CHAPITRE IV
assemblés , notait pas un esprit de « discorde et de schisme. * Un article spécial de la bulle pontificale mécontenta surtout les Pères de Bâle. Eugène IV déclarait « qu'il allait envoyé/: quatre » légats pour présider en son nom les délibérations de i'assem- » blée. » — « Cette clause, disaient les Pères, implique'héces- » sairement la réprobation de tout ce qui s'est fait jusqu'ici san» » la participation des légats. Elle détruit par conséquent l'au- » torité de cette assemblée et de tous les autres conciles géné- » raux, surtout de celui de Constance qui a décidé que le concile » général tient son autorité immédiatement de Dieu. » La discussion, en se ranimant, menaçait d'anéantir toutes les espérances de paix. Sigismond intervint encore : il obtint une nouvelle déclaration d'Eugène IV, plus explicite aue la première, dans laquelle le Pape disait : «Nous adhérons au concile de Bâle, » purement et simplement, et nous avons intention de le favo- » riser de tout notre pouvoir, à condition que nos légats se- » ront admis à y présider, et qu'on y révoquera tout ce qui » a été fait contre notre personne, notre autorité et nos droits » (1er août 1433). » Les termes de cette déclaration, rédigée en présence de l'empereur, lui parurent si conciliants qu'il s'écria : « Saint Père, vous en faites trop. Si le concile n'accepte pas cette » bulle sans restriction, je me chargerai d'y mettre ordre. »
12. La conduite des F ères de Bâle commençait à soulever l'indignation du monde catholique. L'empereur se montrait disposé à sévir, si les violences continuaient. Les doctrines anarchiques, soutenues au sein de cette assemblée, ne menaçaient pas seulement l'Eglise. En effet, si vingt ou trente prélats, en opposition avec le Saint-Siège, peuvent se dire les représentants de la catholicité, et, comme tels, régenter le Pape, lui prescrire des lois nouvelles, le suspendre ou le déposer au gré de leurs caprices; à plus forte raison, vingt ou trente députés pourront-ils se dire les Etats généraux d'un pays, le parlement, la représentation nationale ? et, comme tels, régenter, déposer, suspendre, bannir ou tuer les empereurs et les rois. Le danger, pour les gouvernements civils, était donc évident. Charles VII, roi de France, écrivait aux Pères (20 août 1433) : « Les attentats que vous ave» t commis contre le souverain Pontife nous ont rempli d'horreur :
Sti* EUGÈNE iv (1431-1447).
» et nous vous prions d'agir désormais avec plus de réserve sç*5i » modération. » Les prélats comprirent qu'en prolongeant îeuf okAination , ils s'aliéneraient toutes les sympathies en Europe ; autiëi leur. conduite devint pour lors plus circonspecte, et cette période est ee qu'on a appelé le Beau temps du concile de Bâle : elle s'étend depuis la quinzième session jusqu'à la vingt-cinquième. Toutefois, l'esprit hostile qui dirigeait l'assemblée, pour se contenir dans de certaines limites, fut loin de disparaître entièrement. Ainsi on statua que les légats du Pape ne jouiraient point d'une juridiction coactive. On renouvela, pour la quatrième ou cinquième fois, les décrets de Constance qui établissent la supériorité du concile sur le pape. Les arguments sur lesquels les orateurs de Bâle prétendent étayer cette doctrine, méritent d'être cités. « On nous objecte, disaient-ils, que Notre Seigneur » a conféré à saint Pierre une puissance universelle ei. lui di- » sant : Pais mes brebis. Or il faut ici distinguer et dire : Le » Seigneur a confié à Pierre chacune de ses brebis en particulier >, » mais non toutes les brebis ensemble. » Ce qui revient à dire que dans un troupeau de cent brebis, par exemple, le berger a le droit de conduire chacune d'elles, prise séparément; mais que, si elles sont réunies, c'est au troupeau à conduire le pasteur. « Vainement, ajoutent-ils, nos adversaires nous répon- » dront que, d'après les termes mêmes du droit canonique, le » Pape est appelé le pasteur de l'Eglise universelle. Pour que le » Pape présidât à l'Eglise universelle, il faudrait qu'il présidât » aux chefs et aux membres de toutes les églises établies dans » tout l'univers. Or, le Pape ne préside pas au chef de l'Eglise » romaine, puisqu'il ne peut préside? à lui-même. Donc il ne » préside pas à toutes les Eglises qui forment, par leur réunion, » l'Eglise universelle. » En d'autres termes, un général ne préside pas à son armée, ni un père à sa famille, parce qu'ils ne peuvenWprésider à eux-mêmes. En vérité, si la scholastiquc avait toujours été l'art de déraisonner ainsi dans les formes, on serait tenté de la regarder comme la plus pernicieuse invention tlu génie humain. Mais toutes les subtilités des sophistes n'ont pas empêché la logique d'être le fondement e$ la racine de U «cience : l'abus ne détruit pas l'usage.