‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IXChapitre 290 sur 332 · chapitre nr · texte numérisé non relu

chapitre nr

» et les expectatives, dont la cour de Rome avait été jusque-là » en possession ; enfin il rétablissait les élections dans leur forme 0 primitive, en refusant au souverain Pontife le droit de nomi- » nation aux évêchés et aux bénéfices. » On a voulu donner à cette Pragmatique sanction la valeur d'un concordat. Cette appréciation suppose l'oubli des éléments les plus simples de la jurisprudence. Le mot lui-même de concordat suppose deux parties contractantes. Or, il n'y avait à Bourges que le roi de France, statuant dans sa propre cause; la cour romaine n'y était nullement représentée; Eugène IV ne fut pas même consulté. De quel droit la Papauté pouvait-elle être obligée à un traité qu'eUe n'avait pas souscrit? Après la consommation du schisme, le concile de Bâle se prolongea malgré le discrédit général dans lequel il était tombé, jusqu'en 1443, époque où les guerres d'Allemagne forcèrent les prélats à se retirer. Telle fut l'issue d'une assemblée qu'on a trop longtemps décorée du titre de concile oecuménique. Nous n'y voyons qu'une protestation séditieuse de quelques prélats ambitieux contre la Papauté.

16. Le véritable concile général s'était ouvert à Ferrare, le 10 janvier 1438, sous la présidence du légat apostolique, saint Nicolas Albergati. Eugène IV fit son entrée solennelle dans cette ville, le 27 du même mois, cassa tous les décrets et tous les actes du faux concile de Bâle, et lança l'excommunication contre l'antipape et ses adhérents. Cependant la peste s'étant déclarée dans la ville, l'assemblée fut transférée à Florence, le 16 janvier 1439, et prit de là la dénomination de concile général de Florence, seizième œcuménique (1). Dès le 4 mars 1438, l'empereur Jean Paléologue, accompagné du patriarche de Constantinople et des évêques des principaux sièges d'Orient, après avoir débarqué à Venise, s'était rendu à l'assemblée. En abordant le Pape, l'empereur voulut mettre un genou en terre, mais Eugène IV le retint et l'embrassa tendrement. On avait fait venir de Rome les chefs de saint Pierre et de saint Paul, qui furent placés, avec le livre des saints Evangiles, sur un trône magnifique, comme pour consacrer, par la présence de ces augustes reliques, une réunion

(1) Nous suivons ici, pour les conciles oecuméniques, la nomenclature dt Ms* Palma.

566 eugène iv (1431-1447).

solennelle. Dèsîe lendemain, les deux Eglises grecque et latine se trouvèrent en présence et la discussion commença. Les Latins, et notamment îe cardinal Julien, se distinguèrent par leur science, leur logique, leur éloquence, et étonnèrent les Grecs, qui n'en avaient pas, à beaucoup près, une si bonne idée. On remarqua aussi , du côté des Orientaux , Bessarion , archevêque de Nicée, dont le beau génie était encore relevé par une grande droiture de cœur, et Marc, archevêque d'Éphèse, qui dégrada, au contraire, son talent, par une triste et invincible opiniâtreté. La discussion roula sur le Purgatoire, dont les Grecs refusaient d'admettre Pexistence, au moins suivant la notion catholique; sur le pain azyme, comme matière de l'Eucharistie ; sur la vision béatifique, qui ne doit commencer, d'après les Grecs , qu'après le jugement général; sur la procession du Saint-Esprit, avec l'addition Filioque au Symbole; enfin sur la primauté du Pape. On s'entendit facilement sur les premiers articles. Mais les débats furent vifs et longs sur les deux derniers. Les Grecs ne se rendirent, sur l'article de la procession du Saint-Esprit et de l'addition du Filioque, qu'après avoir parfaitement compris ce qu'ils avaient ignoré, ou feint d'ignorer jusque-là, savoir : que les Latins n'admettaient qu'un seul principe du Saint-Esprit, c'està-dire que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, tanquam ab uno principio. La difficulté que souleva l'article de la primauté du Pape, ne vint pas du côté des évêques ou des théologiens orientaux, mais du côté de l'empereur lui-même. L'empereur consentait bien qu'on reconnût la prééminence du Pontife romain, en général; mais il ne voulait pas qu'on pût appeler, à «on tribunal, du jugement de tous les patriarches , ni qu'on lui reconnût le pouvoir de convoquer, seul, les conciles généraux. Jean Paléologue sentait que si cet article était accepte, il se verrait enlever par là l'espèce de suprématie que ses prédécesseurs «'étaient arrogée sur l'Eglise ; et il fut un instant sur le point de rompre toute la négociation. Mais les évêques grecs commençaient, de leur côté, à entrevoir la base de leur propre liberté «t de leur indépendance, dans la liberté et l'indépendance du Pontife romain. Le patriarche de Constantinople venait de succomber à une longue maladie, à Florence. On le trouva mort près

Page 1