CHAPITRE II
cette fois l'unité de l'ordre, mais mit en péril l'unité de l'Eglise elle-même. Les Spirituels bannis de leurs couvents, se réfugièrent dans, les écoles de théologie et y soutinrent cette proposition, que « Jésus -oiirist et les Apôtres, ces modèles de la perfection r évançéiique, n'avaient jamais rien possédé , ni en particulier , » ni en commun. » A peine produite à la lumière, l'opinion nouvelle se répandit avec la rapidité d'une étincelle électrique. Deux hommes, l'un remarquable par sa position éminente, l'autre par ses talents supérieurs dans la dialectique, qui lui ont valu le titre de Docteur invincible , Michel de Césène , général des Franciscains , et l'Anglais Guillaume Occam , simple frère mineur, embrassèrent ouvertement l'erreur et la soutinrent, le premier, de toute son autorité, et le second, de tout son génie. Occam était le chef de l'école des Nominaux. Ce système , abandonné pendant la dernière moitié du xme siècle, s'était relevé sous les efforts de sa puissante intelligence, et était devenu, en peu d'années , le système prépondérant. Leibnitz a glorifié le Nominalisme, en l'appelant la plus profonde des sectes de l'école. Occam n'était donc pas seulement un des hommes les plus distingués de l'ordre franciscain , c'était encore une des plus brillantes illustrations de la chrétienté. L'opinion qu'il venait d'embrasser dans la nouvelle controverse fut d'un poids immense ; il la fit triompher au chapitre général des frères mineurs, à Pérouse (1322). Les Franciscains s'engagèrent à la soutenir comme une vérité de foi, et à la défendre contre toutes les attaques. Jean XXII vit, non sans raison, une entreprise factieuse dans la décision doctrinale de Pérouse. Il publia immédiatement sa décrétai e Ad conditorem canonum , dans laquelle il déclarait que , pour les choses qui se consomment par l'usage , la séparation de la propriété de l'usage lui-même est inconcevable ; que l'usage présuppose essentiellement un droit , sans lequel il deviendrait illicite. Ce décret pontifical n'était pas encore définitif : il faisait pressentir le jugement que le Pape se proposait de porter ; mais il ne tranchait pas la question. Avant de prononcer la décision suprême, le Pape voulut attendre près d'une année, profitant de tous iesavis, faisant rédiger des mémoires par les théologiens les plus célèrhes des Universités, s'éclairant de toutes les lumières,
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procédant avec cette lenteur majestueuse , qui fut toujours le caractère de l'Eglise romaine, et qui contrastait si étrangement avec la précipitation du chapitre de Pérouse. Enfin, le 12 novembre 1323 vit paraître la décrétale Cum inter nonnullos, dans laquelle le souverain Pontife flétrissait de la note d'hérésie la proposition que « Jésus-Christ et ses Apôtres n'avaient rien pos- » sédé, ni en particulier, ni en commun, et qu'ils n'avaient p&^= » eu le droit d'aliéner les choses qu'ils possédaient. » Michel dy Césène et Occam furent excommuniés. Us se retirèrent tous deux à la cour de Louis de Bavière , qui était alors en lutte avec le souverain Pontife. En abordant l'empereur, Occam lui dit : « Prince , je vous apporte le secours de ma plume ; prêtez-moi » celui de votre épée. » L'un et l'autre se tinrent parole.
4. Louis de Bavière avait triomphé de son compétiteur, Frédéric d'Autriche, à la bataille de Muhldorf (1322). Frédéric, vaincu et prisonnier, renonça à la couronne. Cet événement aurait pu rendre la paix à l'Allemagne et à l'Italie , si Louis de Bavière avait voulu comprendre le rôle d'un empereur chrétien ; mais aveuglé par les conseils d'une ambition d'autant plus exaltée que la fortune semblait lui sourire, il prétendit soustraire l'empire à la confirmation du Saint-Siège, et déclara qu'il voulait tenir sa couronne du droit de son épée et non des mains du Pape. Jean XXII se trouva donc placé, vis-à-vis de Louis de Bavière, dans la position où avait été saint Grégoire VII à l'égard de Henri IV. Il soutint la lutte avec énergie et cita le roi des Romains à comparaître devant son tribunal. Louis de Bavière répondit à cette sommation en envahissant la Lombardie et la Toscane, en faisant alliance avec les Visconti de Milan , et en soulevant partout des ennemis contre l'autorité pontificale. Pour mieux braver le souverain Pontife, il se rendit à Rome avec son armée et s<î fit solennellement couronner empereur par un évêque déposé. Cependant, des écrivains, dont il payait la plume, inondaient l'Italie et l'Allemagne de pamphlets insultants, où Jean XXII était appelé Y Antéchrist , hérésiarque ., te drapon à sept têtes de l'Apocalypse. On croirait, à ces injures, entendre parler quelques disciples de Luther anticipés, beux docteurs fameux alors , lïarsile de Padoue et Jean Jeaudun , m