‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 26 sur 332 · CHAPITRE II 4 S · texte numérisé non relu

CHAPITRE II 4 S

les membres souffrants de Jésus-Christ. Par une louable prévoyance , les prélats pourvurent de préférence aux besoins des la» boureurs. afin que k terre ne demeurât point sans culture, et que l'espoir de la récolte ne fût point éteint par la mort de ceux qui la devaient préparer

12 Le retour de l'abondance fut accueilli par les peuples comme un bienfait du ciel , et la reconnaissance fut d'autant plus grande, que le contraste était plus sensible. Les évêques et tous les gens de bien v~ ^èrent de ces heureuses dispositions pour remédier aux désordres passés, et surtout pour arrêter , avec les guerres des seigneurs particuliers , l'habitude invétérée du brigandage, le» pillages continuels, la profanation des lieux saints, toutes les violences et tous les sacrilèges qui en étaient la suite. Divers conciles dans les provinces d'Aquitaine, de Bourgogne, d'Arles et de Lyon (1030-1033), statuèrent que, pendant les jours consacrés à la mémoire des mystères de la religion , c'està-dire depuis le mercredi soir de chaque semaine jusqu'au lundi matin de la semaine suivante, il y aurait suspension d'armes entre tous les citoyens, quel que fût le sujet de leurs querelles. C'est ce qu'on nomma la Trêve ou la Paix de Dieu. Dès lors , la guerre fut soumise à des règles dictées par l'humanité, l'honneur et la religion. Une espèce de législation militaire fut publiée par divers conciles, et, sous le nom de paçata, pezade, on établit une milice chargée de réprimer les contrevenants. C'était une victoire que la morale évangélique remportait sur la législation et les moeurs encore barbares du siècle. Les peuples accueillirent ces diverses mesures av<>c enthousiasme , et pendant que les évêques levaient leurs crosses vers le ciel en signe d'adhésion, la multitude criait, en étendant les mains : « La paix! » la paix! » confirmant par là le pacte perpétuel qu'ils venaient de contracter entre eux et avec Dieu. On prit l'engagement solennel de se rassembler tous les cinq ans, pour constater la fidélité avec laquelle la Trêve de Dieu aurait été observée, et aviser, -s'il y avait lieu, aux moyens de rendre la paix plus «table. Le concile de Limoges (1031) excommuniait les guerriers qui refusaient de s'associer à ces sages et utiles règlements. Tous les évêques assemblés, tenant à la main des cierges allumés, enten-

46 jean xx (1021-1033).

dirent la lecture des malédictions suivantes : « iNous excommu* » nions les guerriers qui refusent à leur évêque la paix et la » justice. Qu'ils soient maudits, eux et ceux qui les aident à faire » le mal ' Maudits soient leurs armes et leurs chevaux ! Que leur » demeure soit avec le fratricide Caïn, avec le traître Judas, avec » Dathan et Abiron, qui ont été engloutis vivants dans les enfers! » Et de même que ces flambeaux s'éteignent à vos yeux, que * leur joie s'éteigne à l'aspect des saints anges, à moins qu'ils ne » fassent satisfaction avant leur mort , H qu'ils ne se soumettent » à une juste pénitence l » En même temps , les évêques renversèrent leurs cierges et les éteignirent à leurs pieds.

13. Ce concile de Limoges statua de plus , q' ^ saint Martial devait être compté parmi les apôtres. Il était, en effet, l'apôtre du pays. Le Pape Jean XX confirma cette décision. Mais les fidèles de Limoges prétendaient, en outre, qu'il fût reconnu que saint Martial a*ait été l'un des soixante-douze disciples envoyés par le Sauveur lui-même : question fort débattue par les conciles particuliers de cette époque , et qui ne reçut jamais une solution complète.

14. Vers le même temps, une nouvelle institution vint seconder la tendance générale à humaniser la guerre ; ce fut l'institution de la chevalerie , qui commença en France sous le règne de Robert et de Henri Ier, son successeur. La chevalerie chrétienne, à son origine, était une consécration religieuse du noble guerrier à la défense de l'Eglise et des pauvres. L'homme d'armes qui voulait recevoir cette consécration militaire se présentait à l'évêque, qui bénissait d'abord son épée, afin qu'elle fût employée au service des Eglises, des veuves et des orphelins, et qu'elle pût les protéger coutre la cruauté des païens et des hérétiques. «Comme

> vous avez donné, disait le Pontife , à votre serviteur David de

> vaincre Goliath, et à Judas Machabée de triompher des nations

> qui ne vous invoquaient pas : de même , ô mon Dieu ! à votre » serviteur qui vient courber la tête sous le joug de la sainte » milice, accordez la force et le courage pour la défense de la

> Justin et de la foi. » L'évêque ceignait l'épée au nouveau chevalier, qui se levait ensuite, la brandissait avec force , l'essuyait sur son bras gauche, et la remettait dans le fourreau. Le Poncifa

Page 1