CHAPITRE X
dernières cités qxâ fussent restées encore au pouvoir des Latins, eo Palestine, la Santa Casa, demeure de la sainte Vierge | Nazareth, avait été transportée par les anges en Italie , et était venue se fixer à Lorette, où elle fut bientôt l'objet d'un pèlerinage célèbre. D'autres oratoires, consacrés à IVjarie, s'élevèrent sur tous les points de l'Europe catholique, et attirèrent de même les hommages de la foule. Heureux âges, où le monde nous apparaît agenouillé devant Celle qui s'appela Notre-Dame dans la langue chevaleresque des nations chrétiennes! L'image de la Vierge se faisait la chaste sœur des pensées du jeune homme; elle purifiait ses affections et élevait ses espérances; le vieillard la saluait comme les passagers saluent le port. Elle couronnait toutes les œuvres; elle dominait toutes les gloires; triomphante et victorieuse, elle reposait dans des flots de lumière, sur les verrières des cathédrales, au fond de tous les sanctuaires; c^t elle que portaient le chevalier, sous sa lourde cuirasse, et le religieux sous son manteau de bure. C'est elle que le Dante sculptait, an faîte de son poème, en vers immortels (1).
11. Le mouvement de sainteté qui entraînait le moyen âge , fut admirablement secondé par l'extension des ordres religieux! Le cloître ouvrit ses portes aux âmes dévoyées, aux pécheur» repentants, en même temps qu'il offrit aux lettres et aux science! un refuge et un abri. Autour des monastères la vie se développait; des villages se fondaient; l'industrie, l'agriculture, les arts dont notre siècle est si fier, prirent naissance à l'ombre des ordres religieux. Le xme siècle vit leur nombre s'accroître, à mesure que les sentiments de piété et de foi appelaient un plus grand nombre d'âmes à la pratique des conseils de la perfection évangélique. Vainement la législation ecclésiastique, toujours empreinte d'une prudente réserve, avait pris des mesures pour ftmiter d'ans certaines bornes la faculté d'instituer de nouveaux ordres religieux. L Esprit-Saint qui suscitait à l'Eglise des vocations diverses, savait aplanir pour elles les difficultés et leur préparer la voie. -- La congrégation de Cluny se présente la première dans l'ordre chronologique. Nous avons eu l'oceasioD
(t) Voyez Légende de Noire-Haine, par Vabbé J.-E. DarhaS; 3* éditio».
de rappeler l'éclat qu'elle dut à la haute sainteté de Pierre-ïe- Vénérable , et la gloire qui lui fut réservée d'enfanter à la vie monastique un si grand nombre d'âmes. La suprématie de Huny s'exerçait sur tous les établissements de Tordre de saint Benoît. Il y avait là une cause d'influence sans cesse permansnte , qui porta à un haut degré la puissance et les richesses dt cette congrégation. Le relâchement suivit de près, par une loi dont l'histoire nous montre la réalisation à chaque page, et qui établit une sorte de parallélisme entre la grandeur et le déclin des sociétés • religieuses. — La réaction partit du seir même de la communauté de Cluny, et eut pour auteur saint Robert de Molême, qui choisit, pour y établir sa réforme, le monastère de Citeaux près de Dijon, destiné à tant d'illustration et de gloire (1098). Ce ne fut que vingt ans plus tard que le pape Pascal II donna l'institution définitive à cette réforme, par la bulle fameuse connue sous le nom de Charta charitatis. Citeaux fut bientôt illuminé par la gloire de saint Bernard, qui le fit rayonner d'un éclat universel. — L'ordre de Grammont, fondé par Etienne de Thiers, en 1073, avait commencé aussi par une ferveur et une régularité remarquables. On a souvent cité les paroles de saint Grégoire VII, lorsqu'il approuva les statuts du nouvel ordre : « Croissez, dit— » il, et multipliez vos maisons à l'égal des étoiles du ciel, mais » demandez plutôt les grâces spirituelles que les faveurs de la » terre. » Etienne, comme tous les fondateurs d'ordres religieux , avait pris pour base de sa règle celle de saint Benoît , sans vouloir cependant y affilier sa congrégation. « Si l'on vous » demande , disait-il à ses religieux , à quel ordre vous apparte- » nez, répondez à celui de l'Evangile, qui a donné naissance à » toutes les règles. » Pour éloigner les moines de tout commerce avec le monde , il voulut que des frères lais fussent seuls chargés du soin d'administrer les affaires temporelles de son ordre. — La formation des Chartreux (1084), par saint Bruno, fut encore une protestation de l'esprit de pénitence, congelé relâchement qui s'était introduit dans quelques maisons religieuses. Jamais, peut-être, la vie monastique ne s'était environnée d'autant de rigueurs et de saintes austérités. Saint Bruno fïaça le berceau de son ordre dans le désert de Carthusium (la