CHAPITRE III
9 raison, que le Pape fût romain. Les cardinaux ne se sont pas » même rendus à ce désir ; ils ont choisi un Napolitain auquel la » multitude ne songeait nullement. Ils ne peuvent donc se » plaindre qu'on leur ait imposé un choix qui n'étais pas le leur. » 2° L'archevêque de Bari , élu, refusa, avec la plus grande in- » sistance , la Papauté qu'on lui offrait. Les cardinaux le sup- » plièrent de céder à leurs vœux. Si l'élection , primitivement, » n'eût pas été libre, elle l'était devenue alors. Au lieu de la ré- » voquer , les cardinaux la renouvelaient par leurs instances. Ils » ne peuvent donc pas dire qu'Urbain VI a été élu malgré eux. » 3° Les cardinaux l'ont couronné. Ceux même qui s'étaient » éloignés de Rome y sont revenus pour cette cérémonie. Com- » ment seraient-ils venus sacrer un Pape qu'ils n'avaient pas » élu? 4° S'il y a eu violence , ce ne fut que pendant une nuit. » Or , durant trois mois les cardinaux restèrent pacifiquement » avec Urbain VI , reçurent de sa main la sainte communion, » lui prêtèrent serment de fidélité , en sollicitèrent et obtinrent » des grâces. Le peuple ne resta pas trois mo;s en armes autour » du palais pontifical. Les cardinaux étaient libres alors; ils trai- » taient donc librement Urbain VI en Pape. 5° De deux choses » l'une : ou les cardinaux ont su que Barthélemi Prignano était » Pape, ou ils ont su qu'il ne l'était pas. Si, à leurs yeux, » Prignano était Pape, pourquoi ont-ils élu Clément VII? S'il ne » l'était pas , pourquoi ont -ils notifié à toute la chrétienté son » élection comme légitime? Si cette notification n'était qu'un » mensonge , ils ont donc trompé toute la sainte Eglise de Dieu; » ils n'ont donc plus aucun droit à ce qu'on accepte désormais » leur témoignage. » Ces raisons nous paraissent péremptoires. Nous ne sachons pas qu'on y ait répondu jusqu'ici. Voilà pourquoi; à nos yeux comme au jugement de l'Eglise romaine^ Urbain VI a été souverain Pontife légitime ? et Clément VII antipape.
8. Un double anathème partit réciproquemei^ de Rome et d> Avignon contre les deux Pontifes rivaux ; mais £e fut là d'ailleurs le seul trait de ressemblance entre les deux pontificats. Clément VII , pape des Français , se oantentaït du lux*, de sa cour, percevait les revenus ecclésiastiques du royaume et humi-
512 urbain vi (1378-1389).
liait la dignité de sa tiare usurpée sous l'influence royale. « f>a- » me« table situation! s'écrie ici le Français Clémengis Notre » Pontife Clément s'était tellement rendu l'esclave des hommes » de cour, qu'il recevait d'eux, sans oser se plaindre, les trai- » tements les plus indignes. C'était aux courtisans qu'il conférait » les évêchés et les autres dignités de l'Eglise. Il s'attachait les » princes par des présents , par les décimes qu'il leur accordait 0 sur le cierge, par l'ascendant qu'il leur laissait prendre sur les » ecclésiastiques : en sorte que les seigneurs séculiers étaient » plus papes que le pape Clément lui-même. » Il faut pourtant dire, comme rectification de ces paroles d'un auteur contemporain, que Clément VII fit quelques choix honorables pour l'Eglise. Ce fut lui qui nomma, à l'évêché de Metz , saint Pierre de Luxembourg, né en 1369, dans la petite ville de Ligny. Ce jeune homme n'avait que quinze ans lorsque Clément YII l'appela au gouvernement de l'Eglise de Metz et le créa cardinal. Du reste il ne fut jamais ordonné prêtre. Les vertus et la sainteté précoce de Pierre de Luxembourg avaient devancé en lui les années. Il mourut à dix-huit ans, fut canonisé en 1527 et devint le patron de la ville d'Avignon, au sein de laquelle il avait passé les derniers instants de sa vie. Mais quel que fût son mérite, sa promotion à un évêché et au cardinalat peut , à - juste raison , paraître prématurée , et Clément VII en la faisant avait plutôt obéi au désir de se créer une alliance avec une illustre et puissante famille, qu'il n'avait consulté les règles canoniques.
9. Urbain VI agissait tout différemment à Rome. On ne lui a jamais reproché aucune faiblesse coupable pour les princes. On pourrait dire, au contraire , qu'il portait trop haut le sentiment de la dignité et de l'indépendance pontificales. La seule accusation que l'histoire ait portée contre lui est celle d'avoir eu trop d'attachement pour le chevalier Prignano, son neveu. Par malheur ce favorisait indigne de ses bontés, et l'incapacité du neveu, jointe à de honteux désordres, rejaillit avec plus d'éclat sur le caractère auguste du Pontife, son oncle. Le premier acte d'autorité d'Urbain VI fut de sévir contre la reine Jeanne de Naples, qui venait de donner à l'Italie le scandale du schisme en embrassant le parti de l'antipape. Cette défection était d'autant