‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 262 sur 332 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

plus coupable que le royaume de Naples était un fîef pontifical. Urbain .VI déposa la reine et délia ses sujets du serment de fidélité. En même temps il manda à Louis Ier le Grand, roi ae Hongrie, de lui envoyer Charles , duc de Duras , surnommé Charles de la Paix, déclarant qu'il était décidé à lui donner l'investiture du royaume de Naples. Jeanne n'avait pas d'enfant. Othon de Brunswick , son quatrième époux , était peu propre à défendre ses droits les armes à la main. Pour conjurer l'orage qui la menaçait, elle jeta les yeux sur Louis, duc d'Anjou, frère du roi ie France , et elle l'adopta pour son fils. Cet acte d'habile politique introduisait un élément nouveau dans la querelle ; main Jeanne n'en profita point. La mort de Charles Y, roi de France, survenue dans l'intervalle, suspendit le départ de l'expédition française. Cependant Charles de la Paix était arrivé à Rome. Quand ce prince, jusque là obscure et pauvre, se présenta en conquérant sur le théâtre de l'Italie, il était dans la force de l'âge. Ses manières n'avaient point la rudesse des camps: sa parole était douce , flatteuse , persuasive ; mais sous ces dehors séduisants il cachait une dissimulation profonde, un cœur îm=> pitoyable, et cette politique immorale qui poursuit son but par toutes les voies. Il reçut d'Urbain VI l'investiture du royaume de Naples, des secours en hommes et en argent, prononça, entre les mains du Pape, le serment de fidélité au Saint-Siège , et marcha contre les troupes de Jeanne, commandées par Othon de Brunswick. La vengeance céleste allait atteindre, enfin , cette reine criminelle. La marche de Charles de la Paix ressemblait à un triomphe. Le peuple révolté lui ouvrit les portes de la ville. Jeanne se rendit, et son vainqueur demeura maître du royaume. Captive au château de l'Œuf, la reine attendait son sort. Le 22 mai 1382, au moment où elle faisait sa prière dans la chapelle royale, deux soldats hongrois entrèrent brusquement et lui présentèrent un vase rempli d'une liqueur empoisonnée. « Buvez, » lui dirent-ils. L'infortunée repoussa la coupe. Les soldats* mettant alors la main à leurs épées : « Choisissez , reprirent-ils . ïe fer ou le poison. » Jeanne opta pour le genre de mort qui Ivu parut le moins effrayant, et, après s'être confessée, elle vida la coupe fatale. Comme elle languissait dans les convulsions de 4a. 33

tîi urbain vi (1378-1389).

Tagonie, les meurtriers accélérèrent son trépas en l'étouffant» Ainsi finit , après trente-huit ans de règne , cette princesse trop accusée pour n'être pas coupable, trop calomniée pour n'être pas digne de pitié.

10. Le triomphe de Charles de la Paix devait mettre fin aux •ollicitudes d'Urbain VI, touchant le loyaume de Naples. Il n'en fut rien. Vainqueur, le prince oublia toutes les promesses qu'il avait signées simple prétendant. Dès que l'avènement de Charles VI au trône de France eut été accompli, et les difficultés qui accompagnent toujours les premiers moments d'une régence heureusement terminées, Clément VII s'était hâté de rappeler au conseil royal l'expédition napolitaine projetée, par le dernier roi, en faveur de Louis d'Anjou. Le prétendant vint à Avignon recevoir, des mains de l'antipape, l'investiture du royaume de Naples. Il se mit en route pour l'Italie à la tête d'une brillante armée. Sur ses pas marchaient le comte de Savoie, Amédée VI f le comte de Genève, frère de Clément VII, le chevalier de Montjoie, Henri de Bretagne, Raymond des Beaux, et grand nombre de gentilshommes qui voulaient courir la fortune de Louis et espéraient, sous sa bannière, accroître leur puissance et la gloire de leur nom. Ils traversèrent toute l'Italie en côtoyant l'Adriatique et arrivèrent sur les frontières del'Abruzze (13 juillet 1382). Mais Charles de la Paix n'était pas un adversaire aussi facile à vaincre que Jeanne de Naples. Il concentra ses garnisons dans des places fortes , enleva toutes les subsistances, et laissa, à la famine et au climat brûlant de l'Italie, le soin de dévorer la brillante armée de Louis d'Anjou. Ce système lui réussit; son compétiteur mourut de chagrin (1384), et les restes de son expédition se dissipèrent. Ce nouveau triomphe rendit Charles de la Paix plus arrogant et plus fier envers Urbain VI. Le Pontife vint à Naples pour réclamer, en personne, l'observation des traités. Charles, au mépris des lois les plus sacrées, osa enfermer le Pape et le retenir prisonnier. Il réussit à faire entrer six cardinaux dans un complot dirigé contre la vie du Pontife. Urbain VI parvint à s'échapper et se réfugia dans la forteresse de Nocéra qui lui appartenait. Il fit instruire le procès des cardinaux rebelles. Leur culpabilité fut prouvée, et une exécution

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