CHAPITRE X
passions et 5 ux intérêts surexcités, l'historien interroge avec respect ces décris amoncelés, et sous tant de ruines il reJ^uve énergique , fécond et vivifiant, le principe qui animait la société anéantie, les grandes choses dont on avait voulu dégrader le souvenir ; les nobles idées , les salutaires institutions qui avaient fait de la France chrétienne la plus grande nation du monde.
13. Le xin* siècle vit naître Fart chrétien, qui , jusqu'à ce jour, pour nos contrées et notre climat, a réalisé l'idéal de l'architecture religieuse. Nos vieilles cathédrales, debout encore sur ce sol où les fonda la main de nos aïeux, sont les dignes monuments d'un peuple dont la pensée dominant tous les intérêts matériels et terrestres n'avait que le ciel pour horizon, pour limites et pour espérance. La flèche? gothique, qui couronne nos cités et dépasse au loin tous les sommets, c'est la prière de toute une province , de tout un pays constamment élevée vers le ciel ; c'est le paratonnerre de la foi. Un monde tout entier vit, respire et prie dans la cathédrale gothique. Nous empruntons à la plume d'un génie dont l'Eglise a pleuré la chute , restée sans repentir, une description du temple gothique et de son symbolisme pieux. « Le temple chrétien, dit M. de Lamennais, représente la con- » ception de Dieu et de son œuvre ; il représente la création dans » son état présent et dans ses ranports avec l'état, les lois et les • » futures destinées de l'homme. Symbole de la divine architec- » tonique, le corps de l'édifice semble, ainsi que le modèle dont » il reproduit le type idéal, se dilater indéfiniment, et, sous ses » voûtes élevées , qui s'arrondissent comme celles des cieux , il » exprime , par ses fortes ombres et la tristesse de ses demi-jours, p la défaillance de l'univers obscurci depuis sa chute. Une doud leur mystérieuse vous saisit au seuil de cette sombre enceinte, t> où la crainte, l'espérance, la vie, la mort, exhalées de toutes » parts? forment par leur mélange indéfinissable, une sorte d'at- 0 mosphère silencieuse, qui calme, assoupit les sens, et à travers » laquelle ss révèle, enveloppé d'une lueur vague, le monde in- » visiî^ç. Une secrète puissance vous attire vers le point où con- » ver^ctè &s longues nefs, là où réside, voilé, le Dieu rédemps> teur de l'homme et réparateur de la création. Dans ses axes * croisés, le teinpie offre l'image de l'instrument du salut uni-
» verselj au-dessus, celle de l'arche, unique asile, aux jours du » déluge, des espérances du genre humain, et emblème toujours » vrai du pénible voyage de l'homme sur les flots de la vie. Les » courbures ogivales des arceaux, les flèches qui s'élancent dans » l'espace, le mouvement d'ascension de chaque partie du temo pie et du temple entier, expriment aux yeux l'aspiration natuk relie de la créature vers Dieu, son principe et son terme. — » Le temple a aussi sa végétation. Ses murs se couvrent de » plantes variées; elles serpentent en guirlandes, s'épanouissent » dans les ouvertures laissées à la lumière, se glissent sur les » nervures, embrassent les formes sveltes des pyramides et » montent avec elles dans les airs, tandis que le tronc des colon- » nettes, pressées en faisceau, se couronne de fleurs et de feuil- » lages. Mais la sculpture ne reproduit qu'imparfaitement les » merveilleuses richesses de l'œuvre de Dieu. Elle ne saurait » rendre les effets variés de la perspective , de la lumière et des » couleurs, ni rassembler, sous un seul point de vue, en un cadre » étroit, les objets si divers que la nature offre à nos regards , » dans leur harmonieux ensemble, et les scènes compliquées de » la vie. De là, une nouvelle forme de l'art : la peinture. Les » voûtes grises et ternes, le ciel de la basilique, prennent une » teinte azurée, les reliefs se colorent. Il n'est rien que la pein- » ture ne représente à la vue; elle achève, sous ce rapport, la » création du temple. La lumière se colore de mille nuances di- » verses en pénétrant, à l'intérieur de l'immense édifice, à travers s> des verrières transparentes, dont elle projette au loin les reflets ; » et cette lumière, tout à la fois idéale et réelle, vague splendeur » d'un astre mystérieux, prête aux formes dont le temple est » peuplé y une expression indéfinissable. »
14. En dehors de ce symbolisme, purement naturel, la cathédrale gothique offre un symbolisme religieux et chrétien, qui lui imprime son caractère particulier de majesté presque divine. Au portail, tantôt Jésus-Christ, vainqueur de la mort, apparaît sur les nuées avec une grande puissance et une grande majesté (1). séparant d'un côté les élus, dans sa miséricorde; de
(i) Cum potestate magnâ et majesté. £Luc. 21, 27.)