CHAPITRE IT
lui-même, l'orgueilleux duc de Milan, qui avait succédé > dans le gouvernement de cette ville, à l'archevêque son oncle, prirent la croix. Un prodigieux armement répondit à cet élan généreux des princes; tout faisait présager une expéditic** puissante et glorieuse. Mais avant de passer les mers pour combattre les Musulmans, Jean II se souvint qu'il avait des obligations à remplir envers les Anglais ses vainqueurs. N'ayant pu observer tous les articles du traité de Brétigny , il retourna se constituer luimême prisonnier à Londres, en prononçant ces belles paroles qui valent des victoires : « Si la bonne foi était bannie de la terre , » elle devrait trouver un asile dans le cœur des rois. » Cette conduite était celle d'un héros. Pour être à la hauteur d'un pareil procédé, Edouard III n'avait qu'un moyen , c'était de briser luimême des fers qu'on venait ainsi lui redemander. Il ne le comprit pas; et Jean II, prisonnier sur sa parole, mourut à la tour de Londres (1364). Charles V , surnommé le Sage, lui succéda. La croisade n'avait plus de chef. Le roi de Chypre et Pierre Thomas ne purent réunir que 500 cavaliers et 600 fantassins pour une entreprise qui «mt demandé toutes les forces de l'Occident. Avec ce faible secours ils rallièrent l'armée des chevaliers de Rhodes, forte de 10,000 hommes; et, le 4 octobre 1365, cette poignée de soldats entrait triomphante à Alexandrie , défendue par plus de 50,000 Sarrasins sous les ordres du Soudan d'Egypte. Si les vainqueurs eussent été secourus, on eût peut-être revu un second empire latin à Jérusalem; mais l'infériorité de leur nombre ne leur permit pas de garder les conquêtes qu'ils devaient à leui Jxiilante audace. Quatre jours après leur entrée dans la capitale de l'Egypte, ils remirent à la voile pour retourner en Chypre. Rien n'était perdu encore tant que Pierre Thomas, l'âme de ces entreprises , restait vivant. Mais consumé par les travaux de tant de pénibles légations, et plus encore par le chagrin de n'avoir pu affranchir le tombeau du Sauveur de la tyrannie des jn(idèkjy, il mourut le jour de l'Epiphanie 1366. Sa vie avait été celle d'un apôtre et d'un héros; sa mort fut celle d'un bienheureux L'éminence de ses vertus , les prodiges qui les glorifièrent après sa mort et le jugement de J/Êglise, lui en ont assuré le titre.
492 urbain v (1362-1370).
34. Une autre croisade occupait alors Urbain V. Dès son exaltation sur la chaire pontificale il avait renouvelé l'excommunication fulminée contre Pierre-le-Cruel , en y ajoutant la sen-» tence de déposition et en inféodant le royaume de Castille à son frère naturel, Henri de Transtamare. Depuis près de vingt an* l'Italie et la France étaient ravagées par des hordes de brigands qui pillaient les villes et les campagnes sous les noms divers d Compagnies blanches, de Jacquerie, de Routiers et de Tarj* venus. Urbain V avait vainement essayé d'enrôler ces bandes indisciplinées pour les envoyer en Orient. L'idée seule de corn-* battre les Turcs, qui les feraient, disaient-ils, mourir de maie mort, les frappait de terreur. On parvint pourtant à les décider à passer les Pyrénées, en leur donnant pour chef Bertrand Duguesclin, et en leur comptant une somme de 200,000 livres d'or que fournit la Chambre apostolique. Pierre-le-Cruel ne put lutter contre cette terrible invasion , et fut obligé d'abandonner à son frère la couronne avec la vie , que celui-ci lui arracha de sa propre main. L'année 1369 vit ce tragique dénouement, qui fut accueilli par l'Espagne comme un immense bienfait , et qui fit saluer Henri de Transtamare du glorieux nom de Libérateur.
35. Cependant Urbain V signalait son administration par d'utiles et sages réformes. Les bénéfices n'étaient donnés qu'à des candidats pieux et instruits. Le mérite, qui se croyait le plus profondément enseveli dans l'ombre , s'étonnait d'avoir été deviné par le Pontife et de se trouver tout à coup placé sur le chandelier. Urbain V avait chargé, dans chaque province, un certain nombre de personnes prudentes et d'une conscience sévère , de recueillir les renseignements propres à l'éclairer dans ses choix , et de lui en faire des rapports fidèles. De cette manière il acquit en peu de temps une connaissance nette et précise de la capacité, des mœurs, de la science et de la piété de presque tous les ecclésiastiques. Il envoyait ensuite des visiteurs 9 qui , sans acception de personnes, récompensaient le mérite, punissaient les méchants et déposaient les indignes. Le cardinal de Talleyrand (1)
(1) Par son habileté et la souplesse de sa politique déliée, ce cardinal exerçait» depuis ui» demi-siècle, une influence prépondérante à la cour d'Avignoïk. Oa z dit de lui qu'il avait fait des Papes et qu'il n'avait pas voulu l'éira.