‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 259 sur 332 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

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çais, pour en obtenir plus tard une nouvelle translation du Saint- Siég^ à Avignon. Mais le vœu du peuple n'était pas facile à réaliser. Il n'y avait que deux cardinaux romains. L'un était trop jeune er n'avait pas encore atteint l'âge canonique ; l'autre au contraire était accablé par les infirmités de la vieillesse ; il mourut au sortir du conclave. Pendant toute la nuit , la foule armée stationna autour du Vatican, en redoublant ses cris. Sous le coup de cette pression, les cardinaux français durent renoncer au projet de choisir le Pape dans leur sein. On émit la proposition d'habiller un franciscain du costume pontifical , et de le présenter au peuple , comme le Pape élu , pour calmer son agitation. Mais le cardinal de Limoges , chancelier du roi de France , se levant , parla en ces termes : « Nous ne pouvons choisir qu'un Pape ita- » lien : or , vous , cardinal de Florence (Pietro Corsini) , vous ne » pouvez prétendre à la Papauté , parce que votre république est » ennemie de l'Eglise romaine. Vous, cardinal de Milan (Simon » de Brossano) , ne le pouvez davantage, parce que vous êtes su- » jet des Visconti , qui ont toujours combattu contre les droits » de l'Eglise. Vous , cardinal Orsini , vous êtes trop jeune pour » être Pape. V^us, cardinal Thebaldeschi , vous êtes trop vieux. » Conséquemment , je choisis en dehors du sacré collège , et je » donne ma voix à Barthélemi Prignano, archevêque de Bari. » Ces paroles furent un trait de lumière ; toutes les voix, à l'exception de deux, se réunirent immédiatement sur l'archevêque. Ce prélat avait , sous Grégoire XI , dirigé la chancellerie romaine avec la plus grande distinction, et il s'était acquis , dans l'exercice de sa charge , une estime universelle et méritée. Dans les conférences particulières qui précédèrent le conclave , les cardinaux avaient déjà songé à lui , pour l'élever au souverain pontificat : cette circonstance explique la faveur qui accueillit son Lom, des qu'il eut été prononcé par le cardinal de Limoges. Cependant Barthélemi de Prignano était absent. Les cardinaux n'osaient annoncer son élection à la multitude , parce qu'il n'était pas Bomain. L'effervescence populaire était à son comble •, la foule demandait toujours un Pape romain , et Prigna o était Napolitain. Cependant l'archevêque de Bari fut mandé au conclave. En apprenant son élection , il s'excusa sur son incapacité

508 urbain vi (1378-1389);

et refusa de donner son consentement. Les cardinaux le supplièrent d'accepter ce glorieux fardeau. Il se laissa fléchir à leurs instances, donna enfin son adhésion et prit le nom d'Urbain VI, au chant du Te ûeum et aux acclamations delà foule ivre de joie. Tous les cardinaux vinrent lui rendre hommage , l'accompagnèrent dans la cérémonie du possesso, et assistèrent à sou couronnement qui eut lieu à Saint-Pierre, le jour de Pâques 1378. Ils notifièrent en même temps l'élection à ceux de leurs collègues restés à Avignon et aux princes chrétiens de l'Europe. Urbain VI fut donc reconnu par la chrétienté tout entière. Les cardinaux formèrent sa cour, lui prêtèrent serment comme ils l'avaient prêté à son prédécesseur, sollicitèrent ses faveurs et ses grâces; et l'un d'entre eux, le cardinal Glandève, fut promu à l'évêché d'Ostie. Cet état de choses dura trois mois , sans aucune protestation contraire.

5. Cependant le nouveau Pape apportait sur le siège de Saint- Pierre une énergie qu'on traita bientôt de violence , une sévérité de principe qui fut taxée de rigorisme , une franchise de parole qu'on accusa d'emportement. Dès les premiers jours de son exaltation, il annota hautement son intention d'obliger les titulaires à résider dans leurs bénéfices, de réformer le luxe de la cour romaine. Il publia même une loi somptuaire , à laquelle il s'astreignit le premier, et dans laquelle il réglait la tenue des équipages et jusqu'aux repas des cardinaux. C'était là, il faut en convenir, une conduite digne d'un Pape. Mais peut-être Urbain VI ne tint-il pas assez compte de la force d'une longue habitude, et de l'espèce de prescription constituée par un usage non interrompu. « Ceux qui connaissent l'humanité et son orgueilleuse » faiblesse, savent qu'on n'arrive à réformer ces imperfections » que par une pente insensible, et qu'on ne la retient jamais » plus fortement dans le mal , qu'en voulant la précipiter dans » le bien (!) » Ces mesures lui aliénèrent l'esprit des cardinaux- Un nouvel incident acheva de les aigrir : ils firent la demande formelle à Urbain VI de transférer le Saint-Siège à Avignon. Le Pape refusa positivement ; et certes , les derniers événement!

(1) Histoire de la Papauté pendant le xive siècle, t. m, p. i&,

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