‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 202 sur 332 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

nn demi-siècle, cette ville sentait la nécessité de revenir enfir* au gouvernement pontifical, qui seul pouvait lui assurer le calme et la prospérité. Pour ne pas froisser les préjugés populaires par le rétablissement immédiat d'une autorité monarchique, on eut recours à un compromis. Martin IV fut élu sénateur du peuple romain, et, en cette qualité, £hargé d'administrer la ville. c< Considérant, dit l'acte d'élection (10 mars » 1281), les vertus de notre saint père le Pape, Martin IV, et » son affection pour la ville et le peuple de Rome; espérant que, *> par sa sagesse, il pourra établir le bon ordre et la tranquillité, » nous lui avons remis, non en raison de sa dignité pontificale, » mais par égard pour son mérite et l'illustration de sa race , le » gouvernement du sénat de Rome et de son territoire, pour » l'exercer pendant toute la durée de sa vie. » Le Pape ne crut point que ce traité lui assurât assez de prépondérance à Rome, pour le déterminer à y fixer son séjour. 11 continua à résider à Viterbe, où parvint bientôt une nouvelle, dont le contre-coup devait se faire sentir à toute l'Europe.

50. Le gant jeté, du haut de son échafaud, par le malheureux Conradin, avait été ramassé par un chevalier de Salerne, Jean de Procida, qui fit le serment de venger la mort du jeune prince. Jean s'était retiré à la cour de Pierre III , roi d'Aragon , époux de Constance , fille de Mainfroi et dernière héritière de la maison de Hohenstaufen, parce que Frédéric II, dans son testament, avait, à défaut de ses enfants légitimes, déclaré Mainfroi, son fils naturel, héritier de tous ses droits de souveraineté. D'un caractère ferme, d'une volonté inébranlable, Jean de Procida ne passait pas un jour de sa vie sans chercher les moyens d'accomplir son serment, fl avait fait deux voyages à Constantinople, pour engager Michel Paléologue à entrer dans une conspiration qu'il organisait sur une vaste échelle, et dont Pierre IIÏ avait consenti à courir les chances. L'empereur grec, pour se venger de Charles d'Anjoa, avait fourni une somme de trente mille onces d'or, qui devait servir à hâter les préparatifs d'invasion en Sicile. De son côté, le roi d'Aragon prépara un arménien* considérable, dont il cacha le véritable motif. Le Pape Martin IV lui demanda en vain de préciser le lieu vers lequel il dirigeait

390 martin iv (1281-1285).

son entreprise; le roi d'Aragon refusa de le faire connaître. « Si » une de mes mains pouvait en instruire l'autre, ajoutu-t-âl, jf » la couperais, i* Le Pape lui fit dire alorr qu'il lui défendait expressément d'attaquer aucun prince chrétien. La défiance était entrée dans l'esprit de Martin IV et de Charles d'Anjou; mais ils étaient loin de prévoir F issue terrible qu'aurait la conjuration. Jean de Procida et les principaux seigneurs siciliens s'étaient assemblés à Palerme, pour y célébrer la fête de Pâques. Le lundi, 29 mars 1282, au moment où les cloches sonnaient les vêpres, tous les Français sont massacrés, sans distinction d'âge, de sexe ni de condition. On les reconnaissait en leur faisant prononcer le mot italien ciceri. Aucun n'échappa à la rage du peuple. Cette horrible journée a pris le nom fameux de Vêpres siciliennes. Les conjurés se répandirent ensuite dans la Sicile , et y renouvelèrent partout les mêmes scènes de carnage ; il en coûta la vie à plus de 20,000 Français. La cour de Rome vit ce désastre avec horreur. Martin IV promit à Charles d'Anjou tous les secours spirituels et temporels qu'il pourrait lui donner. Il publia une sentence d'excommunication contre les auteurs du massacre et contre Pierre d'Aragon et Michel Paléologue , leurs complices. La ville de Palerme adressa au Pape une apologie , qui se terminait par une grossière insolence. « Après le meurtre des Fran- » çais, disaient les Siciliens, nous avons élevé l'étendard de saint » Pierre , et nous nous sommes placés sous la protection . d* » l'Eglise romaine ; mais , parce que vous avez dédaigné nos » prières, Dieu a envoyé « notre secours un autre Pierre que » nous n'attendions pas. » C'était Pierre d'Aragon, qui, à \i nouvelle des Vêpres siciliennes, vint débarquer, avec sa flotte à Palerme et se fit couronner roi de Sicile. Le Pape répondit ï ".ette audace inouie , en déclarant Pierre III déchu du trône et en relevant les Aragonais de leur serment de fidélité. En même temps, il offrit la couronne d'Aragon à Charles de Valois, second fils de Philippe-le-Hardi. Les Vêpres siciliennes troublèrent à la fois la paix de la France, de l'Espagne et de l'Italie. Philippe III crut qu'il était de son honneur de venger le massacre des Français en Sicile. Jayme d'Aragon , roi de Majorque, dont la famille avait été détrônée par celle de Pierre III, prit lui-

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