CHAPITRE IV
18. Les deux conciles de Bàle et de Florence avaient occupé tout le pontificat d'Eugène IV. Il mourut le 23 février 1447, au moment où T Allemagne allait sortir de la neutralité qu'elle avait prétendu garder entre les deux obédiences, et se déclarer ouvertement pour le Pape légitime. JEnéas Sylvius, qui avait été secrétaire du concile de Bàle , fut chargé , par Frédéric III , de négocier cette réconciliation, en qualité d'ambassadeur d'Allemagne. «SeiatPère, diï-il au Pape en l'abordant, avant de » vous exposer les ordres de l'empereur , permettez-moi de dire » un mot de moi-même. J'ai dit, fait et écrit, à Bâle, bien det » choses contraires à votre autorité. J'étais dans l'erreur ; et je » partageais ce triste sort avec des hommes célèbres , des doc- » teurs justement renommés. Pourtant mon but n'était pas de » nuire à Votre Sainteté, mais de me rendre utile à l'Eglise. Il » est vrai que, plus tard, je demeurai convaincu de l'illégitimité » du concile de Bâle : je m'en séparai aussitôt; et pourtant je ne » vins pas encore me réfugier dans les bras de votre miséricorde » comme la plupart l'ont fait. Je craignais de tomber dans un » nouvel écueil en voulant en éviter un autre. Pendant trois ans » je suis resté à la cour de l'empereur dans cette neutralité. Les
* conférences que j'ai eues depuis avec vos légats m'ont enfin » éclairé sur la justice de votre cause. Je sais maintenant, et je » crois du fond du cœur, que vous avez pour vous la justice et » la vérité. Voilà pourquoi l'empereur m'envoie près de vous.
* J'ai péché par ignorance, je supplie Votre Sainteté d'absoudre » un pécheur repentant. » Nous ne savons pas si l'histoire offre quelque chose de plus noble et de plus vraiment grand qu'une rétractation si franche et si sincère. Le coeur qui était capable de sentiments si généreux devait , plus tard , embrasser dans son amour la sollicitude de toutes les Eglises. Non-seulement Eugène IV pardonna à JEnéas Sylvius , mais il l'attacha à sa persoûoe en qualité de secrétaire,
g 3. Poutifieat de Nicolas V (6 mars 1447-24 mars 1455).
19. La mort d'Eugène IV n'interrompit pas les négociations. Son successeur, Thomas Sargane, cardinal de Bologne, qui prit h nom de Mcolas V, signa le concordat entre le Saint-Siège el
570 Nicolas v (1447-1455).
la Germanie, dressé par le cardinal légat Carvajal (1448). On y faisait droit à toutes les plaintes contre les exactions des collecteurs et les abus des administrateurs ecclésiastiques. Les élections épiscopales étaient rétablies suivant le mode primitif* Chaque Eglise nommait son pasteur, qui devait ensuite recevoir la con* firmation de son autorité par le souverain Pontife. Ce concordat a servi de base à la jurisprudence ecclésiastique d'Allemagne jusqu'en 1803. Sa ratification fut un coup mortel pour le schisme. Charles VII, roi de France, venait d'envoyer une adhésion explicite à Nicolas V. En présence de ces événements , l'antipape Félix V, qui n'avait accepté qu'à regret une dignité équivoque, comprit qu'il était temps de faire sa soumission. Il la fit agréer au Pape par l'intervention de CLarles VII , qui en régla lui-même les conditions de concert avec le souverain Pontife. Nicolas V accueillit, avec une miséricordieuse indulgence, des propositions qui allaient mettre fin au schisme. Amédée, le 9 avril 1449 , déclara qu'il renonçait au souverain Pontificat; le Pape le nomma cardinal de Sainte-Sabine , doyen du sacré collège et légat perpétuel de la cour romaine en Savoie. Il lui concédait, de plus, la permission de porter les insignes pontificaux, excepté l'anneau du pêcheur , la croix sur les mules , et d'autres privilèges inhérents à la personne même du Pape. Amédée n'usa guère , du reste, de tous ces honneurs. Il revint à sa chère solitude de Ripaille, où il mourut saintement (1451).
20. La situation de l'empire grec était alors déplorable. Dès l'an 1442 une croisade avait été prêchée par Eugène IV contre Amurat II, sultan des Turcs. Ladislas Jagellon, prince vaillant, juste, pieux, adoré de ses sujets, réunissait, à cette époque, sur sa tête, les deux couronnes de Pologne et de Hongrie. Il fut proclamé chef de la guerre sainte. A ses côtés brillait le fameux Jean Hunyade , son général , connu dans le monde chrétien par ses exploits, et dont le nom seul inspirait un tel effroi aux Ottomans, qu'ils lui avaient donné le surnom de Jean-le-M audit. L«' Pape accorda à Ladislas le denier de Saint-Pierre puur subvenir au* frais de la croisade. Une flotte de cinquante galères, èfyuiytM par Eugène IV et commandée par le cardinal Julien (1),
(1$ à* -même qui avait présidé au commencement du concile de Baie.