‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 289 sur 332 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

gène IV publia, une bulle par laquelle il fixait à Ferrare le lieu du concile et déclarait celui de Bâle dissous*

15. Régulièr&nent l'assemblée devait croire ses opérations terminées; les légats du pape, ceux des évêques qui s'étaient fait remarqua par leur modération, le comprirent ainsi et se retirèrent. Il ne resta à Bâle, avec un nombre fort restreint de prélats, qu'une foule d'ecclésiastiques du second ordre f d'autant plus obstinés qu'ils avaient moins le droit de prendre une part active à des délibérations régulières. Tout ce parti, qu'on pourrait appeler la faction populaire, avait pour chef un Français, fe cardinal L'Allemand, archevêque d'Arles. Ce prélat réunissait à de grandes et bonnes qualités, deux défauts qui l'engagèrent dans une fausse voie et l'y retinrent assez longtemps; il manquait, en certaines circonstances, de tact et de jugement et était dune opiniâtreté invincible. Pour étendre sa popularité, il fit décréter, après la retraite des légats et des autres cardinaux, que les simples prêtres pourraient désormais avoir voix délibérative. On lui objecta le mot célèbre des Pères de Chalcédoine : « Un » concile est une assemblée d'évêques et non de clercs; » il répondit par une subtilité indigne de son caractère. « Dans le sens » du concile de Chalcédoine, dit-il, un concile est une assemblée » d eveques, de prêtres, de diacres, de sous-diacres, de lecteurs a et d'acolytes, mais non pas de simples tonsurés. » Or, dans 1 Eglise d'Orient, il n'y avait pas de simples tonsurés à l'époque du concile de Chalcédoine. D'ailleurs il est clair que, dans les paroles citées, on a prétendu établir la distinction entre les evêques et tout le clergé inférieur, y compris les prêtres. Cependant le nombre l'emporta, et ia motion de l'archevêque d'Arles fut adoptée. Dès lors, le concile de Bâle ne peut plus se comparer qu'au brigandage d'Ephèse. Dans sa vingt-sixième session, il commença à procéder contre le pape Eugène IV, qui fut cité, jugé, condamné et déposé comme contumace. Enfin cette série d'énormités fui consommée par l'élection d'un antipape. Le choix du conclave, mprovisé à Bâle, tomba sur Amédée VIII, duc de Savoie, retiré ^ors à Ripaille, charmante solitude, sur les bords du lac de Getéve (1439). Amédée VIII *vait gouverné ses Etats avec tant de justice et de prudence, que le code de ses lois, pu-

564 eugène iv (1431-1447}.

blié en 1430 sous le titre de Statuts de Savoie, excita l'admir*lion de l'Europe et lui mérita le nom de Salomon de son siècle. En 1434, dégoûté du monde, il avait abdiqué le trône en faveur de Louis 1er, son fils aîné, et s'était retiré dans l'ermitage de Ripaille, où il institua, avec sept des seigneurs de sa cour, l'ordre militaire de Saint-Maurice. Quand l'élection des prélats schismaliques de ' Bâle lui fut notifiée , Amédée VIII , qui ne songeait à rien moins qu'au souverain Ponti%at, ignorait la valeur réelle de cette assemblée. Depuis six ans, le monde catholique s'était habitué à la considérer comme un concile œcuménique. Un petit nombre de théologiens plus éclairés que le vulgaire, avaient seuls suivi toutes ses vicissitudes et fixé leur opinion sur ce point. La masse des catholiques se trompait de bonne foi, en lui reconnaissant un caractère légitime. Amédée VIII était de ce nombre; on s'en étonnera beaucoup moins, si Ton veut considérer que des hommes bien plus compétents partageaient euxmêmes cette erreur, et quMEneas Sylvius ( plus tard Pape sous le nom de Pie II) était alors secrétaire du concile de Bâle, et avait assisté au conclave, en qualité de maître des cérémonies. Cependant Amédée VIII refusa d'abord l'honneur qu'on voulait lui faire; il avait peine à échanger les douceurs de sa solitude contre les embarras et les soucis d'un trône. Mais enfin il se laissa fléchir, accepta en versant des larmes et prit le nom de Félix V. Il fit son entrée solennelle à Bâle, le 24 juin 1410, et fut couronné par F archevêque d'Arles. La nouvelle obédience ne réunit que la Suisse, la Savoie et le Piémont. L'empereur Sigismond était mort en 1437, et son successeur immédiat, Albert II d'Autriche, n'avait régné que deux afcs. En 1439 , la couronne impériale était passée sur la tête de Frédéric III. Ce prince, de concert avec Charles VII, roi de France, résolut d'observer la neutralité «ntre l'élu du concile de Bâle et Eugène IV. Cependant la France montra plus de penchant pour le concile schismatique où les Français dominaient. Charles VII fit même, à Bour^, dans une grande assemblée des princes du sang et des dignitaires de l'Eglise, sous le nom de Pragmatique sanction, un acte qui dut flatter lesHPerë7~de Bâle. Il y déclarait « que le concile général » est supérieur au Pape; il supprimait les annates, les réserves

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