‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 236 sur 332 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Kobert Bruce, roi d'Ecosse. L'Italie, toujours livrée aux dissensions funestes des Gibelins et des Guelfes, offrait autant de champs de bataille que de cités. Robert d'Anjou, roi de Napies, l'élève du Pape, luttait avec Frédéric, roi de Sicile; le sang chrétien coulait de toutes parts.

2. Jean XXII inaugura son pontificat par la canonisation de saint Thomas d'Aquin et de saint Louis d'Anjou, évêque de Toulouse, frère aîné du roi de Napies Robert. Il avait été, comme son frère, sous la direction de Jacques d'Euse On conçoit quelle dut être la consolation du souverain Pontife, en plaçant , sur les autels, le piince dont il avait élevé la jeunesse. La mère du nouveau saint, la veuve de Charles II, vivait encore. « Quel trioni- » phe pour vous, lui écrivait le Pape, quel sujet de joie d'avoir » mis au monde un fils dont la protection vous soutient auprès *> de Dieu, et dont la gloire vous couronne sur la terre ! En con- » sidération de ses mérites et des nombreux miracles opérés pai » son intercession, de l'avis de tous les prélats de notre cour, » nous venons d'inscrire solennellement son nom au catalogue » des saints. » Une mère, une reine qui voit son fils l'objet d'un culte public, qui peut lui offrir son encens et ses vœux, recueillir ses reliques sacrées, les environner de tout ce que l'amour et la vénération imaginent de plus précieux, c'est peut-être la situation la plus touchante que l'esprit humain puisse se figurer. En même temps que Jean XXII consacrait ainsi , par l'autorité apostolique, une mémoire qui devait lui être si chère, il s'occupait à régler tout ce qui concernait le progrès des études et la discipline intérieure des Universités; il érigeait la fameuse école de Cambridge et accordait de nombreux privilèges à celles d'Orléans et de Toulouse; il complétait la collection des décrétalesen y ajoutant les bulles de son prédécesseur, qui prirent le nom de Clémentines (1317). Des soins plus graves exigèrent bientôt toute la sollicitude de Jean XXII. Les divisions qui s'étaient élevées dans l'ordre de saint François, au sujet de la pauvreté absolue, un instant arrêtées par la décision du concile général de Vienne, /étaient renouvelées avec plus d'animosité que jamais, durant l'interrègne qui suivit la mort de Clément V. La faveur populaire était pour les prétendus Spirituels ou Fratricelles 7 qui,

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s" appuyant de l'autorité de Pierre -Jean d'Olive, franciscain exaile . soutenaient que les frères mineurs ne pouvaient pas même avoir la propriété de leurs propres aliments. Les Conventuels furent accusés de manquer au vœu de pauvreté, en conservant chez eux les provisions nécessaires à la vie. La populace se jeta sur leurs monastères et sur leurs églises, qu'elle livra au pillage. Dès la première année de son pontificat , Jean XXII publia sa décrétale Quorumdam exigit , où , après une discussion lumineuse des points contestés par les Spiiituels , il ordonnait de s'en tenir au jugement des supérieurs , et recommandait aux dissidents la soumission , par ces paroles remarquables : « La pauvreté est grande , la chasteté l'est encore davantage ; » mais l'obéissance est supérieure à ces deux vertus. » Ce paternel langage ne fut point écouté ; il fallait recourir aux mesures de rigueur. Une sentence de l'Inquisition de Marseille remiJt quatre de ces fanatiques aux mains du juge séculier (1318). Une exécution capitale s'ensuivit. Des hommes graves comme Nicole, et des hommes passionnés comme M. de Sismondi, se sont moqués de cette secte des Fratricelles ; ils n'ont vu qu'une risible folie dans l'obstination de ces religieux à vouloir réaliser une pauvreté impossible; ils ont accusé l'Eglise et Jean XXII de cruauté et de barbarie. Il y a quelques années, on ne voyait non plus qu'un ridicule nouveau dans les doctrines de Saint-Simon, de Fourier et du phalanstère ; mais depuis la terreur a succédé au mépris, lorsque ces théories insensées, s'unissant tout à coup au signal des révolutions , se dressèrent pour menacer toutes les existences, sous la dénonciation de Socialisme. Qu'est-ce, après tout, que le Socialisme, smon un fils du communisme fratriceile, nne proscription, au nom d'un bien-être immoral, de la propriété, que repoussait le spiritualisme franciscain, au nom d'une perfection exagérée? Ainsi, les noms et les formes changent; mais les principes restent immobiles; et, après des siècles de mouvement pour arriver au progrès , l'humanité se trouve étonnée A' avoir tourné sur elle-même.

3- Le calme , rentré dans l'ordre de saint François à la suite de ces mesures énergiques , fut bientôt troublé par une nouvelle discorde , d'autant plus fatale , qu'elle n'attaqua pas seulement

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