CHAPITRE X
térieur des moyen?, de sanctification et de progrès spirituel. La société s'était constitua dans ses lois, dans ses habitudes, dans ses mœurs , uniquement en vue de la perfection chrétienne ; et cette tendance se traduisit par des prodiges de vertu et de sainteté, dans toutes les conditions et dans tous les rangs. Les solennités chrétiennes se multiplièrent pour satisfaire aux pieux désiri des multitudes. Il n'entrait pas dans les calculs de cette époque de compter avec le Ciei , et de croire perdus les jours qu'on enlevait aux travaux matériels pour les consacrer au service du Seigneur. Toutes les joies, toutes les fêtes étaient sanctionnées par la religion, et jamais la parole ^e l'Ecriture ne fut plus vraie qu'en ce temps : Beatus populus qui scit jubilationem. L'année devint un cycle religieux dont chaque phase était marquée par une solennité nouvelle. ha. fête du Corps de Jésus-Christ (festum Corporis Chris tt), devenue si populaire sous le nom de Fête- Dieu, fut instituée d'abord par Hugon, évêque de Liège (1220), et rendue obligatoire pour toute l'Eglise par Urbain IV. Toutes les pompes extérieures et toutes les magnificences du culte furent déployées pour rendre cette fête digne du Sacrement d'amour , qui en était l'objet. De nos jours encore, après tout ce que l'on a fait depuis deux siècles pour éteindre la foi au coeur des générations , et pour y déraciner tous les souvenirs et toutes les traditions catholiques, la Fête-Dieu est restée la fête par excellence. Chaque année, dans les moindres hameaux comme dans les villes les plus opulentes, des arcs-de- triomphe sont dressés au Roi pacifique qui s'avance au milieu des richesses de la nature et des arts déployées sur son passage. Mais que l'on juge de l'enthousiasme que dut exciter l'institution de cette fête auguste, au milieu des populations si profondément catholiques du xnie siècle!. L'admirable office composé par saint Thomas d'Àquin, véritable chef-d'œuvre de pièvè, de science et de foi fut redit par toutes les voix et senti par tous les cœurs. Le sacrement de l'autel, centre auguste de la vie spirituelle du monde, fui entouré de nouveaux hommages. Les ostensoirs, où la majesté du Dieu d'amour se repose pour bénir ses enfants , fureift enrichis d'or et de pierreries. La liturgie de la messe fut commentée par les grands génies. Innocent III lui consacrait son pieux ou-
vrage : Mysteriorum missœ. — Par un mouvement parallèle , 1© culte de la Mère de Dieu se développait avec une active et merveilleuse fécondité. Dès l'an 1140, les chanoines de Lyon instituaient la fête de V Immaculée Conception, à lamelle saint Bernard fit cette opposition prudente , dont nous avons indiqué le "Véritable sens. En 1389, Urbain VI rendit générale la fête de la Visitation, instituée par saint Bonaventure* Le culte de Marie fut Pâme du moyen âge. Tous les grands nommes de ce temps nous apparaissent comme les serviteurs fidèles de cette reine d'amour. Saint François d'Assise la pr^nd po ir la Charte de ses indulgences (1). Saint Dominique lui tresse une couronne de roses, à laquelle toutes les mains ajoutent une fleur. Saint Thomas d'Aquin lui doit la pureté, sœur du génie. Saint Bonaventure la chante comme l'enfant sa mère, comme l'exilé son pays. Alexandre de Halès répudie, pour elle, la gloire d'un nom fameux , les applaudissements de l'école et les joies de la science ; Albert-le- Grand lui demande le secret des merveilles de la nature. Saint Bernard enfin, le maître des rois, le conseiller des Papes, le tuteur des empires , fait régner la Vierge sur le monde , en la faisant reine de son cœur. Aux yeux des écrivains de cette époque, Marie était comme un miroir divin, dans lequel toutes les idées, théologiques ou spéculatives, tous les faits de l'histoire, de la religion et de la nature, venaient se refléter. Les Sommes, qui renferment la vie de la Mère de Dieu, portaient les noms de Miroir de la Vierge, de Rosier de Notre-Dame, de Couronm d'étoiles, de Flore ou de Verger de Marie. L'habitude d'écrire ses louanges avait fait trouver une désignation spéciale : on les appelait simplement Mariales. L'image d<- Marie y apparaissait, comme au portail des cathédrales , environnée de tous les chœurs des anges , de tous les rois d'Israël , de tous les patriarches de Pancienne loi, de tous les saints de la nouvelle. Le culte de Marie s'accrut encore par un événement miraculeux, que les traditions les plus respectables accréditèrent alors. On disait que, le 10 mai 1291, un mois après la prise de Tripoli et de Ptolémaïs, les deux
(i) Expression au saint, à propos des indulgence* «^cordées â ceux qui fiâUment l'église de la Portioncul*.