‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 253 sur 332 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

faisait d'un mot le plus bel éloge de ce pontificat. On lui demandait un jour ce qu'il pensait d'Urbain V. « Ce que je pense , v répondit le vieux cardinal , c'est que nous avons un Pape. Le » devoir nous faisait honorer les autres; mais nous craignons et » révérons celui-ci, parce qu'il est puissant en paroles et en •) œuvres. » Le souverain Pontife songeait à effectuer la translaion du Saint-Siège. En 1365, l'empereur Charles IV se rendit à Avignon, pour conférer avec lui de ce grand projet. L'éloignement de Rome avait, à un certain point de vue, amoindri la Papauté. Elle ne s'était point fait à elle-même cette position, résultat naturel des factions qui divisaient l'Italie. Il n'est point vrai , comme l'ont affirmé plusieurs écrivains superficiels , que les Papes du xive siècle aient pris , vis-à-vis de la royauté française, l'engagement de résider au-delà des monts; et la preuve qu'aucun acte de cette nature n'exista jamais, c'est que les rois de France ne l'invoquèrent point dans les efforts qu'ils firent pour empêcher la translation du Saint-Siège. Les Papes ne sont restés en France qu'autant qu'ils l'ont voulu ; ils en sont partis quand ils l'ont voulu, et malgré les représentations des rois. Mais leur séjour à Avignon n'en constituait pas moins une position anormale. Sous le rapport temporel , aucun lieu ne saurait remplacer Rome, comme siège du pouvoir pontifical. Depuis la translation à Avignon , le sacré collège était composé presque en entier de Français. Les habitudes, les mœurs, les affections, étaient devenues françaises, comme les lieux qu'on habitait. C'était là un honneur pour la France, sans doute. Mais ce caractère , si exclusivement local , ne donnait-il pas à la cour romaine un air de nationalité qui contrastait avec ses traditions et ses devoirs d'universalité? Les peuples étrangers à la France trouvaient nécessairement, dans ce fait, un prétexte de jalousie et de défiance. « Rome, avait dit Jean XXII, sera toujours la ca- » pi taie du monde , de notre gré ou non. » Urbain V sentait vivement les nécessités de sa position, En 1366, il notifia au sacré collège et à tous les princes chrétiens , son intention de retourner à RoiPe l'année suivante. Le cardinal Albornoa ; dont cette résolution taisait triompher la politique , puisqu'elle n'était devenue réalisable que grâce à ses victoires , reçut l'ordre do

4tU urbain v (1362-1370).

disposer le palais de Yiterbe et celui du Vatican , pour y recevoir le souverain Pontife. Charles V, roi de France, se hâta d'envoyer au Pape, en qualité d'ambassadeur, Nicolas Oresme, personnage qui jouissait alors à Paris de la plus haute renommée de savoir et d'éloquence. Il était chargé de faire revenir Urbain V sur sa détermination, par tous les moyens possibles. Après un long discours où Nicolas Oresme déploya toutes les ressources de Fart oratoire, pour dissuader le Pontife en lui représentant l'anarchie qui régnait à Rome et en Italie, les avantages du séjour en France, sa patrie, il put se convaincre de l'inutilité de ses efforts , quand Urbain V lui répondit : « Non- » seulement vous ne nous avez point dissuadé d'entreprendre ce » voyage ; mais tous vos arguments nous le feraient plutôt accé- » lérer. » Pétrarque était mieux accueilli quand il écrivait au Pape : « Vous donnez des évêques aux autres églises; ne ren- » drez-vous pas à Rome le sien? » Les cardinaux français, à l'exception de trois, joignirent leurs instances à celles de Charles V; mais lia résolution pontificale était irrévocablement prise; rien ne put l'ébranler. Urbain V menaça les récalcitrants de les déposer de leur dignité , et de mettre en leur place des Italiens. Il fallut s'incliner devant une volonté si ferme.

36. Le 30 avril 13G7, la cour quitta Avignon et vint s'embarquer à Marseille , sur une flotte de vingt-trois bâtiments qui l'attendait. Le 3 juin, le souverain Pontife aborda au port de Cormeto. En descendant à terre, il fut reçu par le cardinal Albornoz , au milieu d'un immense concours de seigneurs et de prélats des Etats ecclésiastiques. Une députation des Romains vint déposer à ses pieds la souveraineté de Rome , avec les clefs du château Saint-Ange. Il se rendit immédiatement à Viterbe où il reçut les ambassades que les diverses puissances chré* tiennes envoyaient pour le complimenter sur son heureux voyage. L'empereur, la reine de Naples, le roi de Hongrie, la république de Toscane, semblèrent lutter, en cette occasion, da magnificence et de dévouement. Au reste , l'on peut dire qui jamais nommages ne furent plus sincères. Le patriarche dt Constantinople , accompagné d'un certain nombre de grands seigneurs orientaux, vint augmenter ce concours. Il apportait ras-

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