‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 228 sur 332 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

A S. Pontificat de Clément V (U novembre 1 50S-20 av /.' SU).

S 5. Les historiens de cette époque ont tous, plm. /u moins, un esprit de partialité qui rend leur récit suspect. Deux raisons principales expliquent cet état de choses : 1° la lutte des Guelfes et des Gibelins, qui, changeant d'objet et représentant non plus le parti du sacerdoce ou de l'empire , mais le parti dt- Philippele-Bel ou de Boniface VIII , n'avait rien perdu de son animosité- Les Gibelins se montrèrent toujours les adversaires passionnés du pouvoir pontifical ; leur témoignage est donc trop peu désintéressé pour qu'il puisse être admis sans contrôle. 2° La translation du Saint-Siège à Avignon, accomplie par Clément V, mécontenta les Guelfes eux-mêmes et les rendit hostiles aux Papes français. Cette double antipathie explique la tendance des auteurs contemporains. L'histoire sérieuse doit tenir compte des passions et des haines d'une époque ; elle cherche la vérité, et la vérité est indépendante des partis. Aucun pontificat ne fut plus calomnie par les Gibelins et ïes Guelfes réunis, que celui de Clément V. On a reproché à son élection d'avoir été le résultat d'un compromis scandaleux entre lui et Philippe-le-Bel. On l'a accusé de ne s'être fixé à Avignon que par une servile complaisance pour le monarque : d'avoir, à sa prière, révoqué toutes les bulles dogmatiques de Boniface VIII , et condamné la mémoire de ce grand Pape. Enfin, et surtout, on a incriminé sa conduite dans l'affaire des Templiers ; et on a voulu le représenter comme le complice de l'avarice et des exactions royales. Répondre à chacun des ces griefs, c'est faire l'histoire du pontificat de Clément V.

16. A la mort de Benoît XI, les cardinaux assemblés à Pé— rouse , se divisèrent en deux factions. L'une voulait un Pape italien, favorable à la mémoire de Boniface VIII. Suivant les mœurs de l'époque, on l'appelait la faction guelfe. L'autre, prétendait, au contraire, élever à la Papauté un Français, dévoué à Philippe-le-Bel. Par un concours de circonstances dont il serait difficile dt, saisir l'enchaînement, Bertrand de Goth, ou d 'A goût, archevêque de Bordeaux, prélat qui ne faisait point parti© %u sacre collège , réunit les suffrages des deux partis : il plut ma Gibelins, parce qu'il était Français; il fut porté par les Guelfes,

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parce qu'il s'était toujours montré fidèle à la cause de Boniface VIII , et que son opposition , dans les deux assemblées des états-généraux, Savait fait exiler par Philippe-le-Bel. Depuis., il était rentré en France et avait reconquis les bonnes grâces du roi. Tous les historiens modernes ont rapporté , comme un fait incontestable , que Clément V , avant son élection , avait eu une entrevue secrète avec Philippe-le-Bel , dans une chapelle située au milieu ae la forêt de Saint-Jean d'Angély. Là , une promesse solennelle aurait été signée par l'archevêque ; il se serait engagé, aussitôt sa promotion au souverain pontificat : 1° A absoudre le roi de toutes les censures portées contre lui par Bon if ace VIII ; 2° à le réconcilier, sans restriction, avec l'Eglise; 3° à lui accorder, pour cinq ans, les dîmes sur tous les biens ecclésiastiques du royaume ; 4° à flétrir la mémoire de Boniface VI îl et à rayer son nom du catalogoe des Papes; 5° à élever au cardLialat tous les candidats qu'il lui désignerait, et à rétablir les Colonna. Une sixième condition deva'.t rester secrète, et le roi se réservait de la faire connaître en temps opportun Or , ce compromis , qui eût fait de Clément V un pontife intrus et simoniaque , n'a jamais existé. Tous les écrivains qui le rapportent , ne s'appuient que sur un seul témoignage contemporain , celui de Villani. Aucun autre chroniqueur du temps, et ils sont nombreux, n'en a jamais parlé, et n'y fait même l'allusion la plus indirecte. Quand il s'agit d'une si grave accusation contre un Pape , universellement reconnu comme légitime, il faudrait appuyer ses prétentions sur des preuves irréfragables. Or, 1° Villani s'est montré constamment l'ennemi des Pontifes qui siégèrent en Fi ance. Italien d'origine , il ne leur pardonnait pas d'avoir quitté Rome pour se fixera Avignon. 2° Sa narration, qui ne s* appuie d'ailleurs, comme nous l'avons déjà dit > sur aucun autre témoignage, est formellement démentie par le décret d'élection , où il est dit que l'archevêque de Bordeaux fut nommé par la voie du scrutin. 3° Enfin, sa narration implique des suppositions incroyables. 11 est incroyable , en effet , que Villani , seul , ait été instruit d'un fait que ses contemporains , initiés aux affaires ecclésiastiques» et pcLciques de l'Europe, ont complètement ignoré ; il est incroyable que les cardinaux de la faction guelfe, dont la déception dut

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