‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 230 sur 332 · CHAPITRE PREMIER. U · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. U

ticulières exprimées dans la bulle Clericis laïcos. Toutes ces concessions ne touchaient en rien la question dogmatique. Les circonstances qui avaient fait agir Boniface VIII n'étaient plus les mêmes. La conduite du Pape pouvait donc et devait nécessairement être différente. Mais ces premiers actes d'indulgence ne satisfaisaient point encore la passion de Philippe-le-Bel; il demandait surtout l'annulation de la bulle Unam sanctam. Cette constitution de Boniface VIII était en effet fondamentale : elle définissait d'une manière péremptoire que la puissance temporelle est soumise à celle du Pontife romain , et que les princes sont justiciables de son tribunal pour ce qui touche à la conscience. Philippe-le-Bel exigea donc la suppression définitive de cette bulle; Clément V la refusa. Il déclara que cette décision doctrinale était fondée en droit et en fait, et que jamais il ne songerait à la révoquer. Pour adoucir ce refus et prévenir les excès auxquels le caractère violent du roi de France pourrait se porter, le Pape consentit à faire une déclaration qui sauvegardait à la fois les droits de la vérité et les prétentions du monarque. «En laissant subsister la bulle Unam sanctam, dit- il, nous » n'entendons pas qu'elle puisse porter le moindre préjudice au » royaume de France. Notre volonté est que les choses restent » dans l'état où elles se trouvaient avant la publication de cette » décrétale. » Or, comme nous l'avons vu, la bulle Unam sanc~ tam n'avait rien innové. Boniface VIII, en la promulguant, n'avait pas prétendu créer de nouveaux droits en faveur du Saint-Siège; il avait voulu seulement maintenir les anciens. Clément V était donc d'accord avec Boniface VIII; la conduite différait dans la forme ; elle éta& la même au fond , et le résultat se trouvait identique Quand Philippe-le-Bel, poursuivant avec une nouvelle ardeur ses projets de vengeance , insista pour que la mémoire de Boniface VIII fût condamnée et son nom effacé des sacrés diptyques, Clément V répondit à cette prétention incroyable par le même système de douce et prudente fermeté qui Uii avait jusqu'alors si bien réussi. Il permit à tous les accusa- 1mm de Boniface VIII de produire leurs griefs. D'innombrables mémoires, émanés des théologiens royaux, des partisans de la £ai*i!lle Colonna, de Nogaret lui-même, arrivèrent à Avignon

lil CLÉMENT V (1305-1314).

de tous les points de l'Europe. Les souverains de la catho-î licite, alarmés de ce mouvement extraordinaire et ne devinant pas les intentions réelles de Clément V, lui écrivirent pour le prier de suspendre ces odieux débats. C'était justement la politique opposée que le Pape avait voulu faire prévaloir dans cette grave question. S'il se fût refusé à entendre les accusateurs, ceux-ci n'eussent pas manqué de rejeter sa sentence comme entachée de partialité. Voilà pourquoi le Pape les cita à son tribunal (23 septembre 1309). La cause s'ouvrit avec la plus grande solennité. Le Pontife présidait les débats en personne. Après que tous les griefs eurent été énumérés, que toutes les récriminations se furent produites, que la haine se fut comme déchargée dans une immense explosion, la parole fut donnée aux défenseurs. Il» s'étaient préparés avec le plus grand soin par les ordres du souverain Pontife : ils répondirent à toutes les charges avec une netteté, une précision, une vigueur triomphantes. Philippe-le- Bel et ses avocats ne s'étaient attendus à rien de semblable. Déconcerté dans ses projets et prévoyant une issue fâcheuse, le roi se décida brusquement à abandonner les poursuites (1311). Il déclara s'en rapporter purement et simplement à la décision de Clément V, soit qu'il la prononçât lui-même, soit qu'il préférât la formuler par l'organe du concile général, qui était sur le point de s'assembler à Vienne. C'était là précisément ce qu'avait voulu Clément V. Satisfait d'avoir atteint ce but, il différa la solution définitive, afin de lui donner la sanction solennelle d'un concile œcuménique. Alors, dans la plénitude de son autorité apostolique, avec l'assentiment des Pères, à la face du monde catholique, Clément V déclara, dans une bulle solennelle, que la mémoire de Boniface VIII était inattaquable ; que ce grand prince avait bien mérité de l'Eglise et de l'humanité. Où trouver dans cette conduite, tout à la fois modérée et courageuse, un prétexte à une accusation de servilisme et de lâche complaisance? Lee détracteurs, qui blâment après coup, auraient ils mieux réussi à sauvegarder tous les intérêts et tous les droits, en ménageant, dans des conjonctures extrêmement délicates, un souverain dont on ne connaissait que trop la violence et l'emportement? 19. Un motif plus grave encore, s'il est possible, avait <2éter-

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