‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 199 sur 332 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

portait un cilice de crin de cheval et une chaîne de fer autour de la ceinture. Il couchait sur la terre nue ou sur une planche avec une pierre pour chevet. Ayant appris que le concile général de Lyon devait supprimer les nouveaux ordres religieux, Pierre Morone quitta la montagne, où il faisait sa résidence habituelle, et se présenta devant Grégoire X, qui, plein d'admiration pour ses vertus, confirma l'autorisation déjà donnée à son institut par Urbain IV, en 1263.

41. Les travaux du quatorzième concile général étaient terminés. Avant de quitter la France r Grégoire X obtint de Philippe-le-Hardi la cession du comtat Yenaissin au Saint-Siège. Cette province faisait partie du marquisat de Provence, que Raymond VII avait abandonné, en 1229, à Grégoire IX. Ce Pape avait depuis rendu le marquisat de Provence à Raymond pour le tenir en fief du Saint-Siège. Mais à la mort du comte, tous ses domaines avaient été réunis à la couronne. Grégoire X revendiqua le comtat Venaissin, en échange de ses droits de suzeraineté sur le reste des Etats qui avaient appartenu aux comtes de Toulouse. La cession de Philippe-le-Hardi devait avoir des conséquences de la plus haute portée, et amener, pendant un siècle, les Papes à Avignon.

42. Cependant le trône d'Allemagne, si longtemps disputé entre Richard d'Angleterre et Alphonse X, roi de Castille, venait, enfin, d'être donné à un prince qui devait le fixer dans sa famille et fonder une dynastie souveraine , dont les descendants régnent encore. L'année précédente (1273) le Pape, après avoir mûrement délibéré sur cette grave question ? avait cassé l'élection d'Alphonse. Richard était mort quelques mois auparavant; il n'y avait donc pas à s'inquiéter de ses droits. Le motif qui détermina cette décision de Grégoire X, fut l'impopularité qui s'était attachée, dans toutes les provinces germaniques, au parti du roi de Castille. En conséquence, le souverain Pontife manda iux électeurs impériaux qu'ils eussent à procéder à un choix iéfinitif. Dans la diète de Francfort (1er septembre 1273), ils décernèrent unanimement la couronne à Rodolphe , comte âù Habsbourg, landgrave de la haute Alsace. Sa maison descendait, en ligne maternelle, de Charlemagne. Le nouveau roi avait

334 GRÉGOIRE x (1271-12707.

donné des preuves de sa haute vertu. On cite de lui ce trait de piété. Il rencontra un jour, au milieu des montagnes de la Suisse^ un prêtre qui portait le saint viatique à un malade. Rodolphe descendit aussitôt de cheval, y fit monter le prêtre , et accompagna, à pied, le Roi du ciel dans la pauvre demeure qu'il allait visiter. Le prêtre voulut ensuite rendre au nohle chevalier sa monture, « A Dieu ne plaise, répondit le prince, que je ni'as- » seoie jamais sur un cheval qui a servi au Roi des rois ! » et il le laissa au prêtre. Grégoire X approuva l'élection de Rodolphe de Habsbourg, avec lequel il eut une entrevue à Lausanne (1275). Le nouveau roi promit, par serment, de conserver tous les biens et les droits de l'Eglise romaine, et de la rétablir dans ceu*>qu'elle avait perdus. 11 s'engagea, en même temps, à reconnaître Charles d'Anjou comme roi de Sicile , et à ne pas chercher à l'inquiéter dans ses possessions.

43. La paix que l'avènement de Rodolphe de Habsbourg assurait à l'Allemagne et à l'Italie , paraissait , aux yeux de Grégoire X, favorable à la réalisation de son grand projet de croisade. Il travaillait à rétablir la concorde et l'harmonie dans tous les Etats de la chrétienté , pour assurer le succès de la guerre sainte qu'il méditait. En Italie , les Guelfes et les Gibelins oubliaient leurs vieilles querelles pour s'unir à la voix du Pontife , par les liens d'une sainte et noble amitié. En Espagne, Grégoire X réveillait le zèle des princes chrétiens, par ses lettres et ses légats. Il s'élevait avec force contre la mollesse et les coupables voluptés de quelques-uns d'entre eux , dans l'espoir de s'en faire des auxiliaires pour la nouvelle croisade ; mais le temps manqua à l'énergique volonté du saint Pontife, qui luttait presque seul contre l'indifférence de l'Europe entière. Grégoire X mourut à Arezzo, le 10 janvier 1276. « Son pontificat , dit un écrivain pro- » testant, M. Sismonde de Sismondi, fut glorieux, et aurait laissé » sans doute des traces plus profondes dans la mémoire aes » hommes, s' U avait duré plus longtemps. L'Italie fut presque » entièrement pacifiée par son esprit impartial , après que la f u- » reur des guerres civiles avait semblé détruire tout espoir de » repos. L'interrègne de l'empire fut terminé par l'électiou d'un » prince qui se couvrit de gloire et qui fonda l'une des plus

Page 1