CHAPITRE X
tant de monastères élevés sur tous les points du monde catho- Kque, il se rencontra des religieux indignes de leur vocation; mais les institutions monastiques n'en sont pas moins restées jomme le plus beau monument de la foi , la plus noble création de la charité, la plus parfaite réalisation du dévouement, de la pureté, de l'abnégation évangéliques.
12. Leur développement coïncidait avec un mouvement intellectuel que nous avons signalé, et qui se traduisit par la création des universités et l'essor d'un nouvel art chrétien , qui peupla le sol de ses merveilles. 11 est certainement bien remarquable de constater l'origine tout ecclésiastique des universités , qu'on appela ainsi parce qu'on y enseignait dans leur ensemble toutes les branches de la science. Nous avons vu, dans le cours de notre récit, l'éloquence de Lanfranc, d'Abailard , de saint Anselme de Cantorbéry attirer autour d'eux tout un monde d'écoliers. L'histoire présente ainsi, à certaines époques privilégiées, comme un réveil de l'esprit humain, avide de science, et s'élançant à la suite de quelques brillants génies dans le domaine fécond des lettres et des arts. Ce fut du sein des cloîtres que sortit le signal de cette restauration intellectuelle. On y avait conservé les manuscrits précieux de la littérature antique, avec laquelle les moines étaient si familiers que Vincent de Beauvais, dans son grand ouvrage qu'on pourrait appeler l'encyclopédie du xme siècle, cite plus de trois mille passages des auteurs latins et grecs. Le flambeau des lettres se ralluma donc à la clarté des immortels génies d'Athènes et de Rome. Les Papes se montrèrent les plus soigneux de diriger l'esprit humain dans cette nouvelle voie ; et ils créèrent, dans ce but, les universités. Cette institution des souverains Pontifes, qui plus tard se montra si souvent ingrate envers eux, mérite d'être étudiée. Toutes les corporations au moyen âge avaient leur existence à part, leurs constitutions, leurs dignitaires, leurs privilèges et leurs lois. Les universités furent conçues d'après le même principe. On nomma pour chaque nation un procureur chargé de représenter ses nationaux , de les défendre; absolument comme dans l'ordre politique actuel 7 les consuls ou les ministres, accrédités près des cours étrangères , y •ont les défenseurs officiels de leurs compatriotes. C'est qu'à cette
époque, beaucoup plus que dans la nôtre , l'amour de la science était cosmopolite. On accourait du fond de l'Allemagne, de la Grande-Bretagne, de l'Italie, de la Sicile, de l'Espagne, aux uni» versités les plus célèbres de France, tandis que de la France elle» même, on se rendait aux universités de Bologne, de Salerne, de Salamanque, etc. En arrivant dans ces cités lointaines, les étudiants étrangers y retrouvaient eu quelque sorte la patrie absente, sa bannière , sa langue et ses représentants dans la personne des procuratores [procureurs). Ceux-ci élisaient le recteur, chef suprême de l'université , réglant tout ce qui concernait le choix des professeurs, le programme de l'enseignement, la distribution des leçons; présidant les solennités littéraires, les cérémonies officielles; entretenant les rapports avec l'Etat , administrant enfin cette république trop souvent tumultueuse , que la noblesse des études ne sauvait pas toujours de l'agitation d'une jeunesse remuante et inconsidérée. Au-dessous des procureurs, les doyens, représentant les provinces et les diocèses particuliers, exerçaient une autorité subalterne sur les diverses fractions de chaque nation. Les Papes avaient assuré , sur les revenus ecclésiastiques, l'entretien de chaque étudiant; et, pour prévenir toute espèce de lésordre , des mesures sévères, et l'excommunication même, ivaient été employées pour empêcher, dans chaque ville d' Uùversité la fluctuation du prix des subsistances, qui, parfois, en s'élevant trop haut pouvait compromettre la sûreté générale. — On n'a pas assez insisté sur ce qu'il y avait de profondément organisateur dans le génie des Papes, qui présida, pendant le moyen âge, au mouvement des sociétés européennes. Les idées de notre époque reviennent à une appréciation plus impartiale et plus approfondie de cette période de l'histoire ; et nous croyons que l'Eglise ne peut que gagner à être mieux étudiée et mieux comprise dans son histoire. La Révolution française ne s'est pas contentée de détruire matériellement toutes les institutions du passé; elle avait prétendu ensevelir leur mémoire elle-même sous le mépris et le dédain général. Gomme toutes les grandes commotion& du corps social, elle s'aida, dans son œuvre de démolition, Je l'enthousiasme poussé jusqu'au fanatisme. Mais, q^and \a réaction s'opère dans les esprits, que le calme succède aux