CHAPITRE IV
légat apostolique, cingla vers le Bosphore. Les phalanges catholiques traversèrent le Danube, s'avancèrent triomphalement jusqu'à Sophie , capitale de la Bulgarie , et remportèrent eux victoires mémorables sur Amurat (juillet 1444). Les chemins de Constantinople leur étaient ouverts. Mais les croisés s'endormirent dans leur triomphe. Le sultan leur fit cruellement expier cette inaction. Le lô novembre il attaqua Parmée chrétienne dans la plaine de Varna. Hunyade charge , avec son impétuosité accoutumée, Paile gauche des Musulmans et la *oet en déroute. En ce moment Ladislas se précipite , avec sa cavalerie , sur le centre de Parmée ottomane et pénètre jusqu'au sultan. Une lutte entre les deux monarques allait s'engager lorsque le roi de Hongrie, environné de nombreux soldats turcs, tombe percé de mille coups. Cette mort jeta la consternation parmi les croisés qui se débandèrent et prirent la fuite. Le cardinal Julien vendit chèrement sa vie en se battant comme un soldat. 10,000 chrétiens restèrent sur le champ de bataille. La victoire de Varna assurait aux Turcs leur domination dans les provinces d'Europe qu'ils avaient conquises ; elle leur permit d'en attaquer de nouvelles , tandis que les pertes de l'armée chrétienne fuient irréparables. Jean Paléologue, pour lequel les catholiques avaient péri, s'éteignit sans gloire en 1449 Son frère, Constantin Dragasès, dont la mort héroïque devait honorer, du moins, la chute du Bas- Empire, le remplaça sur le trône. Il semblait que le nom de Constantin dût présider à la fondation et à la ruine de l'empire de Byzance.
21. Amurat eut pour successeur son fils, Mahomet II, que les Turcs ont surnommé le Grand, « sans doute, dit Fleury, parce » qu'il n'eut jamais rien de médiocre, en orgueil, en avarice, » en brigandage, en perfidie, en cruauté, en toutes sortes de » dissolutions et surtout en impiété. » A peine monté sur le trône, son premier soin fut de faire ajouter à la prière publique, dans toutes les mosquées : « Le meilleur prince est celui qui fera » la conquête de Constantinople; la meilleure armée sera la » sienne. » Ces paroles étaient significatives : elle devinrent bientôt le mot d'ordre de toute Parmée musulmane. En 1452, 6,0 Où ouvriers dirigés par le sultan en personne, construisirent,
572 Nicolas v (1447-1455).
sur te territoire de l'empire et sur la rive droite du Bosphore, une forteresse destinée à intercepter le commerce des Grecs dani la mer Noire et à fermer le passage aux navires qui auraient pu venir au secours de la capitale. Constantin Paléologue adressa d'abord , au sujet de cette violation de territoire , des^réclama— tions modérées. « Allez dire à votre maître , répondit le Musul- » man aux ambassadeurs , que le sultan qui règne aujourd'hui » ne ressemble pas à ses prédécesseurs, et que leurs vœux n'al- » laient pas aussi loin que va aujourd'hui m^ puissance. » La réponse de Paléologue fut ^elle d'un chrétien et d'un guerrier : « Puisque ni les serments ni les traités ne peuvent assurer la » paix, je remplirai mon devoir, je défendrai mon peuple, et je » saurai vaincre ou mourir avec lui. » — 300,000 Turcs vinrent assiéger Constantinople , qui n'avait que 10,000 soldats pour défenseurs. Paléologue avait écrit à Nicolas V, pour lui demander protection dans un si grand danger et le conjurer d'envoyer à Constantinople un légat , qui travaillerait à la réunion des schismatiques. Les lettres les plus pressantes furent adressées par le souverain Pontife à toutes les cours de l'Occident, pour réveiller le zèle des princes et ranimer dans les populations l'ardeur des guerres saintes. Les Vénitiens et les Génois répondirent seuls à l'appel du Pape. Mieux que les autres, ils comprenaient la gravité du péril. Leurs relations commerciales les avaient souvent mis en rapport avec les pays occupés par les Turcs. Ils avaient des notions géographiques plus précises que la plupart des nations européennes de cette époque : leurs troupes allaient grossir l*s forces de l'empereur grec et lui porter, non l'espérance de la victoire , mais le moyen de prolonger une résistance désespérée^ «Ce secours des Latins fut accueilli par la populace de Byzance »vec des malédictions. Jamais les querelles religieuses et la haine es schismatiques contre les Occidentaux ne s'étaient produites Avec plus de fureur. Constantin Paléologue, ce héros digne des plus beaux siècles de l'histoire , ce modèle du plus pur patriotisme, se vit en butte aux sarcasmes de ses indignes sujets* « Non ! s'écriaient les Grecs , non ! nous ne voulons pas être se- » courus par les Latins ! Loin de nous le culte des azymites ! » L'aveuglement avait gagné même les classes les plus élevées; et