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Juifs, et son cœur paternel souffrait trop vivement des persécutions dont les accablait l'égarement populaire pour les tolérer, il interposa donc en leur faveur son autorité pontificale. Par une bulle du i juillet 1348, il défendit de charger les Juifs de crimes imaginaires, de toucher à leur vie ou à leurs biens avant la sentence du juge légitime. Au milieu de l'irritation générale, cette défense n'ayant produit qu'un médiocre effet , il en porta une seconde le 26 septembre, par laquelle, après avoir prouvé Pinnocence des Juifs dans le cas présent, il ordonnait à tous les évêques de publier dans les églises une sentence d'excommunication contre ceux qui les inquiéteraient , de quelque manière que ce fût. Pendant toute la durée de l'épidémie Clément VI déploya le zèle , la charité qu'on avait droit d'attendre du père commun des fidèles. Quelque effrayants que fussent les ravages Je la maladie à Avignon , le Pape ne chercha point à fuir. Comme le bon pasteur il resta à la tête de son troupeau. Il paya des médecins pour soigner les pauvres, organisa, à prix d'or, un service régulier pour le transport et l'inhumation des cadavres , et maintint la plus exacte police afin d'empêcher la contagion de se répandre. La sphère de la mortalité était trop vaste pour que les bienfaits salutaires du souverain Pontife pussent s'étendre au delà des lieux qu'il habitait; il y suppléa en accordant à tous les métropolitains le pouvoir de donner , par eux-mêmes, par leurs suffragants et leurs curés , une absolution générale à tous les fidèles qui mouraient de la peste, en ajoutant les indulgences les plus abondantes pour tous les fidèles et les prêtres qui s'emploieraient au service , tant spirituel que corporel , des malades. Consolés par cette faveur , les malades supportaient leurs maux avec plus de patience, mouraient avec plus de résignation, et ceux que la contagion n'avait pas atteints retrouvaient le généreux courage de la charité. Le sentiment de la justice divine, si visiblement empreinte dans ce fléau, réveilla parmi les populations une dévotion fanatique , dont le siècle précédent avait déjà offert des exemples. Les Flagellants reparurent en Flandre, en Lorraine, en. Hongrie et dans toute l'Allemagne. Ils donnèrent bientôt aux gouvernements civils, par leur pillage, leurs cruautés, iaiijcs débauches, et à l'Eglise par plusieurs erreurs contre la foi,
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de sérieuses inquiétudes. Philippe de Valois leur défendit l'entrée ** ia France; et Clément VI les condamna dans une buiie datée du 20 octobre 1349 , où il ordonnait à tous les évêques et à tous les princes d'arrêter les progrès de la superstition en empêchant les sectaires de se rassembler , et en incarcérant leurs chefs (1348-1350).
25. Le Jubilé séculaire s'ouvrit au moment où la peste ralentissait un peu ses fureurs. Cette faveur toute spirituelle , comme autrefois Parc-en-ciel après le déluge , fut le signe de la réconciliation du ciel avec la terre et une source de consolations pour ceux qu'avait épargnés la maladie. Partout les fidèles en virent approcher l'époque avec une joie inexprimable. Le nombre des pèlerins que la piété conduisit à Rome fut si prodigieux, que tous les historiens Pont noté comme un fait extraordinaire. Depuis la fête de Noël, époque de l'ouverture du Jubilé, jusqu'au 28 mars , jour où tombait cette année la fête de Pâques, il y eut quelquefois jusqu'à un million deux cent mille pèlerins, et jamais moins d'un million. A voir les flots de peuple qui se pressaient dans la Ville éternelle, on n'aurait point dit qu'une peste de trois ans avait presque fait de l'univers une vaste solitude. Pendant deux années l'épidémie avait occupé si exclusivement la scène du monde i que peu d'autres événements y ont trouvé place. L'activité humaine s'était pour ainsi dire arrêtée en présence de cette gigantesque destruction. L'Italie fut la première contrée où la vie politique sembla renaître; ce réveil fut signalé par une réaction, plus formidable que jamais, contre le pouvoir pontifical. A Bologne, les Pepoli; à Faënza, les Manf redi ; les Pollenta à Ravenne; les Ordelafïi à Forli; les Malatesta à Rimini; la famille d'Esté à Ferrare, créèrent à leur profit autant d'Etats sépares. A Milan, le duc archevêque Jean Visconti, s'empara d'une partie de la Romagne , au préjudice des droits du Saint-Siège. Le Pape le cita devant son tribunal (1351). L'archevêque ne fit sur le moment aucune réponse ; mais il invita le légat à se trouver le lendemain matin dans sa cathédrale. Là , devant-tout le peuple assemblé, il se fit répéter les sommations pontificales; puis, saisissant d'une main la crosse épiscopale, de l'autre une épée nue, et se tournant du côté du nonce : a Allez
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9 dire au Pape, Monseigneur , qu'avec Tune je saurai bien dé- » fendre l'autre. » Clément VI répondit à cette bravade *r lançant t interdit sur la ville de Milan. Visconti eut alors recours aux négociations. Le Pape consentit à lui pardonner moyennant une amende de 100,000 florins, qui durent en* comptés par l'archevêque à la chambre apostolique (1352). Ce fut le dernier acte du pontificat de Clément VI , qui mourut le 6 décembre , deux ans après Philippe de Valois qui était mort en 1350, et dont le fils, Jean II, dit le Bon, inaugurait un ràgne qui devait être si fatal à la France.
g 4. Pontificat d'Innocent ¥1 (18 déc. 1352-12 btpt. 1562).
26. Un fait jusque-là sans exemple, et qui indiquait de la part des cardinaux d'étranges prétentions, se produisit au sein du conclave. Ils rédigèrent une sorte de compromis, don^ils signèrent et jurèrent tous l'exécution. D'après cet acte, le Pape futur ne pouvait nommer de nouveaux cardinaux sans ïe consentement du sacré collège; ce consentement lui était également nécessaire pour les nominations et les destitutions des grands officiers de la cour romaine, pour donner le gouvernement des provinces ou des villes des Etats pontificaux. Si un tel compromis eût jamais obtenu force de loi, le Pape aurait ya être encore l'objet de la vénération des peuples; mais, dans la réalité, il n'aurait plus été qu'un fantôme; le sacré collège eût régné. Le cardinal d'Ostie, Etienne Aubert, né dans le petit village de Beyssac, en Limousin", fut élu le 18 décembre 1352, et prit le nom d'Innocent VL Son premier soin fut d'abroger le compromis passé entre les cardinaux (1), et de révoquer la constitution de son prédécesseur touchant les réserves et les expectatives. Il s'éleva contre la pluralité des bénéfices, et intima à chaque titulaire, sous peine d'excommunication , de garder sa résidence, ce qui purgea la cour iomaine d'une foule de courtisans inutiles qui ne songeaient qu'à satisfaire leur cupidité. La magnificence de Clément VI fit place à une administration économe et sévère,
(1) Innocent \I, avant son élection, avait signé l'acte en y ajoutant la iortmli •uivante • « Autant qu'il peut être conforme au droit. »
4%£ innocent vi [1352-1362).
et à un zèle éclairé pour les réformes. Les saints ordres et les bénéfices furent exclusivement conférés au mérite. « Les dignités » ecclésiastiques , disait Innocent VI, doivent être le prix de la » vertu et non de la naissance. » C'est ainsi que le trône pontifical voit se succéder, dans les genres les plus opposés, des hommes qui réunissent à un degré éminent les qualités les plus diverses. La Providence qui veille aux destinées de son Eglise choisit, pour chaque époque, les caractères qui conviennent le mieux; l'unité de l'enseignement, le dépôt de la foi, se perpétuent avec 1?. même intégrité, malgré les divergences des administrations successives.
27. L'Europe se trouvait alors dans la situation politique la plus compliquée, et le nouveau Pape allait être appelé à résoudre une foule de questions importantes et difficiles. Au Nord, la France et l'Angleterre avaient rompu leur trêve et se préparaient, malgré tous les efforts du cardinal Gui de Boulogne, à une troisième lutte, plus désastreuse encore que les précédentes. Au Midi , l'Italie comptait autant de champs de bataille que de cités. Le Saint-Siège n'y avait plus qu'une autorité purement nominale. La Gastille était toujours désolée par les fureurs de Pierre-le-Cruel. L'Allemagne seule était tranquille sous le sceptre de son empereur Charles IV; la politique de Clément VI triomphait.
28. Charles IV avait tenu fidèlement toutes ses promesses en annulant les actes et décrets de Louis de Bavière dans ce qu'ils avaient de contraire aux droits des Papes. En 1355 ce prince se rendit à Rome pour y recevoir la couronne impériale. Son voyage à travers l'Italie ressembla à un triomphe. Des cardinaux délégués par le Pape présidèrent à la cérémonie du sacre < après laquelle Charles quitta immédiatement la Ville éternelle. Cependant Innocent VI avait conçu le grand projet de reconstituer, en Italie , le pouvoir pontifical. Il ne s'agissait de rien moins que d'une conquête; le Pape s'y disposa résolument. C'était à ce but qu'il destinait les sommes qu'une administration économe mettait entre ses mains. Pour réussir dans une pareille entreprise, il fallait en confier l'exécution à un homme qui réunît, en sa personne, le génie politique et la valeur militaire. Heureusement