CHAPITRE III
dompter les rebelles et à ressaisir le gouvernement. Mais ses fureurs, plus insupportables que jamais, déchaînent une dernière fois contre lui ti jq*£S les vengeances populaires. Les princes d<u l'empire s'adressent à Boniface IX, et sollicitent son autorisation pour déposer le monstre. Ils l'obtiennent, assemblent une diète générale à Ladenstein , déclarent Wenceslas déchu du trône , et élisent roi des Romains, Robert de Bavière, dont l'élection fut ratifiée pai le souverain Pontife.
16. Ainsi, pendant que la Papauté, divisée par un schisme dont on ne prévoyait pas la fin, semblait devoir perdre toute son influence et tout son crédit, elle était encore assez puissante pour ôter et donner à son gré des couronnes. Le reste du pontificat de Bonifare IX fut occupé à asseoir l'administration de Rome sur des bases solides Clément VII venait, de mourir à Avignon (16 septembre 1394). L'Université de Paris, inquiète de l'obstination de cet antipape et désespérant d'arriver, par des négociations inutiles, à la paix et à l'union de l'Eglise , avait vu se produire dans son sein une réaction défavorable au Pontife d'Avignon. Dans une assemblée solennelle des docteurs et des princes français, présidée par Charles VI, dans un des instants lucides que la maladie laissait à ce prince , elle avait adopté à l'unanimité la proposition de forcer les deux prétendants à une cession absolue de leurs droits, pour qu'il pût. être procédé ensuite à une nou< velle élection. Des ambassadeurs furent chargés de porter cette décision à Clément VII, qui en mourut de chagrin, a A une » époque de paix, dit un savant historien (1), les qualités réelles » de Clément en auraient fait un Pape digne d'éloges; le schisme » en fit un Pontife au-dessous du médiocre; et l'esprit s'attriste » en voyant à quel point cette funeste division rabaissait les » hommes et les choses. » Les cardinaux restés à Avignon se fractionnèrent alors en différents partis; les uns voulaient qu'il ne fût pas donné 4e successeur a Clément VII ; d'autres étaient d'avis qu'on élut .«oniiace IX lui-même. Si ce dernier sentiment l'eût emporté, le schisme aurait été infailliblement frappé au cœur. Malheureusement In majorité se fixa au parti le plu*
{!) M l'abbé Christophe, Histoire de la Papauté, t. m, p. 139-
5ià boniface ix (1389-1 404).
funeste* on convint de procéder à une nouvelle, élection , sous le prétexte illusoire qu'une vacance offrirait moins de facilité pour travailler à l'extinction du schisme. Seulement, avant d'entrer en conclave, chacun des cardinaux fut obligé de jurer, la main sur l'Evangile, une formule de serment par lequel ils s'engageaient, s'ils étaient élus, à procurer le rétablissement de l'unité dans l'Eglise par toutes les voies possibles , sans en excepter celle de la renonciation au souverain pontificat. Ce sont là des promesses plus faciles à faire qu'à exécuter. L'ambition trouve toujours moyen de les éluder quand le temps en est venu. Les suffrages se réunirent sur Pierre de Lune , qui prit le nom de Benoît XIII (28 septembre 1394). Doux, affable, insinuant, d'une vie exemplaire et irréprochable, Pierre de Lune s'était montré le plus ardent à faire jurer le serment exigé avant l'entrée au conclave. Il le renouvela immédiatement après son intronisation; mais, ou il n'était pas sincère, ou Famour du pouvoir, cette passion irrésistible , changea bientôt ses sentiments. D débuta par excommunier Bonilace IX, et répondit avec une certaine aigreur, aux observations du roi de France, qui se plaignait de la précipitation avec laquelle on avait procédé à une élection qui perpétuait le schisme.
17* L'Université de Paris , dont les docteurs s'agitaient sur eette interminable question, et cherchaient, depuis un demisiècle, à la résoudre par un déluge de discours et de mémoires pîns ou moins éloquents , se crut personnellement offensée de ce *rae les cardinaux d'Avignon avaient agi , dans cette grave conjoaciure, sans la consulter. Elle détermina le roi et les princes qni gouvernaient sous son nom , à se soustraire à l'obédience de Benoît XIII , sans pour cela se soumettre à celle de Boniface IX. Les doctrines les plus étranges se produisaient au sein de cette anarchie. Quand on demanda aux docteurs françai? m serait le centre de l'autorité ecclésiastique, l'un d'eux répondit \ N'avons- » nous pas les archevêques de Sens , de Lyon et de Bourges ? » Aux plu* mauvais jours de l'histoire de l'Eglise, on ne tint pas un autre langage « Il est temps, disaient d'aut/es déclamai eurs , » d'arracher le royaume aux exactions tyrannkjuj'j des Papes. » Les libertés à* l'Eglise gallicane trouvaient ainsi de chaleureux