CHAPITRE IX
de Michel Cérulaire, après deux siècles de luttes et de combats, Grégoire X se leva et entonna le TeDeum, en versant des larmes de joie. ^> fut la dernière session à laquelle saint Bonaventurc ait pris part. Il mourut le 15 juillet 1274, et le Pape voulut officier lui-même à ses funérailles, pour honorer, par cette gloriuse exception aux usages pontificaux , le génie et la vertu que l'illustre mort avait réunis à un si haut degré. Il ne restait plus au concile qu'à régler les questions qui pouvaient intéresser la discipline générale de l'Eglise et la réformation des mœurs. Parmi tous les décrets portés dans ce but, sur la collation et la pluralité des bénéfices, les droits dits de régale, la liberté des élections ecclésiastiques, la régularité des clercs, nous en remarquons trois principaux. Le premier institue les conclaves, dans les formes qu'ils ont conservées jusqu'à nos jours. La longue vacance du Saint-Siège, après la mort de Clément IV, avait naturellement porté l'attention vers les moyens de prévenir le retour d'un pareil état de choses. Grégoire X ordonna donc qu'après la mort d'un souverain Pontife, les cardinaux se réuniraient dans un local convenable, où ils resteraient enfermés jus* qu'à l'élection du successeur. Cette constitution , iue au concile général, fut solennellement approuvée par les Pères. L'expérience en a démontré la sagesse. Comme toutes les réformes utiles, elle rencontra d'abord mille obstacles; mais, enfin, elle triompha de tous les mauvais vouloirs , et est devenue une règle fondamentale du gouvernement de l'Eglise. Un second décret condamnait la secte nouvelle des Flagellants , fanatiques religieux , qu'un rigorisme exagéré avait jetés dans l'hérésie. Effrayés des «îirimes qui se multipliaient de toutes parts et pénétrés d'une vive crainte des jugements de Dieu, les Flagellants s'armaient de fouets r et, nus jusqu'à la ceinture, se frappaient en poussant des gémissements et des sanglots. Cette secte, née à Pérouse , se répandit bientôt en Italie , en France et en Allemagne. Des processions de pénitents , au nombre de plusieurs milliers, parcouraient les rues qu'elles rougissaient de leur sang. Les Flagellants disaient que le baptême d'eau était inutile; que la flagellation seule , ou baptême de sang, était nécessaire au salut Le concile de Lyon réprima leurs excès et leurs erreur».
382 Grégoire x (1271-1276).
Par un troisième décret , il porta des règles très sévères pour gropposer à la multiplication inconsidérée des ordres religieux. « Nous n'entendons point , disent les Pères , frapper , par cette » mesure, les frères prêcheurs ni les frères mineurs qui rendent » des services si éminents à l'Eglise.' Nous autorisons de même » les Carmes, les Célestins et les Servîtes, dont l'autorisation est » antérieure à notre décret. »
40. En 1205, le bienheureux Albert, patriarche de Jérusalem, avait donné une règle aux ermites du Mont-Carmel, connus de* puis sous le nom de Carmes. Deux chevaliers anglais, revenant de la Terre-Sainte, amenèrent avec eux quelques-uns de ces religieux en Angleterre, et leur construisirent, dans la forêt de Holme, au comté de Northumberland , et dans la forêt d'Aylesf ord , au comté de Kent , deux couvents célèbres , qui ont subsisté jusqu'à la réforme. Saint Simon Stock, élu général de l'ordre (1245) , décida que la plus grande partie des frères quitteraient l'Asie et passeraient en Europe , pour se soustraire à l'oppression des Sarrasins. Les papes Honorius III et Grégoire IX approuvèrent solennellement les constitutions du nouvel institut, qui se répandit bientôt dans toutes les provinces du monde catholique. Saint Simon Stock établit, en l'honneur de la sainte Vierge, la confrérie du Scapulaire, pieuse institution, où des générations de fidèles n'ont cessé de s'enrôler sous les étendards de Marie. — L'ordre des Servîtes (Servi B. M. V.) avait été fondé en 1233, à Florence, par sept nobles patriciens de cette ville. lis suivaient la règle de saint Augustin, et se donnaient pour but d'honorer plus spécialement la Mère de Dieu. Leur ordre avait déjà été approuvé par les Papes précédents, lorsque Grégoire X le confirma solennellement au concile de Lyon, où saint Philippe Béniti, leur supérieur général, assistait en personne. — Les Célestins, fondés à Sulmone (1250), par saint Pierre Morone, qui devint" pape sous le nom de Célestin V, embrassèrent la règle de saint Benoît , mais en y ajoutant des observances d'untplus grande austérité. Pierre Morone vivait en reclus dans une cellule étroite, et qui n'avait d'autre ouverture qu'une-petite fenêtre par laquelle on lui passait , chaque jour, un morceau de pain, si dur, qu'il était obligé de le casser avec un marteau, il