CHAPITRE II
distinguèrent par leur fiel et l'exagération de leur haine , entre tous <*es détracteurs vulgaires, qu'un annaliste du temps appelle Genimina viperarum. Dans un livre sur la juridiction impériale et pontificale, intitulé : Defensor fidei, Marsile de Padoue soutenait que « Jésus-Christ n'avait point établi de chef visible à la » tête de l'Eglise; que la prééminence de saint Pierre était une » fable inventée par l'ambition des Papes ; que l'empereur seul » pouvait élever un évêque au-dessus des autres, et que cette » préséance était révocable à son gré. C'était également à rem- » pereur à convoquer les conciles généraux, à élire, à instituer, » à juger et à déposer les évêques. » Ainsi, comme on le voit/ ce n'est point d'aujourd'hui que date l'hérésie constitutionnelle, qui livre la religion, liée et garrottée, entre les mains des princes et des magistrats. La doctrine de Marsile de Padoue accusa d'ailleurs une réaction puissante, qui s'opérait alors dans les esprits, contre le droit public du moyen âge, et contre l'autorité politique dont il investissait les Papes. Le temps venait où ce droit public allait être profondément modifié. Les souverains Pontifes luttèrent courageusement contre la tendance de l'époque. Les princes triomphèrent plus tard, et crurent avoir remporté une grande victoire, quand ils se furent affranchis, sous le rapport politique, de la suprématie pontificale. Ils s'aperçurent bientôt, qu'en dépouillant eux-mêmes leur pouvoir de cette sanction sacrée, ils l'avaient livré, désarmé, à la fureur des révolutions et à tous les caprices populaires.
5. Cependant Jean XXII fulmina une sentence d'excommunication contre Louis de Bavière et tous ses adhérents, déclara tous ses sujets déliés de leur serment de fidélité, et lui interdit toutes prétentions à l'empire. Louis de Bavière se crut assez fort pour braver la sentence pontificale. Le 14 avril 1328, il se rendit avec tout l'appareil impérial sur la grande place de Saint- Pierre de Rome, où le peuple avait été convoqué; il monta sur un trône qui lui avait été élevé au-dessus de la foule, et son chancelier, au milieu du silence général, fit entendre ces paroles : « Y a-t-il ici quelqu'un qui veuille prendre la défense du prêtre » Jacques de Cahors, qui se fait appeler le pape Jean XXII ? » On répéta trois fois cette interrogation, à laquelle personne ne répon-
*62 jean xxii (1316-1334).
dit. On lut ensuite un décret impérial : « Pour rendre au peupla » romain son antique splendeur , disait Louis de Bavière , nous » avons quitté notre patrie ft aotre famille; nous nous sommes » rendu à Rome , dans catte capitale du monde , au centre de la » lox catholique. » Ce prétentieux début était suivi d'une sentence de Jépositiou prononcée contre Jean XXII. « Jacques de » Cahors, disait la roi, cet homme de sang, cet hypocrite qu'on » peut à bon droit appeler l'Antéchrist , ou au moins son pré— » curseur , a été convaincu des crimes d'hérésie par ses écrits » contre la samie pauvreté de Jésus-Christ , et de lèse-majesté » par les injustes procédures faites , en notre personne , contre » les droits de l'Empire. En conséquence , de l'avis unanime et » à la requête du clergé et du peuple romain , des seigneurs, des » évêques et fidèles d'Allemagne et d'Italie , nous le déposons de f> l'évêché de Rome , de tout ordre et de toute dignité ecclésias— » tique ; nous ordonnons qu'il soit remis aux mains de nos olh- » ciers impériaux pour être puni comme hérétiaue. » Pour couronner ce sacrilège; , il ne restait plus à Louis de Bavière qu'à créer un antipape. Quatre jours après, une nouvelle convocation rassemble le peuple romain au même lieu. Deux trônes sont préparés sur les degrés de l'église Saint-Pierre. Le prince vient prendre place sur l'un d'eux. A ce moment , un frère mineur, de la secte des Fratricelles , Rainallucci de Corbière, s'avance au milieu de la foule qui s'écarte sur son passage. A son aspect, Louis se lève et l'invite h s'asseoir à ses côtés. L'évêque déposé de Castello , faisant fonctions de héraut impérial , s'adresse à la foule et lui crie par trois fois : « Voulez-vous pour Pape Rai-» » nallucci de Corbière ?» A chacune de ces demandes, un certain nombre de voix répondaient « Nous le voulons» » Alors Louis se leva, imposa à F antipape le nom de Nicolas V, lui mit au doigt l'anneau du pêcheur , et le cortège entra triomphalement dans l'église Saint-Pierre, où l'empereur et sa créature se couronnèrent réciproquement.
6. Pendant que Louis de Bavière perdait un temps précieux à ces cérémonies sacrilèges, Jean XXII agissait. Dès le lendemain, malgré la vigilance des soldats allemands , une main hardie affichait aux portes du Vatican la sentence d'excommunication prcn»