‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 247 sur 332 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

avait été de venger la mort de son frère , et qu'il faisait remise à Jeanne de la somme primitivement exigée. Des acclamation» spontanées s'élevèrent dans le consistoire à cette magnanime déclaration, et la paix définitive, signée par les ambassadeurs, fut ratifiée par le Pape le 14 janvier 1352.

23. Cependant Rome avait vu sortir des tumultes populaires un de ces aventuriers fameux qui étonnent le monde , déconcertent Thistoire, brillent un instant comme des héros et retombent , après une chute aussi rapide que leur élévation , dans Pobscurité à laquelle ils semblaient destinés. Nicolas de Rienzi , né dans la condition la plus vulgaire , était un de ces génies audacieux pour lesquels toute révolution est un piédestal. Le spectacle de l'anarchie dont il fut témoin dès ses premières années, avait fatigué son âme. Il eût voulu rappeler sa patrie aux époques les plus glorieuses du passé. Dans ce but , il se fit déléguer par ses concitoyens pour une seconde ambassade auprès de Clément VI. Il n'épargna rien pour décider la cour pontificale à repasser les monts. Mais le temps n'était pas venu. Le souverain Pontife , protecteur éclairé des talents en tous genres , dont son palais était le rendez- vous, admira l'éloquence, la hardiesse de vues, la supériorité du génie du jeune négociateur. Il renvoya Rienzi chargé de présents et le nomma à la dignité lucrative de notaire âe la chambre apostolique, en résidence à Rome. Le bienfait fut, dans les mains du tribun, une arme contre son bienfaiteur. Le 20 mai 1347, Rienzi montait au Capitole, se faisait donnée le titre de Libérateur de Rome et de l'Italie , proclamait une constitution qui mettait en ses mains la dictature et annonçait le projet de reconstituer, sur le plan d'Auguste, un nouvel empire romain. Des courriers allaient en même temps à Avignon, pour solliciter du Pape la confirmation de ce pouvoir inouï. Cependant la renommée de Rienzi parcourait l'Europe; on regardait le tribun comme un homme extraordinaire, son nom était dans toutes les bouches ; les poètes , Pétrarque à leur tête, composaient sur lui des strophes qui devenaient bientôt populaires. Clément VI était trop habile pour résister ouvertement à un enthousiasme trqp violent pour être durable. Il lit «ne réponse évasive , reconnut la constitution en tant qu'elle ne

480 clément vi (1342-1352).

s'écarterait point dans la pratique des droits de la justice ; il blâmait toutefois le mode irrégulier et révolutionnaire sous lequel elle tétait produite, et se réservait le droit de rendre plu? tard, **** ' jugeait à pi^pos, une sentence définitive. Le temps se f*hargea de ce soin avant le Pape. Le caractère de Rienzi n'était pas à la hauteur de sa fortune ; sa tête se troubla tout à coup au faîte du pouvoii . Son orgueil poussé jusqu'à la folie , sa domination , dégénérée en cruauté , révoltèrent bientôt contre lui ses partisans les plus dévoués. Une émeute l'avait élevé ; une émeute le renversa. Obligé de fuir, il se sauva en Allemagne, sous un habit de franciscain; le légat du Saint-Siège prononça contre lui et ses adhérents une excommunication solennelle ; l'autorité fut remise aux mains du vicaire pontifical et des sénateurs. Quelques jours suffirent pour effacer toutes les traces de l'administration tribunitienne (1348).

24. Pendant que le souverain Pontife faisait les plus généreux efforts pour éteindre les feux de la guerre qui désolait la France, l'Angleterre, l'Espagne, l'Italie et l'Allemagne, rOrient vomissait sur l'Europe le plus redoutable des fléaux. Une contagion, dont l'histoire a consacré le désastreux souvenir sous le nom de la peste noire, sortie des provinces septentrionales de la Chine, alors appelée Cathay , fut apportée par des vaisseaux italiens à Pise et à Gênes. Elle s'étendit avec une effrayante rapidité en Italie, en France, en Allemagne et en Angleterre. Les deux tiers de la population alors existante en Europe succombèrent sous «es atteintes. On vit se reproduire ce lui arrive dans les malheurs publics dont on ne peut s'expliquer naturellement la cause. Comme les effets de la peste offraient des analogies avec ceux du poison , on attribua la mortalité à une corruption de l'air et de l'eau, et les Juifs furent accusés de produire cette corruption à l'aide de certains maléfices. Quelques Juifs, vaincus par la douleur, ayant avoué ce crime dans les tortures, et du poison ayant été réellement trouvé dans un puits, ces soupçons acquirent bientôt le caractère J'un fait avéré. Un massacre général de tous les Israélites commença dès lors en Suisse , en Alsace et dan* toutes les contrées des bords du Rhin. Clément VI étaii trop é©kiré pour ajouter foi aux accusations dont on chargeait 1er

Page 1