CHAPITRE IV
ment à îa cathédrale; et, en présence des chanoines, déclara le concile ouvert et prit acte de cette inauguration singulière. Le cardinal Julien, légat d'Eugène IV, se rendit pourtant à Bâle au mois de septembre suivant. Il n'y avait encore que trois évêques et sept abbés. Malgré les monitions répétées de ces dix prélats, les princes de l'Europe se refusaient à envoyer leurs ambassadeurs ef les évèques de leurs royaumes. En présence de ce résultat négatif, îe Pape crut nécessaire de dissoudre une assemblée que nul ne prenait au sérieux. D'ailleurs, Jean Paléologue, empereur de Constantinople , suivant les conseils politiques de son »ère , mais avec plus de bonne foi , avait prié le Pape de choisir, jour la tenue du concile général, une ville d'Italie, où il déclarait son intention formelle de se rendre en personne, accompagné du patriarche et des principaux membres du clergé grec. La situation de Bâle aurait augmenté les difficultés d'un pareil voyage et entravé une négociation dont les ^résultats étaient si importants pour l'Eglise. Eugène IV se laissa déterminer par ces motifs puissants : le 12 novembre 1431, il publia une bulle qui dissolvait l'assemblée de Bâle et convoquait uii concile général à Bologne. Cette conduite était sage. Les membres du conciliabule de Baie ne la jugèrent point ainsi. Leur nombre s'était accru. Ils étaient alors quatorze : mais leurs prétentions n'en étaient pas moins ambitieuses. Ils répondirent au décret pontifical par une insolente déclaration : « Le très-saint concile de Bâle, dirent-ils » déclare, définit et ordonne : 1° qu'il est canoniquement et légi« » timement assemblé et qu'il représente l'Eglise universelle; » 2° qu'il tient immédiatement sa puissance de Jésus-Christ; et » que toute personne, de quelque dignité que ce .soit, même » papale, qui refusera obéissance au saint concile, sera punie » par toutes les peines de droit. En conséquence, il est défendu » à tous les membres du concile de Bâle de s'en détacher pour » suivre l'ordre du Pape, ou pour quelque autre motif que ce » puisse être. » Voilà donc quatorze prélats qui, malgré le chef de l'Eglise universelle, se prétendaient concile œcuménique, ayant autorité non plus sur un souverain Pontife douteux, comme à Constance, mais sur un Pape certain et légitime, reconnu par la catholicité tout entière. En vérité, c'était pousser
558 eugène iv (1431-1447).
trop loin l'oubli de toutes* mesures et de toutes convenances* Mais les esprits égarés ne savent point garder de modératfbn : ils s'exaltent par leurs excès mêmes. Les Pères de Baie, persistant dans leur ligne de rébellion, signifièrent au souverain Pontife qu'il eût à se rendre en personne, ou par ses légats, à rassemblée, pour y justifier sa conduite dans le délai de trois mois. Sur son refus, ils accumulèrent, dans les sessions suivantes, décret sur décret , pour prévenir tous les actes d'autorité qu'ils pouvaient craindre du Pape, et, par conséquent, pour le restreindre dans ses droits, toujours en vertu du prétendu décret de Constance, renouvelé par eux, qui soumettait le Saint-Siège au concile œcuménique. Eugène IV cassa, par une bulle, toutes ces citations et ces mesures insurrectionnelles. Les Pères de Baie répondirent en le menaçant de lui interdire toute administration ecclésiastique, et en ordonnant que les causes, portées jusque-là en cour de Rome, fussent soumises à leur décision (1433).
11. Si les foudres spirituelles du Vatican ..fussent tombées alors sur cette assemblée factieuse, Fbistoire aurait dit que l'obstination des quelques évêques du concile de Baie les avait justement attirées. Cependant, par une prudence qu'on ne saurait trop louer, Eugène IV se rappela, en cette circonstance difficile, qu'il était père avant d'être juge; et la miséricorde retint le bras de la justice. L'empereur Sigismond s'était rendu à Baie, il offrit sa médiation entre le souverain Pontife et les audacieux prélats. Elle fut acceptée. Eugène IV, comptant sur les heureux effets d'un acte de clémence, d'autant plus efficace qu'elle était plus généreuse, consentit à oublier le passé II révoqua sa bulle de dissolution, ec permit aux Pères de Baie de continuer les opérations de leur concile , à condition qu'ils travailleraient désormais , dans un esprit de paix et de mansuétude, à l'extirpation de l'hérésie des Bohémiens et au bien spirituel de la chrétienté. En adressant cette bulle à l'assemblée de la part du souverain Pontife /Sigismond exhortait les Pères à se conduire, à Tavenir, <L manière à ne pas exposer l'Eglise aux malheurs d'un schisme. Cet avi" impéml plut d'autant moins aux esprits séditieux de Baie, qu'il leur était plus nécessaire. Ils répondirent fièrement à Sigismond que le Saint-Esprit, au nom duquel ils étaien*