvelons et approuvons les li- » bertés, franchises, prérogatives et privilèges, accordés par les » rois nos prédécesseurs et par nous, aux églises, monastères et » autres lieux de piété, aussi bien qu'aux personnes ecclésiasti- » ques. » Tel est le texte de la pragmatique sanction , conservé dans les plus anciens manuscrits. Mais aux cinr^ articles que nous venons de rapporter , quelques exemplaires, plus récents, en ajoutent un autre ainsi conçu : « 6° Nous ne voulons aucune- » ment qu'on lève ou qu'on recueille les impôts et les charges » que la cour de Rome a imposés, ou pourrait imposer aux » églises de notre royaume , si ce n'est pour une cause urgente, » et de notre plein et libre consentement. » L'authenticité de ce sixième article a soulevé les plus vives discussions parmi les critiques. Tous les auteurs gallicans se sont prononcés pour 1* affirmative; mais ici ils nous semblent trop directement intéressés pour ne point paraître suspects. Le P. Thomassin, Roncaglia et les autres critiques italiens ont démontré, par des raisons que nous croyons pérpmptoires, que le sixième article, faussement attribué à saint Louis, était une addition récente et faite par une main étrangère. Quoi qu'il en soit de l'opinion qu'on embrasse à ce sujet, la controverse ne saurait présenter, de nos jours, aucun intérêt. Même en admettant l'authenticité très équivoque du sixième article , nous nous demandons quel si grand avantage pourraient en retirer les ennemis de la Papauté et les adversaires de l'infaillibilité dogmatique du souverain Pontife. La levée d'un tribut ou d'un impôt est un droit de suzeraineté; les Papes n'ont
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jamais prétendu être suzerains du royaume de France. Qu'y at-il donc de plus naturel que saint Louis, en sa qualité d<* chef temporel , déclare qu'aucun impôt ne pourra être élevé dans son royaume sans son consentement? Y avait-il 1/ aaatière à tant et à de si longs débats? — Le nom de saint Louis a été mêlé d'une manière plus directe encore à ce qu'on est convenu de nommer .les libertés de F Eglise gallicane. Mais la prétention de rattacher le souvenir du saint roi à l'origine de ces fameuses libertés, repose sur un pur sophisme. En 1229, après la soumission de Raymond VII , comte de Toulouse , saint Louis fit publier, dans tous les Etats du Languedoc , l'édit suivant : « Dès les premières » années de notre règne , nous avons toujours cherché la gloire » de Dieu et l'exaltation de la sainte Eglise , notre mère. Cette » dernière a été longtemps, dans vos provinces, désolée par les » révoltes du peuple et des grands, et par des tribulations sans » nombre. En conséquence, nous ordonnons que, à l'avenir, les » églises et les ecclésiastiques du Languedoc jouissent , pleine- 9 ment et sans obstacle, des libertés et immunités dont jouit le » reste de l'Eglise gallicane. » Saint Louis prétendait par là délivrer les Eglises du Midi de l'odieuse servitude où les avaient réduites les persécutions des Albigeois. C'est là le sens naturel et îlair du décret. Les légistes français en voulant interpréter dans un autre sens le mot de libertés de l'Eglise gallicane, qu'on trouve ici employé pour la première fois , n'ont été que des sophistes et des traducteurs infidèles.
| 9. Vacance do Saint-Siège ( 29 novembre 1 208- 1er septembre 1271 y,
35. Les cardinaux <> réunis à Viterbe, ne purent s'accorder sur le choix d'un souverain Pontife après la mort de Clément IV. \e Saint-Siège vaqua près de trois ans. Cet intervalle fut marjué parla huitièmb et dernière croisade. Le sultan d'Egypte, Bibars-el-Bondockar , le vainqueur de Massoure, avait battu les chrétiens de Syrie dans un grand nombre de circonsiances; il s'était emparé de Damas, deTyr , de Césarée, d'Antioche et de Jaffa. Cependant saint Louis, depuis l'an 1254, n'avait cessé de porter la croix sur ses vêtements, comme pour montrer que son
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pèlerinage n'était pas terminé. Il résolut de tenter une nouvelle croisade qui devait être plus déplorable et plus stérile encore oue la première. Charles d'Anjou, son frère, roi de Sicile, et M prince Edouard d'Angleterre ? fils aîné de Henri III , se croisèrent avec lui. Louis IX, après avoir pourvu, par le choix prudent et habile d'un conseil de régence, à la sûreté de ses états, partit d'Aigues- Mortes le 1er juillet 1270. La flotte fit voile vers Cagliari, rendezvous général de l'armée expéditionnaire. On ne savait point encore par quelle partie de l'empire musulman on commencerait l'attaque, lorsque des ambassadeurs de Mohammed-Mostanser, roi de Tunis, se rendirent au camp des croisés. Ils déclarèrent à saint Louis que leur maître voulait se faire chrétien, et qu'il comptait sur la protection des croisés pour le protéger contre les fureurs de Bibars que cette conversion devait tourner contre lui. Le saint roi de France, n'écoutant que sa piété et ne soupçonnant pas la perfidie du prince musulman, se détermina à faire voile pour l'Afrique. L'armée française débarqua <ut les ruines de Carthage ; mais la conversion de Mostanser n'eut pas lieu et il fallut mettre le siège devant Tunis. L'infidèle se défendit avec opiniâtreté. Bientôt les chaleurs excessives, la mauvaise qualité des eaux et des vivres, plus malsains encore, remplirent le camp de fièvres malignes qui détruisirent près de la moitié de l'armée. Le premier baron chrétien, Mathieu III de Montmorency, succomba le 1" août. Les fils du roi, Philippe, Tristan, Pierre de France, le roi lui-même sont atteints. Le 7, la contagion frappa l'un des légats pontificaux, Raoul de Grosparmy. L'état de Philippe de France s'était amélioré, mais saint Louis sentait ses forces l'abandonner. Il soutint ce dernier combat <jvec toute la grandeur d'âme d'un héros chrétien. Toujours égal à lui-même, et toujours supérieur aux événements , il n'interrompit aucune des fonctions de la royauté ; plus occupé des maux de ses soldats que des siens propres , tant qu'il put agir il veilla par lui-même à leur soulagement. Cependant on attendait l'arrivée de Charles d'Anjou, roi de Sicile. «Le 25 août, dit M. de Villeneuve-Trans, » le soleil faisait à peine étinceler la mer, quand on vit appa- » raître à l'horizon les bannières de la flotte sicilienne. Mais » Charles d'Anjou ne devait pas revoir son frère vivant. Les
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» derniers moments du saint roi approchaient. A cette annonce, a le camp entier s'ébranle. Bannerets, hommes d'armes, blessés, » malades, tous accourent en tressaillant ; un des côtés de fa tente » royale se relève, et Louis, soutenu par ses fidèles serviteurs > A apparaît i^evêtu d'un long cilice, une croix entre ses mains » déjà livides, les yeux fixés vers un lit de cendres jeté à la hâte » sur la terre desséchée. C'était la couche sur laquelle, le pieux » roi avait voulu mourir. Isabelle d'Aragon, Amicie d' Artois^ la » reine de Navarre, la comtesse de Poitiers étouffent leurs san- » glots ; leurs nobles époux , les fils du monarque expirant , » Pierre d'Alençon, les seigneurs, les aumôniers, les chapelains, ■> les ambassadeurs impériaux de Michel Paléologue, forment, à » genoux, un cercle autour du mourant dont jamais la majesté » ne brilla d'un éclat plus pur que sur ce trône de douleur, ayant » pour sceptre un crucifix, pour diadème l'auréole des martyrs, » pour dais le ciel de Carthage, pour cour plénière une armée » en pleurs, et pour royaume l'éternité. En proie aux plus hor>- » ribles souffrances, aucune plainte, aucun regret , aucun mur- » mure ne sort de sa bouche. On l'entend seulement répéter » d'une voix éteinte : 0 mon Dieu, ayez pitié de ce peuple qui » m'a suivi sur ces rivages ! Ramenez-le en son pays afin qu'il » ne soit pas contraint de renier votre saint nom ! » Il donnait au prince Philippe, son fils et son successeur, d'admirables préceptes de gouvernement et de vertu. La mort se hâtait. On l'entendit s'écrier à plusieurs reprises : « Jérusalem ! Jérusalem ! » Enfin il expira en prononçant ces paroles du Psalmiste : « Sei- » gneur, j'entrerai dans votre maison, je vous adorerai dans » votre saint temple. » Le roi est mort, vive le roi! ce vieux cri de la monarchie fut arrêté par la douleur : les hérauts d'armes, les grands officiers de la couronne se turent et des gémissements seuls annoncèrent l'immense perte des croisés. La couronne de Fran [tassait ainsi, sur la terre étrangère, aux mains de Philippe 111 le Hardi. Robert, comte, de Glermont, le plus jeune fils de saint Louis, venait d'épouser Béatrix de Bourgogne. C'est de lui que descendent les royales familles des Bourbons de France s d'Espagne et de Naples , dont l'histoire , les grandeurs et les infortunes se sont mêlées aux destinées de l'univers.